Parler des règles reste encore difficile pour de nombreuses adolescentes. Entre gêne, manque d’information, idées reçues et accès parfois limité aux ressources adaptées, la santé menstruelle continue d’avoir un impact direct sur la scolarité, le bien-être et la confiance des jeunes filles. C’est pour répondre à ces enjeux qu’une caravane de sensibilisation a été lancée à Nador et Oujda, à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, célébrée chaque année le 28 mai.
Cette initiative est portée par Project Soar, en partenariat avec Asticude, avec le soutien de l’UNFPA au Maroc et l’appui financier d’Affaires mondiales Canada. Elle s’inscrit dans le cadre du projet SAFEERA, qui agit en faveur des droits des adolescentes, notamment en matière de santé menstruelle, d’accès à l’information et de lutte contre le mariage d’enfants.
Informer, écouter, accompagner
Organisée les 21 et 23 mai dans plusieurs écoles et centres Dar Taliba de la région de l’Oriental, la caravane a mobilisé des centaines de jeunes filles autour de sessions interactives, d’activités de sensibilisation et d’outils d’innovation digitale. L’objectif est de créer des espaces de dialogue sûrs, où les adolescentes peuvent poser leurs questions, parler de leur santé, comprendre leurs droits et recevoir des informations fiables, sans jugement ni stigmatisation.
Car derrière cette initiative, il y a un constat : les menstruations ne sont pas seulement une question de santé intime. Lorsqu’elles sont entourées de tabous ou de difficultés matérielles, elles peuvent devenir un frein à la scolarité et à l’épanouissement des filles. Selon les données citées par les organisateurs, 450.000 filles seraient touchées par la précarité menstruelle au Maroc, tandis qu’environ 20% des filles manqueraient un à deux jours d’école chaque mois en raison de difficultés liées aux menstruations.
Santé menstruelle et mariage d’enfants
La caravane aborde également la question du mariage des enfants, considéré comme l’un des facteurs pouvant fragiliser le parcours scolaire des filles. Selon les chiffres mentionnés dans le communiqué, 13,7% des filles seraient mariées avant l’âge de 18 ans, une situation qui limite leur accès à l’éducation, à la santé et à des perspectives d’avenir plus larges.
Lors des sessions de dialogue, les élèves ont ainsi été invitées à échanger sur les conséquences du mariage d’enfants, mais aussi sur l’importance de protéger les droits des filles et de leur garantir un accès à une information claire et adaptée.
« Le mariage d’enfants a des conséquences graves et durables sur la santé, l’éducation et les perspectives d’avenir des filles », a rappelé Marielle Sander, Représentante de l’UNFPA au Maroc. Pour elle, garantir aux filles « un accès à une information fiable et à des environnements favorables » est essentiel pour protéger leurs droits et leur permettre de réaliser leur potentiel.
Un chatbot pour répondre aux questions
L’un des volets les plus innovants de cette caravane est le test bêta de Ask Marwa, un chatbot basé sur l’intelligence artificielle. Développé par Project Soar, en collaboration avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale et l’UNFPA au Maroc, cet outil a été conçu spécialement pour les adolescentes au Maroc.
Son rôle : fournir des informations médicalement fiables et culturellement adaptées sur la santé menstruelle, ainsi que sur la santé sexuelle et reproductive. Le tout de manière accessible, confidentielle et sans stigmatisation. Une approche importante dans un contexte où beaucoup de jeunes filles n’osent pas poser certaines questions à leur entourage, ou n’ont pas toujours accès à des sources sûres.
Maryam Montague, fondatrice de Project Soar, résume l’ambition de l’outil en ces termes : « Trop de filles grandissent sans accès à des informations fiables sur leur corps et leur santé. Avec Ask Marwa, nous voulons que chaque fille ait accès, à tout moment, à des informations médicalement fiables, directement dans sa poche. »
Une mobilisation locale et communautaire
À Nador, l’initiative a également été portée par Asticude, acteur associatif engagé dans l’inclusion sociale et la mobilisation des jeunes dans la région. « À Asticude, nous sommes fiers d’avoir porté cette initiative à Nador, où nous travaillons depuis plusieurs années en étroite collaboration avec les autorités locales, les communes et les acteurs communautaires pour renforcer l’engagement des jeunes et l’inclusion sociale », a déclaré Azzouz Boulagdour, Coordinateur Général des projets à Asticude.
En combinant dialogue, sensibilisation de terrain et outils numériques, la caravane cherche à répondre à plusieurs défis à la fois : le manque d’information, la désinformation, les tabous liés aux règles, mais aussi les obstacles qui peuvent éloigner les filles de l’école. Elle rappelle surtout qu’une meilleure santé menstruelle ne relève pas uniquement de l’hygiène, mais aussi de la dignité, de l’éducation et de l’égalité des chances.
À travers cette initiative, les partenaires du projet SAFEERA entendent ainsi renforcer l’accès des adolescentes à une information fiable, leur offrir des espaces d’écoute et contribuer à un environnement où les jeunes filles peuvent mieux comprendre leur corps, défendre leurs droits et envisager leur avenir avec davantage de confiance.



