Abla Sofy : “Être arabe est une force et les marques l’ont bien compris”

Mannequin et styliste, Abla Sofy est la première femme arabe et musulmane à être choisie en tant qu’égérie de Guess en 2018. Depuis, son nom est étroitement associé à l’univers de la mode et du glamour.

Vous avez été l’égérie de Guess, il y a presque cinq ans. Vous avez fait sensation en étant la première femme arabe à représenter cette marque iconique. Depuis, vous vous faites plus discrète… Où est-ce que vous avez disparu ?

Je ne me fais pas vraiment discrète, je préfère simplement travailler et me concentrer sur mes objectifs plutôt que de faire du bruit. Par ailleurs, je suis toujours l’égérie de Guess ! Chaque année, nous tournons une campagne. La dernière en date était celle du mois de Ramadan que nous avons réalisée à Dubai. Les photos étaient affichées dans toutes les boutiques du Moyen-Orient.  Depuis cette fameuse campagne en 2018, ma carrière dans la mode a décollé et j’ai collaboré avec beaucoup de marques comme Bvlgari, Valentino, Versace…

Top en dentelle, short en brocart et sandale à plateau Garavani Tan-go en cuir verni GaravanI, Valentino chez Studio 14.

Vous avez démarré votre carrière en tant que styliste avant de devenir mannequin. Quand le déclic s’est-il opéré ?

Après avoir terminé mes études de mode à Los Angeles, j’ai rencontré Paul Marciano, le fondateur de Guess. Il m’a proposé d’être mannequin pour la marque mais j’étais très timide à l’époque et je n’étais même pas présente sur les réseaux sociaux… Après trois années à travailler pour la même enseigne en tant que styliste, j’ai été approchée par RedOne pour tourner dans le clip “Boom Boom” avec Daddy Yankee et French Montana. Ce projet m’a tout de suite ouvert des portes et fait grimper ma notoriété ! Une fois de retour à Los Angeles, c’était difficile pour moi de retourner à la vie normale et à un travail où je suis au bureau toute la journée. C’est là que Paul Marciano m’a proposé d’être la première “Arab Guess Girl” et permis de faire mes premiers pas dans le mannequinat…

Robe Duchesse, Sara Battaglia.
Boucles d’oreilles, bague et collier en or jaune Clash de Cartier et collier Panthère de Cartier en or jaune.

En tant que femme arabe, avez-vous eu des difficultés à vous faire un nom dans l’univers intransigeant de la mode ?

Effectivement, il y a quelques années, c’était plus dur de se faire un nom dans le milieu de la mode en tant que femme arabe. Surtout aux États-Unis où il y a beaucoup de stigmatisation et de concurrence… Mais aussi parce que j’ai toujours refusé de faire des photos en maillot de bain ou des poses un peu osées. Face à ces contraintes, la marque préférait choisir un mannequin issu d’une autre origine pour la représenter. C’était plus simple. Cependant, je pense que dernièrement, être arabe est une force et les marques l’ont compris ! De nos jours, on recherche des personnalités qui ont une histoire plus qu’un look. Plusieurs marques ont travaillé avec moi justement parce que je suis marocaine et que je représente la femme arabe forte, battante et qui assume pleinement son identité.

Haut en lamé et Jupe en tartan, Sara Battaglia.

Vous avez des relations de proximité avec la famille Hadid. Est-ce que cela vous a aidé à percer dans le milieu de la mode ?

Oh que oui ! La mode est un milieu qui repose énormément sur le relationnel. Durant mon parcours, j’ai pu rencontrer des personnes qui m’ont été d’une aide précieuse et d’un soutien infaillible. La famille Hadid en fait partie. Elle m’a beaucoup soutenue et donné les bons conseils pour percer dans le milieu.

Sur les podiums, on observe une mode qui célèbre de plus en plus la diversité des corps et prône l’inclusivité et l’amour de soi. En tant que styliste et mannequin, où est-ce que vous vous positionnez par rapport à ce mouvement ?

C’est très important de cultiver une diversité dans la mode. Elle nous permet d’apprendre à accepter nos différences, de prendre en compte les particularités de chacun et de ne pas nous restreindre aux choses qui nous sont familières. Aujourd’hui, on voit sur le devant de la scène des personnes qui ont été marginalisées en raison de leur différence. C’est aussi grâce aux réseaux sociaux que ce mouvement a pris de l’ampleur et trouvé un écho qu’auparavant les médias ne lui accordaient pas. Cette tendance suscite aujourd’hui un certain engouement car c’est intéressant aussi pour les marques au plan commercial puisqu’on touche une clientèle plus vaste et tout le monde s’y identifie finalement.

Haut en maille et jupe en satin, Saint Laurent.

Vous êtes installée depuis quelques années aux États-Unis. Qui est-ce qui a guidé ce choix ? Et quelles relations continuez-vous à nourrir avec le Maroc ?

Après avoir obtenu un Bachelor en commerce à l’université International de Rabat, j’ai déménagé aux États-Unis pour intégrer une école de mode, comme je vous l’expliquais. Je pensais qu’une fois mon diplôme en poche, j’allais plier bagage et rentrer au Maroc. Mais lorsque j’ai eu l’opportunité de travailler là-bas, j’ai décidé de rester. J’ai été très sollicitée pour collaborer sur différents projets et c’était plus pratique pour moi de poser mes valises au pays de l’Oncle Sam. Quant au Maroc, c’est mon pays d’origine. Toute ma famille y vit. Je rentre au bercail dès que je peux ! Pour voir mes proches ou pour le boulot. J’aimerais bien retourner m’y installer définitivement un jour, peut-être lancer un projet, dans la mode notamment. J’ai quelques idées mais je les garde pour moi pour le moment !

Montre Serpenti Spiga spirale avec boîtier en or rose 18 K sertie de diamants et bracelet Serpenti en or rose serti de diamants, Bvlgari.
Robe en crêpe de soie, Said Mahrouf.

Comment voyez-vous l’univers de la mode au Maroc ? Quelles évolutions avez-vous constatées depuis que vous avez intégré ce milieu ?

Il y a beaucoup de potentiel dans le milieu de la mode au Maroc, tous styles confondus. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de créateurs internationaux puisent leur inspiration dans notre pays, dans notre culture et dans nos couleurs! Maintenant, il faut juste les bons projets et les bonnes personnes pour les développer. Dernièrement, j’ai assisté au Casa Fashion Show. C’est un événement qui fédère du beau monde, fait rayonner nos talents au niveau mondial et donne à Casablanca un statut de capitale de mode. Nous avons besoin de plus de projets de ce genre !

À vos débuts, vous avez joué dans la série marocaine « Disk Hayati » et participé au clip « Boom bomm » de RedOne et French Montana. Comment avez-vous vécu cette expérience ? N’avez-vous pas envie de la réitérer ?

“Disk Hayati” et “Boom Boom” ont été de superbes expériences pour moi. J’ai découvert ma passion pour le petit écran grâce à ces projets-là. J’ai depuis travaillé pendant une année avec la chaîne MBC en tant que présentatrice d’une émission de mode et l’exercice m’a beaucoup plu ! Dernièrement, j’ai tourné dans “Bully high”, un film américain et c’était génial !

Boucles d’oreilles pendantes bicolores à clips, Saint Laurent.
Top Zelda et mini jupe en satin et strass, The Attico.

Quel est le projet professionnel dont vous êtes la plus fière ?

Ma participation dans ce film américain, justement. J’y tiens le rôle d’une musulmane vivant aux États-Unis. Le long-métrage met la lumière sur une partie de cette communauté victime de discrimination dans le pays. Le message est très fort au vu de tout ce qu’il se passe aujourd’hui.

Quelle était votre relation avec votre corps lorsque vous avez commencé le mannequinat et qu’en est-il aujourd’hui ?

J’ai toujours été mince ! Ceci dit, mes origines marocaines font que j’adore manger, ce qui me pose parfois problème… J’ai vraiment du mal à suivre un régime. Je suis plutôt gourmande et je n’aime pas me priver. Donc, le sport reste pour moi la seule solution pour pouvoir garder la ligne et rester en bonne santé.

Quel est pour vous le must-have dans une garde-robe, la pièce indispensable que tout le monde devrait avoir ?

Un blazer noir, sans aucun doute ! Il prend l’allure qu’on veut lui donner : chic avec une petite robe, casual avec un jean ou même avec un pantalon jogging pour un style sportwear chic. C’est une pièce intemporelle et incontournable que toutes les femmes devraient avoir dans leur dressing.

Boucles d’oreilles et Collier Serpenti en or blanc 18 K avec pavé diamants, Bvlgari.
Robe manteau en satin, Sara Battaglia.

Quels sont vos créateurs préférés ?

Christian Dior, Bvlgari et Valentino. En règle générale, j’ai un penchant pour tout ce qui est classique mais avec un petit twist fashion.

Dans cet univers si trépident, comment prenez-vous soin de votre santé mentale ?

Honnêtement, c’est dur parfois. Avec les réseaux sociaux, on a toujours l’impression qu’on ne fait pas assez… Il ne faut surtout pas se comparer aux autres et comprendre que les gens ne montrent que leurs réussites.

Quelle est votre routine beauté ?

Comme je n’aime pas beaucoup me maquiller, il est essentiel pour moi de prendre soin de ma peau aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. J’essaye de prendre mes vitamines tous les jours et j’utilise les produits de Docteur Obagi. C’est un traitement qui se fait en plusieurs étapes : je fais d’abord un gommage, j’applique ensuite un sérum, puis un soin hydratant avant d’appliquer un tonique. Je fais également des soins de visage une fois par mois pour débarrasser ma peau de toutes les impuretés.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

Bonheur, santé et réussite !

 

 

Photographe NADA SATTÉ

Stylisme et Réalisation ANAS YASSINE

Maquillage et coiffure LOUBNA LAZRAK

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