Loubna Jaibi nous dit tout sur son premier livre, “Le Goût du soleil”

De l’ingénierie aux fourneaux, Loubna Jaibi a troqué les chantiers et les tunnels pour une cuisine généreuse, solaire et profondément marocaine. En trois ans, sa passion est devenue une communauté de plus de deux millions de personnes et, aujourd’hui, un premier livre, Le goût du soleil. Entre reconversion, transmission et amour du partage, elle raconte le chemin qui l’a menée à faire de sa passion un véritable métier.

 Que représente pour vous ce premier livre « Le goût du soleil » et en quoi est-il différent de ce que vous partagez habituellement sur les réseaux sociaux ?

Le livre, c’est une suite logique dans mon parcours. Après des années à partager ma cuisine sur les réseaux, je voulais donner une forme permanente à tout ce travail. Quelque chose qui dépasse le scroll, l’algorithme, qui reste éphémère par nature, même s’il continue d’exister quelque part dans le flux. La vidéo disparaît, le livre, lui, il reste. Il vit dans un foyer, il prend de la place sur une étagère, il se tache avec de la farine, de l’huile d’olive, quand on l’utilise en cuisine. Et c’est exactement ça que je voulais : un objet vivant qu’on manipule, qu’on annote, qu’on transmet. « Le goût du soleil », c’est venu naturellement, comme une suite logique de tout ce travail. Ce n’est pas juste une recette filmée en une minute, mais tout un univers : le mien, la Méditerranée et le Maroc ensemble dans l’assiette. C’est exactement le livre que j’aurais voulu avoir quand j’ai commencé à cuisiner, parce qu’il est complet.

À vos débuts, imaginiez-vous qu’une simple passion culinaire puisse se transformer en une communauté aussi importante et fidèle ?

Très honnêtement, non. J’ai commencé à partager mes recettes en sachant, au fond de moi, que ça allait plaire à certaines personnes, mais je ne m’attendais pas à un tel succès, et encore moins en si peu de temps : trois ans. Aujourd’hui, je compte plus de 2 millions de personnes qui me suivent sur l’ensemble de mes plateformes. J’en suis profondément reconnaissante. Mais derrière ces chiffres, il y a une réalité que je n’oublie pas : un travail assidu, beaucoup de passion et énormément de patience, parce que l’évolution sur les réseaux n’est pas linéaire. Les réseaux sociaux, c’est comme la vie : il faut beaucoup donner pour recevoir. Et ça s’est fait naturellement, parce que j’adorais ce que je faisais, et c’est le cas encore aujourd’hui : me lever le matin, filmer, poster. C’est quelque chose qui m’anime tous les jours. Je suis reconnaissante et très fière de ce parcours.

 Quel a été le véritable déclic qui vous a fait passer des chantiers et des tunnels aux fourneaux, alors que tout semblait vous destiner à une brillante carrière d’ingénieure ?

La passion de la cuisine a démarré depuis petite, quand j’avais 12 ans, puis ça s’est poursuivi pendant mes études, pendant ma carrière, ma vie de maman. Elle ne m’a jamais quittée, c’était quelque chose d’enfoui en moi. Et puis la vie a fait que j’ai suivi un cursus scientifique, j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur, j’ai travaillé pendant huit ans dans des tunnels entre la France et l’Allemagne. Je menais une vie très intense, parisienne : Entre les chantiers, les tunnels, les déplacements toutes les semaines, je devais être physiquement présente, parce que c’est un métier ultra prenant. Mais au fond de moi, je savais que je n’allais pas finir ma vie comme ça, sans savoir encore comment ni quand. Puis mon premier enfant, ma fille, est née. C’est là qu’il y a eu ce déclic, tout est devenu plus clair. Elle m’a donné beaucoup de courage. Je voulais que mon travail ait du sens, me lever le matin avec l’envie d’y aller, concilier ma vie professionnelle et ma vie de jeune maman. Je voulais une vie qui soit la mienne. Quand j’ai tout plaqué, ce n’était pas facile de sortir de sa zone de confort, mais c’était, malgré tout, la meilleure décision. J’ai choisi d’oser faire ce premier pas qui menait quelque part. Aucun regret. Au contraire, je suis fière et reconnaissante d’avoir fait ce choix. Je remercie toujours mes enfants de m’avoir donné le courage de me reconvertir professionnellement et de faire ce que j’aime aujourd’hui.

À travers vos recettes, vous mettez en lumière des produits emblématiques du terroir marocain et des spécialités parfois méconnues à l’international. Ressentez-vous une forme de mission de transmission et de préservation du patrimoine culinaire marocain auprès des nouvelles générations et de votre audience à travers le monde ?

Oui, pour moi, la cuisine est une histoire de transmission avant d’être une simple liste d’ingrédients. J’ai grandi avec la cuisine de ma mère, la cuisine marocaine raffinée et précise. Et cette richesse-là, je voulais lui donner, elle aussi, une forme permanente. Le citron confit, le safran de Taliouine, la fleur d’oranger, l’amelou, l’huile d’olive : ce ne sont pas des ingrédients exotiques pour moi, c’est mon quotidien, la cuisine qui m’a bercée. C’est aussi une façon de faire rayonner la culture marocaine, à travers mes réseaux et à travers mon livre, où un chapitre entier est d’ailleurs dédié à la cuisine marocaine traditionnelle. Avant, quand je voulais préparer une recette que ma mère avait l’habitude de faire, je l’appelais. Maintenant, c’est écrit dans mon livre pour toujours, et ça, c’est la transmission.

 Selon vous, qu’est-ce qui explique l’attachement de votre audience à vos recettes : la simplicité, l’authenticité, le partage, ou un mélange de tous ces éléments ?

Je pense que la cuisine est quelque chose qui nous fait du bien, qui nous rassemble. Elle transcende les origines, les cultures, les religions. On peut ne pas être d’accord sur beaucoup de choses, mais autour d’un bon plat, tout le monde trouve sa place. À mon avis, ce qui crée de l’attachement, c’est l’énergie qu’on transmet : les gens ressentent immédiatement si c’est sincère. Moi, je ne suis pas là pour impressionner, je suis là pour inspirer, pour donner des idées, pour montrer qu’une cuisine généreuse et saine n’a pas besoin d’être compliquée, ni de prendre des heures. Et sur les réseaux, il y a une loi simple : quand on donne, on reçoit. La générosité que je mets dans chaque recette, chaque vidéo, chaque partage, elle revient sous forme d’amour, de fidélité et de soutien. Ma cuisine, c’est une invitation, pas une démonstration.

 Avec l’explosion des contenus culinaires sur Instagram et TikTok, comment parvenez-vous à vous renouveler et à continuer de surprendre votre communauté ?

Quand on est passionné, ce ne sont pas les idées qui manquent, c’est le temps. Mon inspiration vient de partout : la cuisine qui m’a bercée, le marché, le poissonnier, un nouveau plat goûté dans un restaurant, un voyage, un coucher de soleil sur la mer, ou simplement de bons produits. Pour moi, la cuisine peut se décliner à l’infini : une recette peut se faire de mille et une façons selon la saison, le produit, le mood du jour. Et je suis une gourmande, profondément gourmande. Naturellement, je teste, je goûte, je m’aventure, j’aime me régaler et régaler les miens. Je n’ai pas la pression des tendances, mais l’envie sincère de découvrir et de faire découvrir.

Derrière chaque vidéo se cache un important travail de préparation. À quoi ressemble une journée type dans les coulisses des « Gourmandises de Loubna » ?

Ma journée commence comme celle de beaucoup de mamans : le petit-déjeuner des enfants, l’organisation du matin. J’ai toujours un planning à portée de main ou sur mon frigo. Je sais déjà en début de semaine ce que je vais filmer, ce que je vais cuisiner. Il est rare que je me réveille sans savoir ce que je vais faire, parce que dans mon mode de fonctionnement, il me faut un guide, un cadre, pour être opérationnelle et efficace. Vers 10 heures, je commence le tournage. La recette que je filme finit toujours dans nos assiettes, le midi ou le soir, en famille : rien ne se perd. En ce moment, c’est l’été, donc je tourne en extérieur, à la lumière naturelle, sur la terrasse. En hiver, je rentre dans ma cuisine. Deux ambiances, mais toujours la même personne, la même énergie : celle que je ressens chaque matin en me réveillant avec la motivation et l’adrénaline qui me font vibrer.

 Les réseaux sociaux ont profondément changé notre rapport à la cuisine. Pensez-vous qu’ils encouragent davantage les gens à cuisiner, ou qu’ils créent parfois une forme de pression autour de la perfection culinaire ?

Les deux coexistent, et c’est aux consommateurs d’en être conscients. Les réseaux ont démocratisé la cuisine d’une façon extraordinaire, mais ils ont aussi créé une esthétique de la perfection qui peut intimider. Il y a des comptes qui font rêver, d’autres auxquels on s’identifie : c’est à chacun de choisir ce qu’il consomme. Je dis toujours à mes abonnés, à la fin d’une vidéo, une story, un post, peu importe : pesez-vous la question : « est-ce que je me sens bien, inspirée, ou frustrée, intimidée ? » Si c’est de l’inspiration, on continue à suivre ce compte. Si c’est de la frustration, il faut arrêter de le suivre, sans culpabilité. Les réseaux doivent nous faire du bien, pas l’inverse.

Parmi toutes les recettes que vous avez partagées, y en a-t-il une qui vous tient particulièrement à cœur parce qu’elle raconte une histoire personnelle ou familiale ?

Sans hésitation, le poulet au citron confit de ma mère. C’est la recette qui me rappelle le plus mon enfance : l’odeur, la convivialité, quand on recevait du monde, la belle ambiance à la maison, et elle qui voulait juste nous régaler, avec des frites préparées à côté. Je garde de très bons souvenirs de cette époque et la recette est dans mon livre. Je l’ai préparée en contenu pour les réseaux, avec ma mère, au Maroc, à la méthode traditionnelle : citrons confits maison, smen (le beurre fermenté maison), persil, ail et coriandre pilés au mortier. Un contenu qui a beaucoup plu, parce que ça reste une recette ancestrale. C’est mon lien vivant avec le Maroc et avec la personne que je suis.

Quels sont vos prochains défis et vos ambitions ?

Le livre était une première étape, et il a dépassé toutes mes espérances : c’est un vrai succès. Aujourd’hui, j’ai des projets qui mûrissent. Je ne veux pas en parler trop tôt, je préfère construire dans le silence et surprendre au moment où ce sera prêt. Ce que je sais avec certitude, c’est que je veux aller plus loin, toujours dans mon univers, avec la même exigence. La suite sera à la hauteur de ce que j’ai construit jusqu’ici.

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