L’année 2025 aura été celle où les femmes ont occupé le devant de la scène, non par effet de mode ou de hasard, mais par conviction, courage et persévérance. Face aux défis climatiques, sociaux, technologiques ou éducatifs, elles ont avancé avec ténacité et intelligence, devenant des modèles pour toute une génération. Elles ont refusé les limites invisibles, bousculé les cadres trop étroits et montré que l’avenir se construit aussi, et peut-être surtout, grâce aux femmes qui osent, pas pour plaire. Pas pour prouver. Mais parce que changer le monde est devenu une nécessité.
Exemple et excellence
Parmi ces éclaireuses, des Marocaines qui brillent dans des univers exigeants et souvent verrouillés. Scientifiques, sportives, architectes, dirigeantes, alpinistes ou expertes de la finance… elles réinventent leur domaine avec aplomb. Elles dirigent des institutions, décrochent des prix, réécrivent les standards de leur discipline et montent sur des podiums inattendus. Leur point commun ? Une volonté farouche de transmettre, de construire et de faire bouger les lignes. Cette année, certaines se sont particulièrement imposées. On peut citer Nadia Fettah Alaoui, la ministre de l’Économie et des Finances, première femme à ce poste, qui modernise la gouvernance financière du Maroc, Najat Mokhtar, à la tête des sciences et des applications nucléaires, qui pilote des projets d’envergure internationale, Amina Bouayach, présidente du CNDH et figure de référence en droits humains, Salima Naji, architecte récompensée pour son approche durable et visionnaire de l’architecture, Hind Zemmama, qui enchaîne les ascensions, défiant les montagnes les plus emblématiques de la planète et Nawal Moutawakil, vice-présidente du Comité international olympique (CIO) et ambassadrice du sport féminin, dont l’engagement pour la promotion de l’inclusion, de l’égalité des droits et du rôle fédérateur du sport, a été distingué par le Conseil de l’Europe.
Héroïnes d’aujourd’hui et demain
À leurs côtés, la nouvelle génération accélère le mouvement et inspire la relève. En effet, en premières lignes, Maria Mernissi, prodige du saut d’obstacles, Safia Zanfari, jeune pilote de course qui enchaîne les podiums et impose sa présence dans le sport automobile ou encore Hasnae Taleb, experte en finance qui gère des milliards avec une maîtrise qui en fait une référence dans les sphères les plus pointues de son secteur. La réussite de ces femmes ne se résume pas à des distinctions ou à des records. Elle se lit dans l’exemple qu’elles donnent, dans l’énergie qu’elles insufflent, dans les voies qu’elles ouvrent et les standards qu’elles élèvent. Elles montrent que la puissance au féminin n’est ni un slogan, ni un concept abstrait. C’est une réalité concrète, palpable, qui transforme les institutions, les disciplines et les imaginaires. Ces Marocaines, aussi passionnantes que passionnées, prouvent qu’aucun sommet n’est inaccessible, qu’aucune scène n’est trop grande et qu’aucune ambition n’est trop audacieuse. Elles inspirent. Elles guident. Elles forcent l’admiration et le respect. Aussi, avons-nous choisi d’écrire leurs portraits qui, au delà de leurs exploits, célèbrent la puissance et le leadership des femmes marocaines.
Nadia Fettah Alaoui : La force tranquille de la finance
Nadia Fettah Alaoui a depuis toujours parlé le langage des chiffres. Elle connaît les codes de la finance comme les doigts de la main. C’est donc tout naturellement que le destin la mène, en 2021, au prestigieux poste de ministre de l’Économie et des Finances, devenant ainsi la toute première argentière du Royaume.
Après des études à la prestigieuse école de commerce HEC Paris, elle rejoint le cabinet d’audit Arthur Andersen en tant que consultante. En quête constante de nouveaux défis, elle décide ensuite d’accompagner un groupe de jeunes Tunisiens dans la création d’un fonds d’investissement (aujourd’hui AfricInvest) qu’elle pilote de bout en bout. “Le dirigeant de cette société considérait que le boulot était trop dur pour une femme. Je lui ai prouvé le contraire ! De manière générale, j’ai été témoin de comportements ou de propos sexistes, mais ça ne m’a jamais vraiment affectée … Dans la sphère privée, en revanche, les gens ont parfois des réactions très dures : on est vite considérée comme une épouse ou une mère indigne lorsque l’on accorde trop de temps ou d’importance à son métier”, confiait-elle à HEC stories au moment de sa nomination au poste de ministre. C’est cette même détermination à défendre la place des femmes qui l’incite à recadrer en octobre dernier un député pour sa remarque misogyne : “Pourquoi pensez-vous que c’est tout ce que veulent les femmes ?”, a-t-elle répondu avant de poursuivre le débat.
En 2005, s’apprêtant à prendre une année sabbatique, elle reçoit un appel pour rejoindre le groupe Saham Assurance. Elle saisit cette opportunité pour relever de nouveaux défis, et assume des missions d’ordre stratégique, notamment les opérations de fusions-acquisitions. Elle dirige plusieurs pôles avant d’occuper le poste de directrice générale déléguée de Saham Finances. Membre fondatrice du Club des Femmes administrateurs, Nadia Fettah Alaoui a toujours œuvré pour une meilleure représentativité des femmes dans les conseils d’administration et les postes de leadership, faisant de cet engagement l’un de ses principaux combats. Reconnue à l’échelle continentale dans le secteur des assurances, Nadia Fettah est élue “CEO de l’année” par l’Africa CEO Forum à Abidjan. F M.B.

Première femme arabe et africaine à occuper le poste de Directrice générale adjointe de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), Najat Mokhtar incarne une trajectoire où excellence scientifique et engagement social avancent de pair. Couronnée de l’Arab Woman of the Year 2025, elle décrit cette distinction comme “un immense honneur et une profonde responsabilité”, ajoutant qu’elle célèbre “le potentiel et la résilience de toutes les femmes arabes qui œuvrent chaque jour dans l’ombre”.
Née à Taounate et élevée à Rabat, elle tire de ses étés passés à Qariat Ba Mohamed une leçon fondatrice : “J’y ai vu des femmes silencieuses mais puissantes, qui m’ont appris l’endurance et la dignité.” Elle se souvient aussi des mots de sa grand-mère : “Compte sur toi-même et vas de l’avant, tout est possible”. Sa passion pour la science naît au lycée, nourrie par des professeurs inspirants. Elle s’oriente ensuite vers la nutrition, un domaine encore peu exploré au Maroc. À l’université, une professeure d’endocrinologie devient un modèle déterminant : “Elle m’a montré que l’excellence scientifique et la féminité n’étaient pas incompatibles.”
Son entrée dans le système onusien est presque un hasard : “Mon mari a repéré une offre de l’AIEA liant nutrition et technologies nucléaires… une association improbable à mes yeux !” À Vienne, elle doit tout réapprendre : science appliquée, diplomatie, multilatéralisme. “Ce fut un défi immense, mais incroyablement formateur.”
Devenir la première femme à ce poste n’a pas été sans obstacles. “On me questionnait sur ma capacité à concilier maternité et responsabilités professionnelles”, dit-elle. Elle évoque aussi “l’autocensure”, un doute transformé en moteur pour s’affirmer. Le soutien de sa famille et de mentors a été décisif : “Grâce à eux, j’ai avancé.”
Parmi ses fiertés, elle cite la création des premiers masters et PhD en nutrition au Maroc : “Voir mes étudiants rayonner a été une immense source d’accomplissement.” À l’AIEA, elle défend une science au service de l’équité. “La science ne peut se permettre d’écarter la moitié de ses talents”, insiste-t-elle. Pour elle, l’enjeu est clair: “Ce qu’il faut, ce sont des systèmes qui soutiennent les femmes, pas qui les testent à l’infini.” Avec conviction et constance, Najat Mokhtar ouvre la voie à une nouvelle génération de femmes scientifiques, celles à qui, longtemps, on a refusé la possibilité même du rêve. F R.L.
Amina Bou
Amina Bouayach fait partie de celles qui avancent avec une force calme, plus convaincante que n’importe quel discours. Née en 1957 à Tétouan, elle retient très tôt une évidence : “L’injustice n’est jamais abstraite, elle a un visage, un nom, une histoire.” Une conviction qui façonne son engagement. Et lorsqu’elle évoque sa nomination à la tête de la GANHRI, elle refuse toute lecture héroïque. Pour elle, c’est avant tout “la reconnaissance du chemin collectif d’un pays”, celui d’un Maroc qui inscrit les droits humains comme repère durable. Une responsabilité élargie, un espace où la voix du CNDH s’ajoute à celles d’autres institutions pour contribuer, ensemble, à des pratiques internationales.
À la présidence du CNDH depuis 2018, Amina Bouayach accompagne, avec l’ensemble des acteurs concernés, des chantiers structurants : le Mécanisme national de prévention de la torture, l’observation électorale, les campagnes pour l’égalité et la dignité. Elle cite aussi la réforme du Code de la famille, initiée par SM le Roi Mohammed VI, comme une avancée essentielle. Mais les défis demeurent : renforcer les garanties, lutter contre les violences et les discriminations, inscrire durablement les droits humains dans les politiques publiques. Son parcours, du militantisme à la diplomatie puis aux instances internationales, elle le voit comme un ensemble cohérent. “Ces domaines sont profondément interconnectés”, dit-elle. Porter des voix, créer des ponts, contribuer à des normes communes: tout procède de la même conviction que “l’humain ne peut se construire qu’avec l’humain”.
Quand elle évoque les femmes leaders, sa pensée se fait précise : elles ne sont pas seulement des modèles, mais des “dépositaires”. Dépositaires d’audace, de confiance, de persévérance. Leur rôle est d’ouvrir des espaces, de rendre évident ce qui fut longtemps perçu comme exceptionnel. Et puis il y a ce qui la ressource ; la part intime, discrète. La lecture comme refuge. Les marches dans la nature comme respiration nécessaire. Le cercle familial discret, qui lui permet de retrouver l’équilibre. “L’équilibre se trouve dans la capacité d’alterner”, confie-t-elle, entre engagement et retour à soi.
Chez Amina Bouayach, la force n’est jamais dans l’effet. Elle est dans la constance, la mesure, et cette manière rare de relier les autres plutôt que de s’imposer. F A.D.
Rajaâ Cherkaoui El Moursli : une pionnière de la physique
Le parcours de Rajaâ Cherkaoui El Moursli est jalonné de distinctions et de prix internationaux. Le dernier en date est le prix Breakthrough 2025, l’une des plus prestigieuses distinctions scientifiques au monde, en physique fondamentale, remporté en octobre dernier. Chercheuse spécialiste en physique des hautes énergies et en physique nucléaire, scientifique de renom, Rajaâ Cherkaoui El Moursli est considérée comme l’une des femmes scientifiques les plus influentes d’Afrique du Nord, mais pas seulement. Son nom figure cette année, avec quatre autres scientifiques marocains, parmi les 200 meilleurs chercheurs au monde dans le classement de l’Indice de développement académique 2025.
Née à Salé en 1954, Rajaâ Cherkaoui El Moursli décroche son PhD en physique nucléaire à Grenoble en 1982. Elle intègre ensuite l’Université Mohammed V de Rabat où elle impose d’emblée son empreinte. “j’ai contribué à la création du premier master en physique médicale et à la formation de la première génération de physiciens médicaux au Maroc ”, rappelle-t-elle.
Dès 1996, elle est impliquée dans des recherches collaboratives pour étudier les propriétés des particules subatomiques et leur rôle dans l’univers. “Je fais partie de plusieurs projets européens comme MARSU (sur la surveillance de la pollution atmosphérique) et KM3NeT (Cubic Kilometre Neutrino Telescope), où j’ai dirigé des équipes de recherche au Maroc et collaboré avec des institutions internationales de premier plan comme le CNRS et le CEA”, détaille-t-elle. Sa participation à des recherches majeures au CERN (Conseil européen pour la recherche nucléaire), “notamment la découverte du boson de Higgs, un tournant majeur dans le domaine de la physique des particules”, lui confère une notoriété internationale. Le projet aboutit en 2012. En 2015, Rajaâ Cherkaoui obtient le prix L’Oréal-Unesco 2015 pour les Femmes et la Science dans la catégorie Afrique et États arabes, un hommage mondial à sa contribution à la découverte du Boson de Higgs.
Depuis, les distinctions continuent à honorer son parcours et ses recherches. C’est ainsi qu’en 2022, elle décroche une médaille de la TWAS (The World Academy of Sciences) pour l’ensemble de ses travaux et en 2024, elle figure dans la liste prestigieuse Forbes 50 Over 50 qui distingue les femmes les plus influentes de la région MENA. F K.A.

Dans les coulisses de la haute finance, là où brasse les milliards, une Marocaine a su s’imposer. Hasnae Taleb, fondatrice et associée principale de Mintiply Capital, dirige depuis Dubaï une société mondiale de conseil et de banque d’investissement gérant des transactions à plusieurs millions de dollars. Une ascension fulgurante pour celle que le Nasdaq a surnommée la “Shewolf”. Rien, pourtant, ne la prédestinait à Wall Street. Née au Maroc, elle a tout quitté pour poursuivre ses études aux États-Unis. “Je n’avais pas de plan clair, ni de filet de sécurité. Mais je savais que si je n’essayais pas, cela me hanterait pour toujours”, confie-t-elle. Diplômée d’un MBA en gestion d’actifs, elle fait ses armes chez Morgan Stanley et Nasdaq, avant de lancer sa propre structure. Son secret ? Une discipline de fer. “Si vous n’êtes pas discipliné, oubliez tout ça”, indique-t-elle avec le sourire. Pour elle, la finance n’est pas une affaire de chiffres mais de vision. “C’est un jeu de stratégie et de psychologie, explique-t-elle avec facilité. Je la vois comme un outil pour créer de la liberté et soutenir des idées qui méritent d’exister.” Et d’enchaîner : “Quand vous gérez des centaines de millions, chaque choix a son poids. Et parfois, les décisions doivent être prises en un temps très court. Je respecte les marchés, je les étudie religieusement, mais je ne les idolâtre pas. Ma relation avec la finance est ancrée, disciplinée et orientée vers un but.”
Hasnae Taleb, c’est l’assurance d’une femme pragmatique et affûtée, qui a refusé de se fondre dans le moule. “Je n’ai pas attendu qu’on me donne une place, je l’ai prise”, lance-t-elle, droite dans ses ambitions. “Je savais que je devais être deux fois plus préparée et dix fois plus résiliente. Je suis restée authentique et concentrée. Mes résultats parlent d’eux-mêmes.” Et si elle a dû redoubler d’efforts dans un univers dominé par les hommes, c’est pour mieux inspirer celles qui viendront après. “Chaque fois que j’entre dans une salle ou que je signe une transaction, les jeunes femmes sont avec moi”, confie-t-elle. Son moteur aujourd’hui : l’impact. Elle plaide pour une finance plus inclusive, plus représentative. “Il devrait y avoir plus de femmes dans les postes décisionnels, plus de capitaux pour les fondateurs sous-estimés”, défend-elle. “Car la finance doit refléter le monde qu’elle prétend servir.”F P.M.

En 2025, Salima Naji a été récompensée par cinq distinctions internationales dont le prestigieux Global Award for Sustainable Architecture à Venise ou encore le grand Prix de la Femme architecte internationale à Paris qui lui sera décernée le 15 décembre prochain. Salima Naji impose, une fois encore, sa voix singulière et engagée dans le paysage mondial de l’architecture durable. “Recevoir le Global Award à Venise, c’est bien plus qu’un honneur. Cela confirme que notre travail, mené depuis vingt ans dans les zones rurales marocaines, résonne désormais à l’échelle mondiale”, confie celle qui préfère les chantiers poussiéreux, les artisans, et la lenteur du geste aux flashes des podiums. “Notre métier est une responsabilité : un engagement pour un monde plus juste, plus beau, et qui contribue à améliorer la planète sans participer de sa destruction. Tous les prix que j’ai reçus confirment un travail construit sur plus de deux décennies, sauf qu’il y a 20 ans c’était moins nécessaire qu’aujourd’hui de s’attacher à l’ancrage et à la réflexion sur les ressources disponibles.” Née à Rabat, d’un père marocain et d’une mère française, diplômée de l’École d’architecture de Paris-La-Villette et docteure en anthropologie à l’EHESS, elle a très tôt choisi un terrain exigeant : les vallées présahariennes. “Au Mali, en 1995, j’ai compris que la terre crue pouvait être un moteur architectural, la matrice du projet”, explique-t-elle. Depuis, elle bâtit une œuvre rare, où chaque mur dialogue avec la mémoire du lieu. À Agadir, elle a notamment redonné vie à la forteresse d’Oufella, ravagée par le séisme de 1960. Une prouesse architecturale et humaine. “Ce fut le chantier le plus complexe de ma carrière. Il fallait concilier mémoire, sécurité et beauté”, confie-t-elle. Son système parasismique mêlant bois et pierre sèche, inspiré du Haut-Atlas, fait aujourd’hui école. Son chantier de cœur ? “Le collège de Timenkar, construit après le séisme de 2023, à 2 300 mètres d’altitude”, répond-elle. “Les maçons sont les parents des 160 élèves. C’est un projet de dignité, un acte social.” Son esprit libre et son exigence font d’elle une architecte à part, qui ne transige ni avec l’éthique, ni avec l’esthétique. Sa vision ? “Revenir à la dignité sociale par les matériaux locaux”, explique-t-elle, car “bâtir, c’est d’abord appartenir”. F P.M.

Jeune mamie de 51 ans, femme d’affaires, entrepreneure et sportive accomplie, Hind Zemmama a atteint en octobre 2025 le sommet de la Pyramide de Carstensz en Indonésie après avoir réussi à gravir l’Everest en mai de la même année. Ce challenge s’inscrit dans le cadre du “Grand Chelem” des 7 Sommets que l’alpiniste est en passe de réussir. “L’idée du challenge des 7 sommets est née de mon envie d’explorer les limites du possible et de me confronter aux montagnes les plus mythiques du globe. Ce défi incarne, pour moi, la quête ultime de courage et de discipline”, explique-t-elle. Dans son agenda, deux montagnes à conquérir en 2026 : le Denali (Amérique du Nord) et le massif Vinson (Antarctique).
Déterminée et passionnée, l’alpiniste aime repousser ses limites et transformer chaque défi en opportunité d’apprentissage. “L’audace et la persévérance sont au cœur de tout ce que j’entreprends”, précise-t-elle.
C’est en 2022 que Hind Zemmama, après son ascension réussie du Kilimandjaro décide de continuer sur sa lancée et de s’attaquer aux plus hautes montagnes. Début 2024, elle dompte l’Aconcagua (Argentine), puis conquiert l’Elbrouz (Russie) en août de la même année. L’Everest, vaincu en mai 2025, la propulse dans le cercle très restreint des Marocaines ayant réussi cet exploit. “Ces cinq sommets conquis symbolisent une quête intérieure, un voyage d’endurance et de résilience, et un hommage vibrant à la force féminine marocaine… À chaque sommet, j’ai eu l’honneur et l’émotion immense de lever haut le drapeau marocain. Représenter mon pays sur les plus hauts toits du monde est une fierté indescriptible”, se réjouit-elle.
Sa passion pour l’alpinisme et sa détermination à concrétiser le challenge des 7 sommets ne constituent nullement un frein à sa carrière professionnelle. “C’est un exercice d’équilibre permanent. L’entrepreneuriat m’a appris à planifier, à déléguer et à optimiser mon temps. Je prépare mes expéditions longtemps à l’avance afin de préserver mes responsabilités professionnelles. Cette organisation me permet de poursuivre mes ambitions sportives sans jamais compromettre ma vie d’entreprise… C’est un équilibre précis qui me permet d’aborder chaque ascension avec sérénité et performance”, poursuit Hind Zemmama qui partage sur ses réseaux sociaux et dans ses conférences des messages inspirants sur la persévérance, le courage et le dépassement de soi. F K.A.

A tout juste vingt ans, Sofia Zanfari trace sa route à la vitesse grand V. Derrière son casque, on distingue à peine ses traits juvéniles, mais dans ses yeux, une flamme brille avec l’intensité de ceux qui savent où ils vont. Sur les circuits européens, le drapeau rouge et vert flotte déjà à son passage : celui du Maroc, son pays, sa fierté. Son histoire commence bien avant les podiums et les combinaisons ignifugées. “C’est mon grand frère qui m’a transmis cette passion”, se souvient-elle avec un sourire. Très tôt, Sofia s’installe dans un kart, et la magie opère : vitesse, compétition, adrénaline. Trois mots qui deviendront la bande-son de sa vie. Mais c’est en 2023 que tout bascule. “C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce n’était pas juste une passion, mais ma voie”, confie-t-elle.
Dans un univers où les femmes sont encore trop rares, Sofia doit composer avec les regards et les remarques. “Il y a encore beaucoup de préjugés”, dit-elle sans amertume. “Certains pensent qu’une femme est forcément moins rapide ou moins forte.” Alors, elle répond par le chrono. “Sur la piste, c’est simple : c’est le talent et le travail qui parlent.” Cette force tranquille, forgée par les années de compétition, devient sa marque de fabrique. Porter les couleurs du Maroc sur la scène internationale ajoute à sa motivation. “Le Maroc, c’est mes racines.” Chaque course devient un hommage discret à son pays, à ses racines africaines et arabes, à cette fierté d’être pionnière. Elle sait qu’en se battant pour chaque dixième de seconde, elle ouvre la voie à d’autres jeunes filles marocaines. Sur le plan sportif, Sofia a déjà laissé son empreinte. Elle évoque avec émotion sa course à Spa-Francorchamps, l’un des circuits les plus mythiques du monde. “J’y ai fait un super premier tour, une course vraiment sympa”, dit-elle. Avant chaque départ, Sofia suit un rituel précis. “J’écoute beaucoup de musique, ça m’aide à canaliser la pression et à me concentrer”, confie-t-elle. Hors-piste, elle retrouve une vie ordinaire. “Je suis à l’université, j’adore passer du temps avec ma famille, mes amis, et j’aime les animaux.” Pourtant, derrière ce sourire tranquille, on devine une détermination d’acier. Son objectif est clair : intégrer la F1 Academy, la filière qui prépare les championnes, puis grimper les échelons jusqu’à la Formule 1. “Je veux gagner, mais aussi montrer qu’une Marocaine peut réussir à ce niveau.” F S.B.

A 17 ans seulement, Maria Mernissi s’impose déjà comme une figure montante de l’équitation marocaine. Affiliée au Royal complexe des sports équestres Dar Es Salam à Rabat, la jeune cavalière a remporté en juillet dernier le Championnat du Maroc U18 de saut d’obstacles, lors de la 40ᵉ édition de la Semaine du cheval. Née dans un environnement empreint d’amour pour les chevaux, Maria Mernissi s’est intéressée très tôt à l’équitation. “J’ai découvert l’équitation vers mes 7 ans, mon père étant ancien cavalier, il a dû me transmettre sa passion pour ce sport”, partage-t-elle. Maria a rapidement développé un penchant pour le saut d’obstacles, une discipline exigeante qui nécessite maîtrise et audace. “J’ai été attirée par le saut d’obstacles parce qu’on y ressent des sensations incroyables. C’est une discipline qui nous pousse toujours à apprendre et à évoluer, ce qui apporte une forme de satisfaction à chaque palier atteint”, explique-t-elle.
En 2021, Maria Mernissi a remporté, avec son cheval Vero Fino, le Championnat du Maroc de saut d’obstacles catégorie cadets, organisé sous l’égide de la Fédération royale marocaine des sports équestres. “C’est ma première grande victoire, elle m’a donné envie de persévérer et de continuer mes efforts dans ce sport. Grâce à cet exploit, j’ai compris que la relation cavalier/cheval est primordiale pour réussir”, souligne-t-elle. Cependant, le chemin vers l’excellence est souvent semé d’embûches. Après cette victoire, Maria a connu une période de doute, mais sa consécration lors de la Semaine du cheval 2025 l’a remotivée. “J’avais l’impression que mes performances stagnaient et que mes compétences diminuaient, mais ce titre m’a redonné du courage et de la détermination pour l’avenir”, se réjouit-elle.
Pour les années à venir, la jeune cavalière aspire à s’illustrer sur la scène internationale. “J’aimerais réserver mon titre de championne du Maroc et peut-être participer et gagner des compétitions internationales”, nous confie-t-elle. Elle a d’ailleurs décroché sa qualification pour la Finale du FEI Jumping World Challenge 2025 à Dakar, mais une blessure l’a contrainte à renoncer. “Je suis actuellement blessée, donc j’aimerais juste pouvoir remettre le pied à l’étrier et reprendre le saut d’obstacles le plus vite possible”, confie-t-elle, déterminée à revenir encore plus forte. F M.A.O.
Nawal El Moutawakel : celle qui met les obstacles ko
Honorée le 29 octobre 2025 à Lisbonne par le Prix Nord-Sud du Conseil de l’Europe, en reconnaissance de son engagement pour l’inclusion des athlètes réfugiés et la promotion de l’égalité des droits à travers le sport, Nawal El Moutawakel a tout au long de sa carrière, défendu l’accès des femmes au sport et fait de l’olympisme une cause chère à son cœur.
Née en 1962 à Casablanca, Nawal El Moutawakel se passionne très tôt pour l’athlétisme, se spécialisant dans le 400 mètres haies. Déterminée et ambitieuse, elle devient rapidement championne nationale et régionale. “L’athlétisme m’a offert une liberté que peu d’activités pouvaient donner à une jeune fille marocaine à l’époque. Courir, c’était m’affirmer, me dépasser, exister autrement”, nous confie Nawal.
Son destin bascule en 1984, lors des Jeux olympiques de Los Angeles, où elle remporte la médaille d’or du 400 m haies, devenant la première femme arabe, africaine et musulmane à décrocher un titre olympique. “Ce jour-là, lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée et compris que j’étais championne olympique, tout a changé. Ce n’était pas seulement une victoire personnelle; c’était celle de toutes les femmes marocaines, de tout un pays. J’ai compris que ce que nous faisons sur une piste peut résonner au-delà du sport. Ce moment m’a donné une mission : œuvrer toute ma vie pour que d’autres filles puissent, à leur tour, réaliser leurs rêves”, se remémore-t-elle non sans émotion.
Ce triomphe marque un symbole d’émancipation et d’espoir pour des millions de jeunes filles dans le monde arabe et en Afrique. “Quand une fille ose courir, nager, boxer ou jouer au foot, elle envoie un message fort. Le sport change les mentalités en douceur. Il ouvre des portes, il inspire les jeunes générations. Et aujourd’hui, voir autant de jeunes filles marocaines pratiquer librement, c’est une immense fierté pour moi”, affirme la championne olympique.
Forte de son expérience sur les pistes et de son rayonnement international, elle s’engage ensuite dans la gouvernance sportive. En juillet 2024, elle est réélue vice-présidente du CIO aux côtés de l’Argentin Gerardo Werthein, un poste qu’elle avait déjà occupé entre 2013 et 2016.
Cette ancienne athlète de haut niveau s’intéresse aussi à la politique, et devient Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires sociales, chargée de la Jeunesse et des Sports (1997-1998), puis, plus tard Ministre de la Jeunesse et des Sports (2007-2009). F M.B.


