Avortement sécurisé : MRA lance un kit pour former et sensibiliser

Mobilising for Rights Associates publie un nouveau kit pratique consacré au droit à l’avortement sécurisé. Disponible en arabe et en français, l’outil propose cinq activités de formation pour déconstruire les idées reçues, analyser les effets de la criminalisation et ouvrir un dialogue autour d’un sujet encore largement tabou.

Parler d’avortement au Maroc reste un exercice sensible. Entre tabous sociaux, cadre juridique restrictif, stigmatisation et manque d’information, le sujet continue de cristalliser de nombreuses tensions. C’est précisément pour accompagner ce débat que Mobilising for Rights Associates (MRA) vient de publier un kit pratique consacré au droit à l’avortement sécurisé.

Pensé comme un outil de formation et de sensibilisation, ce toolkit réunit plusieurs fiches d’activités bilingues, en arabe et en français. Objectif : aider les associations, formateur·rice·s, militant·e·s et acteur·rice·s de terrain à animer des séances participatives autour des droits, des réalités sociales et des conséquences de la criminalisation de l’avortement.

Cinq activités

Le kit ne se présente pas comme un simple document théorique. Il propose des exercices structurés, fondés sur la discussion, les études de cas, les mises en situation et le travail collectif. Chaque activité permet d’aborder une dimension différente du sujet : les stéréotypes, les mythes, les obstacles rencontrés par les femmes, les violations des droits humains ou encore la manière de répondre aux discours stigmatisants.

L’une des fiches, intitulée « Franchir la ligne », invite par exemple les participant·e·s à réfléchir aux attitudes, croyances et stéréotypes liés à l’avortement, mais aussi à comprendre comment ces représentations se construisent et peuvent nourrir la stigmatisation. L’activité vise également à aligner plus consciemment les attitudes et les actions sur des valeurs de respect et de droits humains.

Une autre fiche, « Parler de l’avortement », s’intéresse directement aux réactions hostiles, aux arguments négatifs et aux jugements que l’on peut entendre dans la société. L’objectif est d’aider les participant·e·s à formuler des réponses appropriées, efficaces et respectueuses, notamment face aux conversations difficiles.

Déconstruire les idées reçues

Le kit consacre également une activité aux mythes et réalités sur l’avortement au Maroc. Cette fiche vise à corriger les informations erronées couramment véhiculées, à renforcer les connaissances sur le cadre juridique et à replacer le sujet dans ses réalités sociales et sanitaires.

Parmi les affirmations proposées aux participant·e·s figurent notamment le nombre estimé d’avortements pratiqués au Maroc, la part des avortements non sécurisés, les poursuites pénales, l’accès à la contraception ou encore les grossesses non désirées. La feuille de réponses rappelle notamment que les grossesses non désirées représenteraient près de 30 % de l’ensemble des grossesses survenant dans le cadre du mariage au Maroc, selon l’Enquête Nationale sur la Population et la Santé Familiale de 2018. Elle cite aussi une estimation de 700 à 1000 avortements par jour au Maroc, selon l’Association Marocaine de Planification Familiale.

Le document rappelle par ailleurs le cadre pénal en vigueur. Il indique que l’avortement est illégal au Maroc, sauf lorsqu’il est nécessaire pour sauver la vie ou la santé de la femme, et renvoie aux articles 449 à 458 du Code pénal marocain. La fiche précise notamment que l’article 449 punit la personne ayant procuré ou tenté de procurer un avortement, tandis que l’article 454 prévoit des peines pour la femme qui s’est intentionnellement fait avorter ou a tenté de le faire.

Des parcours sous contrainte

Au-delà des chiffres et du cadre juridique, MRA cherche surtout à replacer le sujet dans des parcours de vie. L’activité « Pourquoi est-elle morte ? » propose d’analyser les étapes que peuvent traverser des femmes confrontées à une grossesse non désirée ou non planifiée : accès ou non à un avortement légal, sûr et abordable, recours à des solutions clandestines, conséquences sociales, économiques et sanitaires.

Le déroulé de l’activité repose sur une mise en scène collective. Les participant·e·s sont invité·e·s à identifier les raisons qui mènent à une issue dramatique, puis à réfléchir aux responsabilités individuelles, sociales et institutionnelles. Le document insiste notamment sur la responsabilité de l’État en matière de protection contre les violences, d’accès aux services de santé et d’information fiable.

Dans la même logique, la fiche consacrée aux études de cas propose d’identifier les violations des droits humains pouvant découler de la criminalisation de l’avortement. Elle invite les participant·e·s à analyser les conséquences sur les droits des femmes et des filles, à reconnaître les discriminations fondées sur le genre et à renforcer le plaidoyer à partir des normes internationales relatives aux droits humains.

Un outil de plaidoyer

Avec ce kit, MRA entend donc fournir un support concret à celles et ceux qui travaillent sur les droits des femmes, la santé reproductive et la sensibilisation communautaire. L’approche choisie est participative : il ne s’agit pas seulement d’informer, mais de faire réfléchir, débattre et questionner les représentations.

Dans un contexte où l’avortement reste entouré de silence, l’initiative ouvre un espace de discussion structuré. En mettant à disposition des outils en arabe et en français, MRA cherche aussi à élargir l’accès à l’information et à faciliter son appropriation par les acteur·rice·s de terrain.

Plus qu’un simple guide, ce kit se veut ainsi un support de dialogue et de plaidoyer. Un moyen de déconstruire les tabous, de replacer les droits humains au centre du débat et de rappeler que derrière chaque discussion sur l’avortement se trouvent des parcours de femmes, des contraintes réelles et des enjeux de santé publique.

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