Une mamie sur les planches

Dernièrement, Casablanca a pu découvrir une artiste hors du commun. Incroyable sexagénaire à la pêche d'enfer, Tata Milouda chante, danse et slame sur sa vie, ses souffrances et aussi sa chance, qu'elle a fini par rencontrer depuis qu'elle sait lire et écrire.

C’est un grand jour pour Tata Milouda. A plus de 60 ans, elle revient au Maroc mais cette fois-ci, elle ne rend pas seulement visite à sa famille du douar, du côté de Settat, elle est là en tant qu’artiste, pour rencontrer le public marocain pour la première fois depuis qu’elle slame sur les planches parisiennes. “C’est mon bonheur, mon rêve et ma réussite. J’ai le trac, mais en même temps, je suis très heureuse de me produire ici”, avoue-t-elle d’une voix émue, quelques heures avant le début de son spectacle. Ce vendredi 17 février, la sexagénaire se produit donc enfin sur une scène marocaine. C’est à Casablanca, en marge du Salon du Livre et par une initiative conjointe de l’Institut Français de Casablanca et du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger, que le spectacle a lieu. Le public est au rendez-vous, conquis. La petite salle Diwan de Bab El Bahr, dans l’ancienne médina, affichait complet. A cette occasion, Tata Milouda a mis le paquet puisqu’elle n’était pas seule sur scène. La chanteuse algérienne Samira Diar l’a accompagnée à la guitare, ainsi que Mokrane Adlani au violon. Cette première au Maroc était aussi l’occasion pour l’artiste de monter sur scène avec son fils, Zouheir, qui est musicien. “C’est ma manière de dire qu’on peut, à 60 ans, monter sur scène avec ses enfants, pour témoigner de sa vie”, dit-elle fièrement.

Et vive la liberté…

Dans un français de son cru, Tata Milouda témoigne à sa manière. Elle slame, chante et danse sa vie, de sa trajectoire d’immigrée clandestine à son nouveau statut d’artiste. Dans son spectacle intitulé “Tata Milouda et vive la liberté”, elle raconte son histoire, sa souffrance, mais aussi son bonheur d’apprendre. A sa façon à la fois amusante et empreinte d’émotions, elle slame ses textes militants sur la condition de la femme aux cours d’alphabétisation, sur la vie dans la cité et la difficulté d’être sans papiers. “Ce soir, je vais vous raconter un petit chwiya de ma vie. Car si je vous raconte tout, il me faudra 15 ans, jour et nuit”. C’était dit pour rire, mais c’est probablement vrai ! Petite fille, Milouda n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Elle a ensuite été mariée très jeune et a eu six enfants qu’elle a dû laisser au village pour fuir un mari violent. Arrivée en France à 40 ans comme femme de ménage sans papiers, sans parler un mot de français, Milouda va pas à pas reconstruire sa vie. Elle suit des cours d’alphabétisation, divorce de son mari, obtient des papiers français, puis fait venir ses enfants auprès d’elle. “J’ai trop souffert quand je suis partie à Paris. Je me suis égarée. On m’a escroquée. J’ai pleuré. Toute cette souffrance, j’ai commencé à la retranscrire le jour où j’ai appris à lire et à écrire”, se rappelle-t-elle, émue.

Jusqu’au bout du rêve

Après les cours d’alphabétisation, Milouda suit des formations. Lorsqu’on lui propose “cuisine” ou “ménage”, Milouda dit : “Je veux faire un stage de théâtre”. Malgré l’incrédulité de ses formateurs et les moqueries de ses camarades, elle parvient à le décrocher. “Je savais de quoi j’étais capable, ce que je pouvais dire et faire sur les planches”. Chose qu’elle a prouvée lors de sa première apparition en 2007. Depuis, elle hante toutes les scènes ouvertes et finit à force d’obstination à intégrer des productions professionnelles. A 60 ans, elle réalise son rêve en devenant une artiste et comme elle le slame dans son spectacle : “Il faut frapper à toutes les portes, on ne sait jamais. Jamais il ne faut dire jamais. Mieux vaut tard que jamais”. Tata Milouda n’a pas hésité à forcer le destin en frappant à toutes les portes, à celle de Grand Corps Malade, à celle de Jamel Debbouze et à bien d’autres. “Je crois que çamarche”, confie-t-elle malicieusement. Et c’est bien vrai. Jamel, séduit, l’a déjà invitée à deux reprises à se produire sur les planches du Comedy Club aux côtés d’autres artistes. “Avec ça, une partie de mes rêves est réalisée, mais j’en ai encore. Bientôt, je sortirai le livre de ma vie”. Et ce n’est pas tout : Tata Milouda pense aussi à la réalisation d’un film autobiographique. Fonceuse, elle a déjà exposé son projet à plusieurs célébrités, dont Jamel Debbouze et Jean Dujardin. Incroyable la mamie, non ? â– 

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