Ministre des Habous et des Affaires islamiques

Bio express Médecin biologiste à l'hôpital Avicenne de Rabat, elle a exercé pendant huit ans comme bénévole dans des hôpitaux publics en Amérique latine. Elle est cofondatrice du Groupe Européen de Recherche Financière dont elle assure la présidence pendant quatre ans à Barcelone. Elle est aujourd'hui à la tête du centre de recherche féminine en islam, rattaché à la Rabita Mohammadia des Oulémas du Maroc. Elle est également l'auteur de plusieurs articles sur le thème de l'islam et la femme, ainsi que de plusieurs ouvrages : "Musulmane tout simplement", "Aïsha, épouse du Prophète ou l'Islam au féminin", "Le Coran et les femmes", "Femmes-Islam- Occident : Chemins vers 'universel". Un prochain livre, "Femmes et hommes dans le Coran : qu

FDM : Nous vous envisageons parfaitement au poste de ministre des Habous. Ça vous tente ?

Asma Lamrabet : Quand vous m’avez contactée pour me l’annoncer, ça m’a vraiment beaucoup fait rire. J’ai pensé, l’espace d’une seconde, à la tête que feraient les membres du corpus religieux, à nos “oulémas” traditionnels, à cette vieille garde qui est toujours là, qui incarne la citadelle du religieux, les gardiens du temple… et j’ai ri. Une femme à la tête de ce ministère, cela provoquerait chez eux une attaque cardiaque ! Nous ne sommes pas encore prêts pour ce “genre de choses”…

Quelle est votre vision de la question religieuse ?

Je crois que le religieux est l’affaire de tous, et je ne suis pas pour son institutionnalisation car en islam, cela n’a pas lieu d’être ; la preuve, nous ne devons pas avoir de clergé. Je suis pour un modèle de “laïcité islamique”, si on peut appeler ça comme ça, mais je suis consciente que c’est quelque chose qu’on ne pourra atteindre qu’après une évolution progressive des mentalités. Parvenir à instaurer ce modèle impliquerait une réforme profonde de la pensée islamique et de l’islam en général. Mais on pourrait aussi envisager une disparition complète du ministère des Habous, et ça, se serait une avancée certaine ! Dans ce dernier cas de figure, les problèmes de haj, de mosquées, de cultes reviendraient alors à un ministère purement administratif.

Une femme à la tête de ce ministère, qu’estce que ça changerait ?

Il est vrai que la gestion d’un ministère relève plus de la compétence que de la masculinité ou de la féminité, mais je reste persuadée qu’une femme pourrait apporter une valeur ajoutée. Ce regard féminin a été absent pendant des siècles car la femme a été marginalisée du religieux, surtout dans les pays islamiques. Bien entendu, il faudrait qu’au-delà de la symbolique, sa présence entraîne des actions concrètes, afin de ne pas reproduire l’exemple des mourachidates qui n’ont pas apporté un grand changement dans les mentalités, ellesmêmes prêchant un discours qui est resté traditionnaliste et patriarcal.

Quelles sont les actions majeures que vous entreprendriez en tant que ministre ?

A mon sens, il y a quatre réformes majeures à entreprendre. Tout d’abord, réformer de fond en comble l’enseignement islamique à tous les niveaux scolaires. Nos compilations historiques datent du 9ème et 10ème siècle et n’ont jamais été réformées, que ce soit au niveau de la pensée islamique, des études de la charia, de celles du Fqih ou du droit musulman. Comment peut-on faire avancer les mentalités si nous produisons toujours des oulémas et des alimates qui ont toujours rabâché un cursus patriarcal, discriminatoire envers les femmes et complètement décalé par rapport à notre modernité et à nos besoins ? Il faut introduire les sciences humaines, sociales, historiques pour l’étude des textes et leur interprétation, et utiliser un outil très important islamiquement parlant, “lithoïde” (autrement dit une lecture contextualisée), qui est quelque chose de moderne bien qu’ancien et qu’on utilise presque jamais. Deuxième priorité, réformer les hauts conseils des oulémas en les ouvrant à d’autres disciplines. Un alim, même avec 20 ans de cursus islamique, est incapable de faire un travail d’élaboration et de réflexion sur notre contexte actuel et les défis qui nous attendent. Ce n’est pas possible car il n’a pas les outils pour ça. Il faut des savants du texte, qui ont fait des études islamiques mais à leurs côtés, des sociologues, des anthropologues, des politiciens, des économistes, des médecins… Bref, un comité qui donnerait une valeur ajoutée, qui soit démocratique et au sein duquel on pourrait parler de tout sans tabou. Troisièmement, il faudrait inscrire la culture de l’égalité entre hommes et femmes dans le cursus scolaire religieux. On ne peut pas apprendre à quelqu’un qui a 30 ans l’égalité s’il ne l’a pas apprise dès son plus jeune âge ; sa mentalité ne changera jamais ! Et c’est important de faire passer cette notion d’égalité au nom du religieux, car les messages de libération, d’émancipation, d’égalité sont au coeur du message spirituel de l’islam. On nous a raconté des histoires pendant des siècles car les lectures ont été patriarcales. Enfin, dernier point, réformer les mosquées en en faisant un espace social et culturel mixte. La mixité n’est pas haram ! La preuve, c’est qu’autour de la qaaba, haut lieu symbolique de l’islam, la mixité est la règle ; comme elle l’a été au temps de Médine avec le Prophète. Cette réforme doit concerner aussi les imams et leur formation, qui sont trop souvent imprégnés d’une vision “wahabiste”, et donc rétrograde, de la religion. â–  Z.I.L.

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