Mariam Ktiri, première de cordée

Elle est la troisième marocaine à avoir escaladé l’Everest, mais c’est la première à avoir réalisé l’exploit de réussir le challenge des 7 sommets en l’espace d’une année. C’est Mariam Ktiri, une passionnée de la nature et des montagnes.

Mariam Ktiri peut vous parler pendant des heures de sa passion pour les randonnées en montagne. Née et ayant grandi à Casablanca, Mariam s’est envolée pour l’Allemagne après l’obtention de son Deug pour y terminer ses études. Elle découvre l’alpinisme presque par hasard quand des amis l’invitent à se joindre à eux pour une randonnée. “Je n’étais pas du tout équipée, et je ne savais pas ce qui m’attendait”, se rappelle-t-elle dans un grand éclat de rire. Mariam n’en retire pas moins un sentiment merveilleux. Elle est éblouie par les grands espaces, la nature et l’esprit de camaraderie qui règne entre les randonneurs. “Pour moi, cela a été un véritable coup de foudre.” Mariam avait alors 27 ans, et tout à apprendre pour devenir une alpiniste chevronnée. Elle s’inscrit au club alpin allemand pour mieux se familiariser avec la discipline et surtout y exceller. “J’ai toujours eu un faible pour la nature. À Casablanca, toutes les occasions étaient bonnes pour partir à la campagne, courir dans les champs, escalader les arbres, etc. Les activités en plein air ont toujours été mon dada. Mon séjour en Allemagne a été formateur à plus d’un titre. J’ai appris à compter sur moi-même, à me dépasser et à surmonter toutes les difficultés, d’abord pour réussir mes études, et ensuite pour pratiquer l’alpinisme”, précise-t-elle. 

Dépassement de soi

Et c’est encore par hasard qu’elle apprend l’existence du challenge des 7 sommets quand un alpiniste de ses connaissances lui raconte son escalade du Mont Klimandjaro. Elle est subjuguée et décide de faire des recherches sur ce grand défi. “J’ai toujours été une grande sportive, mais l’escalade des 7 sommets exige une bonne préparation tant physique que mentale, sans oublier le côté financier assez conséquent…”. Cinq années ont néanmoins été nécessaires pour planifier chaque détail du périple. “Les alpinistes qui tentent ce challenge le réalisent sur plusieurs années. Je voulais le réussir en un an”, assure Mariam Ktiri. En mai 2018, elle gravit la première montagne de sa liste. C’est le Denali. Situé au centre de l’Alaska, aux États-Unis, il culmine à 6 190 mètres d’altitude, et est connu pour son climat extrême. “J’ai commencé mon challenge par le sommet le plus difficile au monde. Les conditions climatiques étaient très dures et la température pouvait atteindre parfois -40 avec des vents très violents, nous obligeant souvent à rester abrités dans le camp. De plus j’étais la seule femme alpiniste, car il ne faut pas l’oublier, ce milieu est très masculin. Je devais prouver que j’avais ma place en tant que femme, marocaine et arabe”, souligne Mariam qui réussit haut la main ce premier challenge. La jeune alpiniste enchaîne un mois plus tard avec le Mont Elbrouz. Là aussi, elle est l’unique femme à faire partie de la cordée. “Une énergie positive s’en dégageait. Je me rappelle particulièrement d’un russe qui m’a dit : “Mariam, tu as l’air fragile, mais te voir me motive pour atteindre le sommet.” Et il a réussi en dépit de sa condition physique qui n’était pas au top…”

Le troisième massif est le Klimandjaro. Mariam fait auparavant un détour par le Maroc pour rendre visite à sa famille et se ressourcer. “L’escalade du  Klimandjaro se fait généralement en quatre jours, laps de temps très court pour habituer le corps au manque d’oxygène”, assure Mariam qui se rappelle à ce propos d’une anecdote. “Nous avons emprunté une route assez peu fréquentée, et on s’est perdu. Notre guide n’arrivait pas à voir le sommet…” Après la réussite de ce troisième challenge, Miriam s’attaque au Massif Vinson en Antarctique. “En préparant mon périple, je voulais optimiser chacune de mes randonnées. Et c’est ainsi que j’ai décidé de cumuler deux sommets en même temps : le Vinson et l’Aconcagua. J’ai passé quatre jours à préparer mon bagage…” Ce challenge s’avère assez compliqué, car les conditions météorologiques difficiles ont obligé les alpinistes à s’armer de patience et à attendre patiemment qu’on vienne les récupérer au camp de base. “Nous sommes restés bloqués pendant 10 jours… Une période qui a retardé ma seconde expédition, mais qui a été propice à la réflexion, à l’introspection et qui a permis de tester en temps réel la solidarité entre les alpinistes en provenance de différents pays…” Une fois secourus, Miriam s’empresse de prendre le premier vol pour l’Argentine afin d’entamer l’escalade de l’Aconcagua. “Techniquement, ce sommet de 7000 mètres n’est pas difficile, mais c’est sa météo qui l’était. Il y avait des tourbillons terribles. Le mental est très important…”, précise Mariam Ktiri. Après avoir réussi son pari du cinquième sommet, la jeune alpiniste retourne en Suisse où elle avait démangé entre-temps pour mieux réussir sa préparation. Direction ensuite  le Puncak Jaya en Océanie. Le temps étant clément, l’exploit est bouclé en 2 jours. “Techniquement, il est assez difficile, car il fallait traverser un pont constitué de cordes…”, se souvient Mariam.

7 sommets et en prime le Lhotse

La dernière étape est l’Everest. Là aussi, les difficultés et le dépassement de soi n’ont pas manqué, mais fidèle à sa devise et à sa forte détermination, la jeune femme s’arme de courage pour boucler son défi. “Quelques jours avant notre départ pour l’Everest, j’avais reçu un document à signer en cas de décès pendant l’expédition expliquant ce qu’il adviendrait de la dépouille… Cela augurait de tous les dangers que nous avions à affronter. Nous étions bien préparés, et nous sommes restés près d’un mois et demi sur place à faire des rotations pour bien nous acclimater, et aussi à attendre que les conditions climatiques soient favorables suite au  cyclone Fani qui avait frappé de plein fouet l’Inde en mai 2019… Pendant cette période, il y a eu aussi quelques décès de personnes qui avaient tenté l’escalade. La mort faisait pratiquement partie de notre quotidien…” Malgré cette ambiance pesante, Miriam se concentre sur elle-même, et en dépit de nombreux écueils, dont le vol des tentes et des bouteilles d’oxygène, elle persévère et réussit à gravir le sommet et à y planter le drapeau marocain. Cet ultime défi relevé, Mariam Ktiri décide d’enchaîner avec le Lhotse, quatrième plus haut sommet du monde avec une altitude qui culmine à 8 516 m. “Ce Mont est assez technique, surtout que pendant l’escalade, des rochers se détachaient et tombaient… Nous étions deux à tenter ce périple, moi-même et un qatari, et nous nous encouragions mutuellement car nous étions les premiers arabes à l’escalader”, se rappelle Miriam qui, une fois de retour au camp de base, ne peut faire éclater sa joie car ses compagnons d’équipée n’ont pas eu autant de chance qu’elle. “J’avais escaladé les deux montagnes alors qu’ils n’avaient rien pu faire : ils ne se sont rendus compte de la disparition des bouteilles d’oxygène qu’une fois montés…”

La soif de montagnes chevillée au corps, Mariam Ktiri programme pour cette année un nouveau challenge. “Je suis la seule marocaine à avoir été choisie pour faire partie de cette expédition qui ambitionne d’ouvrir une route au Népal. J’ai besoin de sponsors pour m’aider à concrétiser ce défi”, espère Mariam. La jeune alpiniste rêve aussi de jouer un rôle inspirant auprès des Marocaines, et à leur transmettre sa passion. “Le sport forge la personnalité et peut contribuer de façon positive au progrès du pays…”

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