La relève féministe

FDM : Pour vous, que veut dire être féministe ? Fatima-Ezzohra Boutayeb : C'est être contre le fait de se voir coller une étiquette, en fonction du fait qu'on est un homme ou une femme. Je pense que les femmes ont suffisamment prouvé qu'elles étaient capables de faire plein de choses pour pouvoir jouir aujourd'hui des mêmes droits. De tout temps, la femme a été mise de côté et toutes les civilisations l'ont, à leur manière, rabaissée. Les mythes, comme celui de la boîte de Pandore, mais également le symbolisme, ont contribué à ternir son image. Pour preuve, comment expliquer que la croix satanique soit initialement le symbole d'Aphrodite, la déesse de l'amour chez les Grecs ? Qu'est-ce que la femme a fait de si mal pour avoir été diabolisée à ce poin

Vous intéressez-vous aux mouvements féministes marocains ?

Non pas vraiment. Avec mes amies, nous nous sommes fait notre propre féminisme et à l’exception de Aïcha Ech-Chenna, que nous admirons toutes, je ne connais pas les autres féministes. C’est vrai, nous devrions tenter de faire des choses ensemble, mais disons qu’on ne se cherche pas. A vrai dire, je ne me reconnais pas en elles et je m’identifie plus à Zineb El Ghazoui, Ibtissam Lachgar ou Alia Almahdy, l’Egyptienne qui s’est dénudée pour militer contre l’obscurantisme.

Vous reconnaissez-vous dans les revendications et la manière de militer des féministes ?

Non. Le féminisme, nous avons envie de le réinventer parce que nous sommes persuadées que maintenant, il faut être dans la provocation. Certes, nous avons obtenu beaucoup de choses grâce à lui, mais nous avons aujourd’hui face à nous des extrémistes et nous pensons que nous aussi nous devons être jusqu’au-boutistes dans nos actes, pour lutter à armes égales. Je ne suis pas sûre que  nos méthodes puissent s’accorder…

Y a-t-il une nouvelle manière de militer aujourd’hui ?

Oui, ça se passe beaucoup sur le Net où on bénéficie d’une plus grande liberté d’expression.  Toutefois, le nouveau féminisme que nous représentons doit affronter un nouveau genre de misogynie car les hommes qui nous harcèlent dans la rue nous poursuivent maintenant sur Internet pour nous insulter. Il faut que cela cesse ! Ils considèrent déjà la rue comme leur territoire, ils ne vont tout de même pas s’accaparer la Toile !

Quelles sont les causes pour lesquelles vous militez ?

Principalement la lutte contre le harcèlement sexuel dans la rue. C’est très lourd à porter car on doit subir les insultes et se sentir privilégiées de pouvoir sortir. Le pire, c’est qu’on n’ose même pas se plaindre car c’est le comble du tabou. Militer pour l’éducation sexuelle des jeunes et des moins jeunes va donc de pair avec le harcèlement sexuel. Aujourd’hui, nous les jeunes, nous devons absolument éduquer nos parents et ne pas attendre qu’ils ne soient plus là pour constituer la relève féministe.

A quoi ressemble le Maroc dont vous rêvez ?

Ma vision est très utopiste… Ce serait un Maroc où une fille peut porter ce qu’elle veut pour sortir dans la rue sans que personne ne la harcèle. â– 

L’initiative vient en réponse au nombre croissant d’incidents dans le système de transport public du Pakistan impliquant le harcèlement et
Latifa Chérif, présidente de l’association Le ruban rose dresse pour nous, à l’occasion de La journée mondiale de lutte contre
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