Ghizlane Benjamâa, une praticienne sur les planches

Elle est chirurgienne pédiatre, et à 33 ans, elle succombe à la tentation de la scène. Pour Ghizlane Benjamâa, c'est le hasard des rencontres qui lui fait rejoindre l'atelier de théâtre d'Imane Zerouali en 2006. Depuis, elle multiplie les projets et interprète les rôles les plus complexes avec une grande aisance, comme celui qu'elle incarne dans la dernière pièce de Driss Ksikes, "Goullou...!". Récit d'une révélation.

FDM : Des salles de consultation aux planches de théâtre, comment s’est faite cette transition ?

Ghizlane Benjamâa : La chirurgie pédiatrique est d’abord mon métier, et ma passion aussi puisque j’aime la pratiquer. Je travaille à l’hôpital Moulay Youssef à Rabat. Le théâtre par contre, je suis tombée dedans un peu par hasard. C’était il y a six ans et j’exerçais déjà en chirurgie pédiatrique. A l’époque, une amie me parlait énormément d’un atelier de théâtre qu’elle avait intégré. J’étais fascinée par ce qu’elle me racontait car c’est un domaine qui m’a toujours attirée, mais que je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir. Mon amie en avait alors parlé à sa “chef d’atelier”, qui n’est autre que la metteur en scène Imane Zerouali, mais le groupe était déjà complet et elles étaient en pleine répétition de leur pièce de théâtre. Quelques jours après, cette même amie m’appelle et me propose de la rejoindre à son cours. En fait, une des participantes avait dû se retirer et ils cherchaient donc une remplaçante. J’ai tout de suite accepté. C’était finalement le hasard des rencontres qui m’a menée vers le théâtre.

 

Comment avez-vous vécu ce premier moment sur les planches ?

Ce soir-là, je me suis présentée au groupe constitué d’une dizaine de femmes. Imane m’a expliqué le travail qui était fait et la pièce sur laquelle elles travaillaient. Puis, elle m’a donné un texte en me demandant de lire les répliques d’un des personnages. Voilà, j’ai lu et apparemment, elle a aimé ma façon de faire, le ton de ma voix, le fait que je m’étais déjà imprégnée du personnage, et c’est parti de là ! C’était un moment très intense et très stressant aussi. Le fait de me retrouver avec des personnes qui travaillaient déjà ensemble depuis au moins deux ans, sur une pièce qu’elles répétaient depuis un moment, ne me mettait pas particulièrement à l’aise. J’étais assaillie de doutes sur ma manière de lire les répliques, de bouger… et puis non, finalement, je suis arrivée à m’intégrer rapidement et depuis, nous travaillons très souvent ensemble. Je suis une indéfectible fan d’Imane Zerouali. Il faut dire qu’entre nous, une certaine amitié est née et du coup, je suis très à l’aise avec elle.

 

Quel souvenir gardez-vous de votre première devant le public ?

J’avais surtout très peur ! Trois jours avant, j’étais blême. Mes proches me disaient que je donnais l’impression d’être une condamnée ! Juste avant de monter sur scène, j’étais quasiment paralysée. J’avais l’impression de ne plus connaître mon texte. Et puis, à un moment, je me suis dit que de toute manière, je ne pouvais plus faire marche arrière.

 

En cinq ans, quels sont les projets qui vous ont le plus marquée ?

Je me suis produite pour la première fois sur scène dans “Paradise blues”, de Pascal Martin. J’ai enchaîné ensuite avec d’autres projets scéniques, toujours sous la direction d’Imane Zerouali, dont mon interprétation à “Lkhbar fl’masrah”, dans le cadre du spectacle mensuel de Dabateatr Citoyen. J’ai aussi fait une lecture avec une mise en scène d’un texte qu’on a présenté à trois reprises à Rabat. J’ai également participé à d’autres événements culturels. Pour la pièce qu’on joue actuellement, “Goullou…!”, de Driss Ksikes, je peux vous dire que les répétitions étaient très éprouvantes. On a toutes eu un moment où l’on a fini par craquer. Quand je rentrais à la maison, j’avais automatiquement besoin de m’isoler un moment. Emotionnellement, c’était très lourd. Mais c’est un théâtre avec beaucoup de symbolique et de messages. Que ce soit moi ou les autres comédiennes, on a été les messagères de la cause de la femme. Ça me réconforte d’apporter ma contribution à travers ce type de pièces.

Qu’est-ce que ça vous apporte finalement ?

Ça m’apporte énormément ! C’est une véritable aventure humaine, par les rencontres qu’on fait entre autres. Ça crée forcément des liens. J’évolue en parallèle dans l’univers de la médecine qui est assez particulier. Pour moi, faire du théâtre est une vraie source d’oxygène. Ça libère en moi différentes personnalités. Ça demande aussi une certaine capacité à se mettre à nu et à se dévoiler. Ceci dit, je me sens privilégiée dans le sens où j’ai un métier que j’aime, très rigoureux, très contraignant mais aussi très gratifiant. Et je vais jusqu’au bout d’une passion puisque je monte carrément sur scène devant un public ; mais en même temps, en ayant beaucoup de liberté puisque je n’en vis pas. Ce n’est que du plaisir. La cerise sur le gâteau en somme ! 

 

Comment arrivez-vous à concilier médecine et théâtre ?

Ça me fait de longues journées, mais j’arrive à m’organiser. Le soir, je rejoins le reste du groupe pour les répétitions. Et ce n’est que du bonheur ! Ce n’est pourtant pas une évasion par rapport à mon métier. J’appréhende le théâtre aussi d’une manière très sérieuse. Je ne voudrais d’ailleurs pas avoir à choisir entre les deux, clairement. J’ai mon métier qui est la chirurgie pédiatrique, mes patients, ma vie à l’hôpital ;et j’ai mon théâtre. Entre les deux, il y a ma famille et mes enfants. Ce sont les trois piliers fondamentaux de ma vie.

 

Etes-vous en train de réaliser le rêve de votre vie ?

Je qualifierais plutôt ce que je vis comme une révélation ! Je n’ai pas rêvé de faire du théâtre depuis mon plus jeune âge, même si j’ai toujours été attirée par ce monde-là. Mais j’ai eu une éducation assez stricte. Pour mon père, comme tous les pères marocains en somme, il était fondamental que j’aie un métier pour pouvoir être indépendante ; me diriger vers une voie artistique n’était donc pas à l’ordre du jour. J’ai suivi mon cursus sans trop de difficultés, tout en aimant ce que je faisais. Ensuite, j’ai été prise par mon travail, jusqu’au jour où il y a eu cette rencontre. J’avais 33 ans quand j’ai commencé à faire du théâtre. Comme quoi, il n’y a pas d’âge pour suivre sa passion. C’est vraiment la révélation d’une passion, voilà ! .

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