Fadela Amara

Fadela Amara, inspectrice générale des Affaires sociales en France, a débattu de la question des femmes marocaines lors de la rencontre "La Méditerranée au Féminin", organisée à Casablanca. L'ex-présidente de "Ni Putes Ni Soumises" n'a rien perdu de son mordant, quitte à en faire grincer des dents nos militantes. Tête à tête avec une féministe made in France...

FDM : Pourquoi avoir choisi de participer à la rencontre “La Méditerranée au féminin” organisée par la CFM ?
Fadela Amara : Tout d’abord parce que c’est la communauté française installée à l’étranger qui m’a invitée et que je suis toujours intéressée par la manière dont les Français se comportent dans les pays où ils vivent et créent des liens avec les mouvements associatifs. Deuxio, le thème de cette conférence m’intéresse particulièrement car il s’agit des femmes en Méditerranée et de leur capacité à se mettre en mouvement. Tercio, c’est le Maroc et tout le monde sait que j’ai un petit penchant pour ce pays. J’ai donc triplement accepté cette invitation. Vous avez jeté un pavé dans la marre lors de ce débat en demandant à ce qu’on dissocie le débat féministe de la religion… Nous ne sommes pas des théologiens ! Ce n’est pas notre rôle de débattre sur les versets du Coran car il y a des personnes qui le font parfaitement bien. Ce sont des hommes et des femmes éclairés et dont il faut s’inspirer, mais quand on débat de la question féministe, il faut pouvoir écarter la question religieuse pour mettre en lumière le combat féministe et
ses revendications. C’est le seul moyen pour que les politiques l’entendent. J’entends et je comprends évidemment que lorsqu’on est dans un pays où la religion d’Etat est l’Islam, il faut tenir compte de
ce qui existe mais en veillant à transcender la religion pour arriver à encore plus d’égalité et de respect.
Vous considérez donc que la cause féministe au Maroc pourrait avancer en dehors des questions religieuses ? Elle le peut bien sûr! Combien de fois aije entendu que les mariages forcés sont dictés par la religion alors que ces pratiques n’ont rien à voir avec l’islam ! C’est une erreur historique et dramatique

! Il ne faut pas partir de la question

“PLUS VOUS ÉDUQUEZ LE PEUPLE, PLUS IL
S’INSCRIT DANS LA MODERNITÉ, L’ÉGALITÉ
ET LE RESPECT.”

religieuse pour traiter de ces sujets car ils découlent tout simplement d’une tradition archaïque, culturelle et du fonctionnement d’une société qui n’a rien à voir avec la religion.
Quelle est la situation de la femme marocaine comparée à celle des autres femmes des pays arabes ?
Je salue la résistance et le combat que la Marocaine mène depuis très longtemps. Quand j’étais présidente de l’association “Ni Putes Ni Soumises”, je me suis inspirée des combats des féministes
marocaines et algériennes. Avec le Code de la famille, le Maroc et le combat féministe marocain sont devenus des références historiques. Je souhaite et j’espère que le Maroc servira d’exemple aux autres pays arabes et musulmans afin qu’ils s’inscrivent dans une démarche de modernité et d’évolution. Il
reste toutefois encore beaucoup de choses à faire au Maroc. On voit bien que dans les quartiers populaires, la condition des femmes est catastrophique. Il faut continuer le combat, il faut que l’élite de ce pays crée de vraies passerelles avec les associations qui travaillent sur le terrain. C’est ainsi qu’on évolue. Le seul bémol que je mettrai concerne les textes de loi et la question de la sensibilisation des milieux
ruraux au nouveau Code de la famille.
Il faut que les femmes qui habitent au fin fond du Maroc puissent comprendre leurs droits et sachent se servir de cet instrument extraordinaire qu’est l’évolution du statut personnel afin de faire respecter leurs droits.

Avez-vous entendu le discours prononcé par le Roi ?
Non, je suis arrivée trop tard hier soir. Je ne me permettrai pas de commentaires de fond, mais je regarde avec beaucoup de bienveillance et d’intérêt ce qui se passe au Maroc qui, je trouve, fait preuve d’une évolution extraordinaire ces dernières années. On voit bien que le Maroc s’inscrit dans un mouvement
constant vers la modernité. Partant de ce constat, ce qui m’intéresse en tant que femme politique très attachée au monde arabe et au Maghreb, c’est que les choses avancent dans le bon sens.
D’après vous, le Maroc est donc un pays moderne, mais celui-ci a tout de même refusé que l’association “Ni Putes Ni Soumises” s’y installe. Qu’avez-vous ressenti face à ce refus ? Je crois que “Ni Putes Ni Soumises” n’avait pas besoin de créer un comité au Maroc et je peux comprendre aussi que le slogan
choque. Mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas tant le slogan que les vraies revendications de cette association et des associations féministes d’ici. Nous poursuivons les mêmes objectifs : le respect des
femmes et l’égalité entre les sexes. Je suis attachée aux notions de solidarité, de partage des bonnes pratiques et à la manière dont on peut s’inscrire dans une démarche internationale de solidarité féminine.
Ne pensez-vous pas qu’au Maroc les associations se substituent à l’Etat ? C’est valable en France aussi. Tout dépend du fonctionnement du pays et de ses institutions, mais il faut impérativement que l’Etat soit le moteur de la mise en place de programmes politiques sur l’éducation. Plus vous éduquez le peuple,
plus il est éclairé et plus il s’inscrit dans la modernité, l’égalité et le respect. Je pense que la responsabilité de l’Etat est de s’approprier de vrais sujets de fond qui permettent l’évolution des mentalités et des
sociétés, surtout en matière d’éducation.
Quel est votre avis sur l’interdiction du voile en France ?
Je suis pour cette interdiction. Je pense que le voile est un outil de pression sur les femmes. Au-delà du projet politique obscurantiste qu’il cache, il vise à confisquer la liberté et les droits des femmes et à
mettre en danger la démocratie. Je n’accepte pas qu’en France une gamine aille à l’école avec le voile. Je n’accepte pas que le voile intégral, qui n’est pas une pratique religieuse mais une pratique sectaire,
s’installe chez nous en France. Il représente la mort sociale des femmes. Nous sommes une république laïque et à partir du moment où une femme porte la burqa, elle ne peut pas s’inscrire dans une démarche
d’émancipation et d’égalité des droits car elle ne sera jamais pilote d’avion, institutrice ou médecin. Elle sera de toute manière cloîtrée chez elle et placée sous la domination masculine. Mais je ne veux pas non plus qu’on jette l’opprobre sur les hommes. J’ai une haute opinion d’eux et je pense qu’ils peuvent
transcender ces histoires de désir et de libido pour mieux s’inscrire dans un projet politique, social et économique aux côtés des femmes. Un pays moderne est un pays qui reconnaît le statut et le respect
des femmes, mais qui s’inscrit aussi dans une démarche de mixité. Quelle est votre opinion sur l’affaire de pédophilie au Maroc dénoncée par Luc Ferry et qui impliquerait un ancien ministre français ?
Je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi, mais je sais une chose: je trouve scandaleux certains positionnements qui tendraient à expliquer que les enfants marocains n’ont pas les mêmes droits que les autres. Les enfants marocains doivent être respectés dans leur intégrité physique et morale. Il existe un texte qui s’appelle « Le droit des enfants » et qui doit être respecté partout à travers le monde y compris au Maroc. Je trouve inadmissible que certaines personnes puissent pratiquer le tourisme sexuel en toute impunité sous prétexte que ce sont des hommes appartenant à l’élite, qu’ils sont haut placés et font partie d’importants réseaux. Si ces hommes commettent une faute, ils ne doivent pas échapper à la justice.

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