Cheymaa Mouktamil

Sous des allures de garçon manqué, Cheymaa, 19 ans, est une jeune fille bien dans sa peau et faisant preuve d'une détermination à toute épreuve. Sa passion, c'est le roller, celui qu'on pratique à haut niveau en réalisant des figures acrobatiques. Toujours prête à en découdre, elle est la seule Marocaine à pratiquer ce sport à haut niveau dans un univers réservé aux hommes.

FDM : Vous, en quelques mots ?

Cheymaa : J’ai 19 ans et je fais du roller, du skate, du surf, du bodyboard… Mais ma spécialité, c’est définitivement le roller agressif ! J’ai commencé à en faire à l’âge de 4 ans grâce à mes deux frères aînés, qui m’ont très tôt initiée à ce sport. Au départ, ce n’était pas du tout un plaisir pour moi et pour me forcer un peu, ils s’amusaient à lancer notre chien à mes trousses pour que je sois obligée de rouler le plus vite possible (rires).

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce sport ?

Ce qui me plaît, c’est que ce n’est pas un sport facile à pratiquer. On risque à tout moment de se casser la figure. Il faut faire preuve de beaucoup de précision pour se fixer sur les barres de slide, par exemple. Et puis j’aime beaucoup aussi l’esprit d’équipe qui nous unit tous. Nous avons tous  commencé ensemble dans la rue à une période où il n’y avait encore aucune infrastructure, et nous avons tous progressé ensemble.

Les filles qui pratiquent ce sport sont-elles nombreuses ?

Non, je suis la seule. Deux filles ont voulu intégrer le milieu il y a quelque temps, et j’ai tenté de les initier au roller agressif mais elles ont renoncé au bout de six mois à peine.

Comment les membres de votre équipe vous considèrent-ils ?

Ils n’ont jamais posé sur moi un regard malveillant. Dès le début, je me suis facilement intégrée au groupe, d’autant plus que c’est mon frère qui gérait un peu tout ça… Tout le monde faisait donc preuve de beaucoup de respect à mon égard. Aujourd’hui, ils sont très à l’aise avec moi et oublient même que je suis une fille quand ils en viennent à sortir leurs vannes de mecs.

Et vos parents, que pensent-ils de votre passion ?

Mes parents sont divorcés. Ma mère avait peur au départ et s’y opposait, alors j’ai commencé à lui faire du chantage et quand elle me demandait de faire une course pour elle, je n’acceptais d’y aller qu’à condition d’être sur mes rollers. Aujourd’hui, je peux me déplacer toute seule dans d’autres villes pour faire des compétitions. J’ai beaucoup de chance par rapport à d’autres filles qui font du skate et qui ont de très gros problèmes avec leurs parents.

Dans la rue, quel regard les gens posent-ils sur vous ?

On est très mal vues par les gens quand on ride dans la rue. J’entends des commentaires comme : “Va aider ta mère !”, “C’est pas fait pour toi”, “Va voir ailleurs !”… Au début, ça me faisait mal, mais maintenant, je m’en fiche complètement.

Quelles sensations ressentez-vous quand vous faites du roller ?

C’est indescriptible. Je suis dans une bulle, dans mon monde. Je peux être stressée, me sentir mal, mais quand je ride, j’oublie tout. En plus, on est entre nous, on écoute de la musique… C’est un moment spécial qui est sacré pour nous. C’est le danger que ce sport représente, la difficulté qui nous grisent.

Peut-on se sentir féminine en pratiquant ce sport réservé aux hommes ?

Oui. En fait, au début, je pensais que pour m’intégrer, il fallait que je m’habille comme les autres, en portant une casquette, des jeans larges… Et puis j’ai compris qu’il fallait que je m’impose en tant que fille. Donc je m’habille comme je veux mais pas trop sexy quand même. Le but, c’est de ne pas être considérée comme une fille à draguer, sinon impossible de s’intégrer.

Comment vous imaginez-vous dans 10 ans ?

A 30 ans, par la force des choses, j’aurai plus d’obligations et moins de temps à consacrer à ce sport. Et puis, il ne faut pas se leurrer, les capacités physiques ne sont pas les mêmes à 19 ans et à 30 ans. C’est pour cela que je fais tout pour progresser le plus vite possible, et le jour où je serai en couple, j’espère vraiment que je tomberai sur une personne qui acceptera ma passion car s’il est probable que je ralentisse la cadence, je ne suis pas prête à m’arrêter complètement. â– 

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