Comment se fait l’accompagnement de personnes souffrant de TCA ?
Les TCA ne se manifestent pas de manière uniforme et s’inscrivent sur un spectre, notamment chez les femmes. Et face à une problématique de compulsions alimentaires, l’enjeu n’est pas de mieux manger mais de rétablir la sécurité intérieure.
On cherche avant tout à comprendre ce que l’alimentation vient combler ou anesthésier car il ne s’agit ni d’un caprice ni d’un manque de volonté, mais bien d’un mécanisme de survie du corps et du système nerveux. Et dans un paradigme aussi complexe, l’accompagnement se doit d’être holistique et personnalisé.
Il n’est donc pas question de prescrire un régime ou un objectif calorique. C’est un processus de guérison, et non de maîtrise de l’assiette.
En quoi consiste exactement le mindful eating ?
Le mindful eating signifie littéralement manger en pleine présence du corps et de l’esprit.
C’est reconnaître sa faim physiologique (par opposition à la faim émotionnelle), ressentir la satiété et observer les sensations qui accompagnent l’acte vital qu’est le fait de se nourrir.
C’est aussi désenclencher, face à l’assiette, le mode pilotage automatique dans lequel nous opérons la majorité du temps. Le but est de revenir à un rapport plus intuitif, plus féminin et plus naturel avec la nourriture.
Une pratique que je propose souvent dans ce cadre est celle de la respiration carrée avant de passer à table.
Il s’agit d’une respiration en quatre temps, pendant laquelle on prend aussi le temps de scanner le corps, d’observer les sensations et les tensions éventuelles.
Ce rituel permet de revenir dans le corps, d’apaiser le système nerveux et d’entrer dans le repas avec plus de présence.
Quels sont les bénéfices de cette approche sur la relation à l’alimentation ?
Le premier bénéfice est généralement le développement de la capacité à ralentir et à ressentir, ce qui n’est pas nécessairement évident dans un quotidien saturé de distractions et d’invitations à regarder partout, sauf à l’intérieur.
Vient ensuite un véritable soulagement : moins de pensées obsessionnelles, moins de culpabilité, moins de lutte intérieure.
Le simple fait de ralentir permet à l’organisme de bénéficier pleinement du repas, tant sur le plan nutritif que sensoriel, et donc de ne plus penser systématiquement à la prochaine occasion de manger.
Mais pour moi, cette approche permet surtout de redonner à l’alimentation sa juste place :
un espace de plaisir et de connexion à soi, plutôt qu’un terrain d’interdits et de contrôle.
Adopter le mindful eating permet-il une perte de poids durable ?
Lorsqu’on a essayé de nombreux régimes sans obtenir de résultat pondéral durable, ce n’est pas la nourriture qu’il faut questionner, mais bien le rapport à l’alimentation.
Le corps reconnaît son poids de forme et dispose d’une capacité naturelle à s’autoréguler, à condition qu’on lui en donne l’opportunité.
Et c’est en cela que le mindful eating est particulièrement intéressant : il vient apaiser certains mécanismes de dérégulation, comme la restriction, et aide le corps à retrouver son équilibre naturellement.
Le rythme de perte peut être plus ou moins rapide selon les personnes, mais la progression se fait sur un terrain apaisé, et non dans la lutte contre le corps.
Dans tous les cas, le corps est d’une incroyable intelligence et connaît la direction qu’il souhaite prendre, il faut simplement apprendre à l’écouter.