Nabila Rmili : “Être présidente du conseil communal, c’est être le chef d’orchestre de la ville”

Nabila Rmili est à la tête de la plus grande ville du Maroc. Une grande responsabilité mais aussi un symbole fort dans un paysage politique encore largement masculin. La présidente du Conseil communal transforme la ville au quotidien entre chantiers structurants, amélioration du cadre de vie et ambitions pour une métropole plus inclusive. Entretien.

Comment imaginez-vous le Casablanca que vous souhaitez construire et quelle empreinte voulez-vous laisser dans le quotidien des habitants ?

Casablanca est ma ville natale, et dès le début de mon mandat, je l’ai abordé avec amour et passion. Je voulais qu’on cesse de la considérer comme la “mal aimée” et qu’on construise ensemble une ville dont chacun puisse être fier. C’est ce que nous sommes en train de faire. La transformation, engagée depuis plusieurs années, s’est accélérée avec un changement de logique : il ne s’agit plus d’additionner des projets mais de conduire une transformation globale, structurée et assumée. Quatre piliers portent cette ambition: durabilité, proximité, transformation urbaine et rayonnement. Pour moi, la campagne lancée fin 2024 Casa Nqia (Casa propre) incarne le mieux ma vision. Car c’est un titre, une philosophie, une boussole ! Une ville “nqia”, c’est avant tout une ville qui se vit mieux, à travers des améliorations concrètes du quotidien comme un trottoir propre et praticable, un éclairage sûr, des espaces verts accessibles, des équipements pour les jeunes, tout en offrant à chaque quartier l’attention et l’équité qu’il mérite pour que tous les Casablancais s’y sentent bien.

Diriger Casablanca Exige Écoute, Respect
Et Sincérité.

La mobilité est l’un des axes prioritaires de votre mandat. Comment ces infrastructures transforment-elles le quotidien des Casablancais 

La mobilité est l’un des changements les plus visibles pour les Casablancais. Avec quatre lignes de tramway, deux lignes de Busway et plus de 700 bus modernes, la ville dispose d’un réseau multimodal qui est applaudie dans toute la région MENA ! Le déploiement des Bus à Haut Niveau de Service (BHNS), l’aménagement des pénétrantes (vers l’aéroport) et les nouveaux échangeurs ont aussi permis de désengorger les grands axes de la ville. Plus qu’un simple réseau, c’est une véritable expérience urbaine modernisée que nous proposons.

Autres axes de votre mandat : le développement urbain et la protection de l’environnement. Comment conciliez-vous ces deux priorités pour améliorer la qualité de vie des habitants ?

Le développement urbain et la protection de l’environnement ne sont pas opposés. Ils sont indissociables. Nous avons fait le choix, à Casablanca, d’une approche pragmatique et innovante, basée sur la gestion intelligente des ressources. Aujourd’hui, 90 % de l’arrosage des espaces verts utilise des eaux recyclées provenant de la station d’épuration des eaux usées (STEP) de Médiouna et nous généralisons les éclairages LED tout en investissant dans les énergies renouvelables. Parallèlement, nous intégrons systématiquement la dimension environnementale dans les projets urbains puisque chaque nouvelle voirie, chaque aménagement inclut désormais une composante paysagère. Pour trouver de l’espace, la ville a fait preuve d’ingéniosité en reconvertissant d’anciennes décharges (comme celles de Sidi Moumen et de Médiouna) en parcs urbains. Je tiens également à souligner que les espaces verts sont en train de se multiplier pour passer de 1 à 5 m² par habitant, rééquilibrant l’accès à la nature en ville, avec des parcs emblématiques comme l’Étang Oulfa (14 hectares, 60 millions de dirhams investis) ou la réhabilitation des jardins historiques du centre-ville. 

La Campagne Casa Nqia Incarne
Le Mieux Ma Vision.

Vous portez une attention particulière aux femmes. Selon vous, pourquoi est-il essentiel de soutenir leur rôle dans la vie de Casablanca ?

Parce que les femmes sont au cœur de la vie de Casablanca. Elles travaillent, élèvent, entreprennent, créent, s’engagent. Penser la ville sans elles, ou sans leurs usages, serait une erreur. Il faut qu’elles puissent se déplacer, travailler, sortir, profiter de l’espace public en toute confiance. Soutenir leur place, ce n’est pas symbolique. C’est une condition pour construire une ville plus juste, plus sûre et plus inclusive. 

Parmi vos initiatives pour les femmes, laquelle illustre le mieux les changements concrets que vous avez engagés ?

L’adhésion au programme de l’ONU Femmes “Villes sûres et espaces publics sûrs pour les femmes et les filles” est une étape importante. Elle nous permet d’aller plus loin, avec des solutions concrètes. Mais au-delà des programmes, beaucoup d’actions sont déjà visibles : un meilleur éclairage dans les quartiers, des espaces verts réaménagés, des transports sécurisés avec vidéosurveillance et connectivité… On travaille aussi sur des dispositifs d’accompagnement comme les crèches ou les centres dédiés aux femmes, pour faciliter l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

La gestion des déchets reste un enjeu important pour Casablanca. Quelles initiatives la ville met-elle en place pour améliorer le traitement des déchets et favoriser l’émergence d’une ville plus propre ?

La question des déchets est un enjeu majeur pour Casablanca, et nous avons décidé d’y répondre par une transformation en profondeur du système. Le projet clé, c’est le Centre d’enfouissement et de valorisation des déchets. L’idée, c’est de transformer un problème en ressource : trier, produire du compost, générer du biogaz pour l’éclairage public, créer du combustible pour l’industrie. En parallèle, nous avons lancé d’autres actions structurantes comme la fermeture de la décharge de Médiouna, le lancement du programme “Casa Nqia” (ville propre) d’une “police de propreté”… L’objectif est clair : mieux gérer les 4.000 tonnes de déchets quotidiennes.

Face Aux Contraintes Budgétaires, On Innove.

Diriger Casablanca implique de coordonner de nombreux acteurs et de répondre à des attentes variées. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans l’exercice quotidien de votre responsabilité ?

Ce qui marque le plus dans l’exercice de cette responsabilité, c’est l’exigence de la gouvernance locale et la pression qui l’accompagne. Diriger Casablanca avec ses 131 élus et ses coalitions, avec  10 vice-présidents, exige écoute, respect et sincérité. Être présidente du conseil communal, c’est être le chef d’orchestre de la ville, et donc savoir que l’on ne peut pas agir seule. Il faut jongler entre plusieurs casquettes : représentante de Casablanca, gestionnaire du budget, organisatrice de l’administration et du bureau exécutif, avec une rigueur absolue dans l’exécution des projets. L’approche collaborative est essentielle : fédérer le conseil communal, coordonner avec les présidents d’arrondissements pour suivre les projets sur le terrain, et contrôler les Sociétés de Développement Local. Tout cela en parfaite coordination avec les autorités locales, notamment Monsieur le Wali, pour assurer des actions cohérentes, efficaces et au service concret des Casablancais.

Comment parvenez-vous à concilier votre vision politique, les contraintes administratives et les attentes des citoyens ?

Tout cela repose sur deux principes : la rigueur et la transparence. Cette dernière est essentielle pour répondre aux attentes des citoyens. Quant aux contraintes administratives et financières, la boussole est le Plan d’Action Communal (PAC) 2023-2028. C’est notre feuille de route. Il permet de prioriser et de planifier. Et face aux contraintes budgétaires, on innove, par exemple en baissant la facture énergétique de 45% grâce au solaire, et recherche activement des cofinancements.

La Transparence Est Essentielle Pour Répondre Aux Attentes Des Citoyens.

D’abord médecine, puis la politique. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans la gestion d’une ville aussi complexe que Casablanca ?

En tant que médecin, l’expérience de la pandémie de COVID 19 a été pour moi un déclencheur : elle m’a confrontée aux urgences de santé publique et aux défis structurels liés à l’hygiène. J’ai été directrice régionale de la santé de Casablanca-Settat de 2017 à 2021. Cette fibre médicale guide ma façon de penser l’environnement urbain : l’eau, les espaces verts, l’air pur sont autant de questions de santé pour les habitants. La volonté politique face aux changements climatiques ne prend sens que si elle se traduit concrètement dans le quotidien des Casablancais. À cela s’ajoute une motivation personnelle et viscérale : la dignité urbaine. Cela signifie une ville propre, vivante, accueillante et qui garantit à  toutes et à tous l’accès aux services et  opportunités urbaines.

Un nouveau mandat en vue ? 

Il est encore trop tôt pour en parler. Je reste focalisée sur les chantiers que nous avons lancés et sur les résultats à concrétiser pour les habitants. 

En dehors de la mairie et des responsabilités publiques, quelle femme êtes-vous au quotidien ?

Je suis maman de deux filles. Je suis aussi une femme qui prend soin de son foyer et accompagne son époux et sa famille au quotidien. Comme tant d’autres femmes marocaines, je suis sur tous les fronts. Pour tenir, je me ressource auprès de mes proches, qui sont mon soutien et ma force.

 

Direction artistique et stylisme Anas Yassine

Photographe Nada Satté

Make-up Souha Salah 

Coiffure b

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