Margareth Menezes : “Même si je suis ministre aujourd’hui, chanter c’est ma vie”

De ses débuts dans les trios elétricos de Bahia jusqu'à sa nomination comme ministre de la Culture du Brésil, Margareth Menezes incarne la puissance de la musique afro-brésilienne. Rencontrée en marge de la 21ème édition du Festival Mawazine, elle s'est confiée à nous quelques heures avant de monter sur la scène du Théâtre National Mohammed VI. Interview.

Quel ressenti cela procure-t-il d’être présente au Festival Mawazine ?

Je remercie l’équipe de Mawazine pour cette opportunité. C’est un festival où prédomine la diversité des artistes, qu’ils soient locaux ou internationaux. Je me sens très honorée. Pour moi, la musique est toujours un canal de renforcement des relations entre les gens. La musique traverse les frontières, n’est-ce pas ? C’est aussi l’occasion pour moi de présenter un peu de mon travail, qui est cette musique afro-pop, afro-contemporaine brésilienne. Je suis donc très heureuse de participer à ce festival aux côtés d’artistes comme Pongo, qui est une artiste angolaise de la nouvelle génération, et d’autres grands artistes présents ici.

À vos débuts dans les trios elétricos, était-ce vraiment difficile pour les femmes dans la musique au Brésil ?

Vous savez, être artiste, notre profession, c’est déjà un métier qui comporte son lot de traversées difficiles. Mais en tant que femme, et de surcroît femme noire à Bahia, au Brésil, un pays où nous luttons encore énormément contre le racisme et pour les droits des femmes, cela a été un long cheminement. J’ai dû mener de nombreux combats, faire face à beaucoup de confrontations, mais j’ai aussi remporté de nombreuses victoires. Je pense que lorsqu’on croit en son talent, qu’on a un objectif et qu’on reste concentrée, il faut tirer le meilleur de ce que l’on peut construire avec notre talent et les outils à notre disposition.

L’année prochaine, je fêterai mes 40 ans de carrière. Pour moi, être encore en activité aujourd’hui dans ma profession est une chance. En ce moment, j’occupe ce poste de ministre de la Culture du Brésil, mais je m’accorde tout de même des moments pour exercer mon métier d’artiste. Car même si je suis ministre aujourd’hui, de grands artistes comme Gilberto Gil sont aussi passés par là. On ne peut pas abandonner notre profession. Pour moi, chanter, c’est ma vie. Ce que je pense, c’est qu’il faut avoir le courage d’affronter les défis, mais aussi vouloir se battre pour nos droits, car c’est fondamental de chercher à avoir de meilleures conditions pour travailler et pour vivre. »

Vous êtes une artiste très engagée, notamment contre les inégalités. Parvenez-vous à transmettre cet engagement à travers votre art ?

Je pense que nous devons exprimer nos propres vérités à travers ce que nous chantons. Le côté ludique est important, parler d’amour l’est aussi, mais il s’agit d’évoquer tous les aspects de l’amour. La souffrance existe, certes, mais il y a aussi l’amour de la nature, l’amour de l’endroit d’où l’on vient, de l’histoire de sa propre terre. Tout cela est présent dans ma musique. Je chante la culture des peuples afro-brésiliens, de Bahia, des peuples autochtones originaires, ainsi que les dynamiques contemporaines.

En tant que ministre brésilienne de la Culture, quelles sont vos trois priorités absolues, en seulement trois mots ?

Au moment où je vous parle, cela fait trois ans et sept mois que j’occupe ce poste. J’ai cherché à mener un travail conjoint et collaboratif, avec l’équipe du ministère ainsi qu’avec les autres villes et États brésiliens, afin que nous puissions renforcer l’action culturelle de chaque lieu, de chaque ville. Car c’est le peuple qui fait la culture.

Le rôle du ministère et du gouvernement est de fournir des politiques publiques pour qualifier cette offre, valoriser les actions du peuple. Une culture forte est intimement liée à l’identité. Vous promouvez l’identité, vous renforcez la souveraineté de votre pays et vous apportez également des repères aux nouvelles générations pour que leur culture reste vivante. C’est ainsi que nous travaillons.

Quel est votre message aux femmes du monde entier ?

Je pense qu’aujourd’hui, les femmes doivent lutter pour leurs droits de manière digne, car il est tout à fait naturel qu’il en soit ainsi. Nous faisons entièrement partie de cette création et nous avons tant de contributions à offrir. Lorsque l’on se penche sur l’histoire de l’humanité, on constate la présence de très nombreuses femmes importantes qui ont apporté leur pierre à l’édifice.

C’est pourquoi il est nécessaire de préserver ces récits afin que nous comprenions notre véritable place ainsi que nos droits réels en tant qu’êtres humains. Je pense que c’est crucial aujourd’hui.

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