Ghizlane Ziad : “Sans confiance, on ne peut pas véritablement réparer le lien”

Lorsque la communication et la gestion des conflits deviennent difficiles au sein d’un couple, ou lorsque l’on souhaite tout simplement devenir de meilleurs partenaires l’un pour l’autre, le recours à un professionnel peut s’avérer bénéfique. Le conseiller conjugal accompagne les couples dans la résolution de leurs difficultés relationnelles, en favorisant le dialogue et en proposant un travail de médiation et d’accompagnement adapté à leurs besoins. Éclairage avec Ghizlane Ziad, psychologue clinicienne et psychothérapeute spécialisée en psychopathologie, en problématiques relationnelles et en dynamiques affectives.

Les consultations se font-elles uniquement en couple ou peut-on recevoir les personnes individuellement ? 

Les deux. L’idée est justement que le dispositif puisse s’adapter au maximum au couple et à ce qu’il traverse. Au début, il peut même être préférable que chacun dispose de son propre espace et de son propre temps de parole. Cela permet de déposer certaines choses sans avoir immédiatement à gérer la réaction de l’autre, de comprendre ce qui se joue pour chacun, puis, progressivement, de recréer un espace commun. Parce qu’avant de retisser le lien entre deux personnes, il faut parfois commencer par permettre à chacune de retrouver sa propre place dans la relation. 

Comment se construit la relation de confiance avec les patients ? 

Elle se construit d’abord dans la qualité de la prise en charge. Un patient sent assez vite si le thérapeute est réellement engagé dans ce qu’il lui confie : cela demande du temps, de la disponibilité psychique, de l’attention et aussi un véritable investissement émotionnel. Mais la confiance repose également sur quelque chose qui me paraît essentiel : la capacité du thérapeute à faire abstraction de lui-même. Notre rôle n’est pas de guider les patients vers la vie que nous aurions choisie à leur place. Il faut pouvoir les accompagner vers la configuration qui leur correspond le mieux, même lorsqu’elle ne correspond pas à nos propres valeurs, à nos choix ou à notre manière de vivre. C’est probablement l’un des exercices les plus difficiles de la thérapie : savoir suffisamment mettre son propre monde de côté pour ne pas donner au patient nos réponses, mais les outils et le savoir dont il a besoin pour trouver les siennes. 

Quelles sont les situations les plus difficiles à gérer ? 

Celles où la violence s’est déjà installée dans la relation : violence physique bien sûr, mais aussi psychologique, morale ou verbale. Parce qu’un geste ou une parole peuvent s’arrêter en quelques secondes, alors que leurs effets, eux, peuvent rester très longtemps. Il y a des mots, des humiliations, des menaces ou des gestes qui créent de véritables traumatismes et modifient profondément la manière dont l’autre vit la relation. À partir de là, il ne suffit pas de dire « ça ne se reproduira plus » pour que le couple puisse repartir. Avant même de parler de réparation du lien, il faut pouvoir restaurer un minimum de sécurité : que la personne puisse progressivement croire et éprouver que la violence appartient réellement au passé et qu’elle ne risque pas de surgir à nouveau. Sans sécurité, il est très difficile de reconstruire de la confiance. Et sans confiance, on ne peut pas véritablement réparer le lien. 

Peut-on se spécialiser, par exemple, dans la médiation, la sexualité, la parentalité ou l’accompagnement avant/après mariage ? 

Oui, bien sûr. Mais pour moi, ces spécialisations doivent venir se greffer sur une base solide en prise en charge thérapeutique. Ensuite, il existe énormément de possibilités de formation et d’autoformation : médiation, sexualité, parentalité, accompagnement du couple avant ou après le mariage, etc. La pratique clinique demande de toute façon de continuer à apprendre tout au long de sa carrière. Les couples changent, les modèles familiaux changent, les façons d’aimer et de faire famille évoluent aussi. Le thérapeute ne peut pas rester figé dans ce qu’il a appris vingt ans auparavant.

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