Un parent centenaire augmente-t-il nos chances de vivre longtemps ?

Les enfants de centenaires présentent un risque de mortalité inférieur de 42 % et développent plus tardivement certaines maladies liées à l’âge, selon une vaste étude. Un avantage familial bien réel, qui ne garantit pourtant pas d’atteindre soi-même 100 ans.

La longévité se transmet-elle d’une génération à l’autre ? Avoir une mère ou un père ayant soufflé sa centième bougie semble effectivement constituer un avantage. Les enfants de centenaires vivent en moyenne plus longtemps et sont moins exposés à plusieurs maladies liées à l’âge, conclut une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique JAMA Network Open.

Cette association demeure visible même lorsque les chercheurs tiennent compte de certaines habitudes de vie, comme le tabagisme, l’alimentation, l’exercice physique ou la consommation d’alcool. Mais elle ne signifie pas que les enfants de centenaires sont automatiquement destinés à franchir, eux aussi, le cap des 100 ans.

Trois grandes cohortes

Les chercheurs ont réuni les données de trois programmes de suivi consacrés au vieillissement : l’étude américaine LonGenity, le New England Centenarian Study et la UK Biobank britannique.

Au total, l’analyse principale a porté sur plus de 4.000 participants. Les personnes ayant au moins un parent ayant atteint 100 ans ont été comparées à des adultes dont les parents avaient vécu moins longtemps. Les suivis se sont étendus sur 16 à 29 ans selon les cohortes.

Les scientifiques ont étudié la mortalité ainsi que l’apparition de quatre problèmes de santé fréquemment associés au vieillissement : les maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer.

Un risque de décès réduit

Les résultats montrent qu’à âge égal, les enfants de centenaires présentaient un risque de décès inférieur de 42 % à celui des groupes de comparaison.

Attention toutefois à l’interprétation : cela ne signifie pas qu’ils ont « 42 % de chances supplémentaires » de devenir centenaires. Le chiffre compare le risque de mourir à un moment donné pendant la période de suivi. L’étude n’a pas calculé directement la probabilité individuelle d’atteindre 100 ans.

Les chercheurs estiment également que le décès survenait, en moyenne, environ trois ans plus tard chez les descendants de centenaires. Ces données confirment néanmoins que la longévité exceptionnelle tend à se regrouper dans certaines familles.

Un cœur mieux protégé

L’avantage ne concernait pas uniquement la durée de vie. Les enfants de centenaires affichaient également :

  • un risque de maladie cardiovasculaire inférieur de 33 % ;
  • un risque d’hypertension réduit de 32 % ;
  • une apparition de l’hypertension retardée d’environ cinq ans.

Les résultats concernant les accidents vasculaires cérébraux étaient plus contrastés. Une diminution du risque a été observée dans deux des trois cohortes, mais pas dans la UK Biobank. Les chercheurs ne peuvent donc pas conclure à une protection générale contre les AVC.

Aucun avantage significatif n’a par ailleurs été mis en évidence concernant l’apparition du cancer. Les enfants de centenaires ne semblaient pas moins susceptibles d’en développer un que les autres participants.

Une part génétique

Comment expliquer cet avantage ? Les chercheurs avancent l’hypothèse d’une combinaison de facteurs génétiques, biologiques et familiaux.

Il n’existe pas un unique « gène de la longévité ». Des centaines de variations génétiques pourraient intervenir, chacune avec un effet limité. Certaines influenceraient notamment le métabolisme des graisses, la réponse immunitaire, l’inflammation, la réparation cellulaire ou la protection contre les maladies cardiovasculaires.

Les centenaires ne sont d’ailleurs pas nécessairement dépourvus de variantes associées aux maladies. Les travaux du New England Centenarian Study suggèrent qu’ils pourraient surtout posséder davantage de facteurs protecteurs, capables de compenser certaines vulnérabilités.

Une étude publiée en janvier 2026 dans la revue Science a estimé que la génétique pourrait expliquer près de la moitié des différences de durée de vie entre individus. Ce résultat, obtenu à partir de modèles mathématiques et de registres de jumeaux, reste cependant discuté. Les estimations plus anciennes situaient généralement cette part autour de 20 à 30 %.

L’héritabilité est, dans tous les cas, une donnée observée à l’échelle d’une population. Elle ne permet pas de prévoir précisément combien de temps vivra une personne.

Pas seulement une affaire d’ADN

Une famille partage aussi bien plus que ses gènes. Les enfants peuvent hériter des habitudes alimentaires de leurs parents, de leur rapport à l’activité physique, de leurs conditions de vie ou encore de leur accès aux soins.

Dans la nouvelle étude, l’avantage des descendants de centenaires persistait après la prise en compte du tabac, de l’alcool, de l’exercice, de l’alimentation, du niveau d’études et de la situation socio-économique. Cela renforce l’hypothèse d’une protection biologique particulière.

Ces ajustements ne permettent toutefois pas d’écarter toutes les influences extérieures. Les chercheurs ne disposaient notamment pas de données complètes sur l’alimentation durant l’enfance, les expositions environnementales ou l’évolution des habitudes de vie pendant plusieurs décennies.

L’étude reste par ailleurs observationnelle : elle établit une association, mais ne prouve pas que les gènes transmis par le parent centenaire sont directement responsables de la meilleure santé de ses enfants. Les participants étaient aussi majoritairement blancs et issus des États-Unis ou du Royaume-Uni, ce qui limite l’application des résultats à toutes les populations.

L’hygiène de vie compte toujours

Avoir un parent centenaire représente donc un avantage statistique, pas une assurance tous risques. À l’inverse, ne compter aucun centenaire dans sa famille ne condamne pas à une vie plus courte.

L’arrêt du tabac, l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée, le maintien des liens sociaux, un sommeil suffisant ainsi que le suivi de la tension, du cholestérol et de la glycémie restent déterminants. Ces facteurs peuvent augmenter les chances de vivre plus longtemps, mais surtout de conserver davantage d’années en bonne santé.

L’intérêt scientifique des familles de centenaires se trouve précisément là : comprendre leurs mécanismes naturels de protection pourrait un jour aider à développer des traitements capables d’en reproduire certains effets. En attendant, la réponse est nuancée : oui, avoir un parent centenaire semble favoriser une vie plus longue et un vieillissement cardiovasculaire plus favorable, mais la génétique ne détient jamais seule le dernier mot.

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