Chez Jean Paul Gaultier, l’héritage n’est pas un musée. Il se porte, se détourne, se déforme et, surtout, se réinvente. Dimanche 4 octobre, à Paris, Duran Lantink a présenté sa collection printemps-été 2027, troisième rendez-vous avec le prêt-à-porter de la maison depuis sa nomination à sa direction créative. Un exercice délicat : faire vivre une signature mondialement identifiable sans tomber dans la citation nostalgique. Lantink semble avoir choisi une voie plus radicale : prendre les codes de Gaultier comme une matière première et les passer à sa moulinette.
Le résultat est à l’image du créateur : sculptural, provocateur, volontiers joueur. Duran Lantink aime les vêtements qui semblent avoir été malmenés avant de trouver leur forme définitive. Les volumes se déplacent, les proportions se dérèglent et le corps devient le véritable terrain de jeu de la silhouette. Une manière de rappeler que, chez Gaultier comme chez Lantink, le vêtement n’a jamais eu vocation à simplement habiller.
Les archives, mais sans nostalgie
Pour cette nouvelle collection, le créateur puise évidemment dans le vocabulaire de Jean Paul Gaultier. Mais plutôt que de reproduire ses icônes à l’identique, il les confronte à sa propre obsession pour la transformation. Les références à la maison sont là, reconnaissables sans être littérales : silhouettes près du corps, rayures, jeux de transparence, tailoring détourné et sensualité graphique dialoguent avec les signatures historiques de Gaultier.
Cette approche prolonge le travail entrepris depuis son arrivée. Dès son premier défilé, Lantink avait choisi de s’attaquer frontalement à l’héritage Gaultier, en revisitant notamment le corset conique, les rayures marinière et les célèbres tops en tulle tatoué. Son vocabulaire personnel: volumes gonflés, constructions inattendues, vêtements déconstruits, venait alors percuter celui du maître.
Depuis, le dialogue s’est affiné. Lantink ne cherche plus seulement à surprendre. Il tente de construire une véritable garde-robe Gaultier pour une nouvelle génération, en faisant cohabiter l’expérimentation avec des pièces plus directement portables. Une évolution déjà perceptible dans ses collections précédentes, où les jeux de déconstruction et de trompe-l’œil s’intégraient à des vestiaires plus quotidiens.
Sexy, mais jamais sage
Ce qui demeure, surtout, c’est cette relation très particulière au corps. Chez Gaultier, la sensualité a toujours été une affaire de liberté, de provocation et de déplacement des normes. Lantink reprend ce flambeau avec son propre langage. Les silhouettes de ce printemps-été 2027 jouent ainsi sur l’exposition et la dissimulation, sur les volumes qui enveloppent et ceux qui révèlent.
Le créateur néerlandais ne semble pas vouloir rendre Gaultier plus sage. Bien au contraire. Son travail consiste plutôt à retrouver ce qui faisait la force originelle de la maison : cette capacité à faire du vêtement un manifeste, à brouiller les frontières entre masculin et féminin, entre beauté et étrangeté, entre séduction et provocation.
C’est probablement là que la rencontre entre les deux univers devient la plus intéressante. Jean Paul Gaultier fut l’un des grands trouble-fêtes de la mode française, celui qui a transformé le corset en symbole de puissance et envoyé les hommes en jupe sur les podiums. Duran Lantink appartient à une génération qui ne considère plus les frontières de genre ou de silhouette comme des règles à transgresser, mais comme des lignes à déplacer.