Qu’est-ce que le projet Digital Village et quelle transformation ambitionnez-vous pour les artisanes de la région du Haouz ?
Digital Village est un projet de résilience socio-économique destiné aux artisanes rurales du Haouz. Il a pour objectif de créer des emplois décents, de réduire la fracture numérique, de préserver et transmettre les savoir-faire artisanaux traditionnels, et d’améliorer les conditions de production et de design. La transformation que nous visons est à la fois économique et structurelle. Il s’agit de redonner aux artisanes la maîtrise de leur activité, de réduire le nombre d’intermédiaires, voire de leur permettre d’accéder directement aux clients. L’idée est d’augmenter leurs revenus et de valoriser leur travail dans des conditions plus justes et durables.
Née après la pandémie, l’association 1001 Artisans répond à quel constat devenu impossible à ignorer ?
1001 Artisans est née d’un constat simple mais alarmant : les artisans et les artisanes étaient invisibles là où leur travail était omniprésent. Pendant la pandémie, puis après le séisme du Haouz, nous avons surtout vu les femmes perdre du jour au lendemain leur seule source de revenus, sans protection, sans accès direct au marché et sans reconnaissance de leur rôle économique. Il était devenu impossible d’ignorer que les revenus de l’artisanat ne bénéficiaient pas à ceux et celles qui créent, que les femmes étaient exclues des décisions, du numérique et des circuits de valeur et que sans transmission ni amélioration des conditions de travail, ces savoir-faire risquaient de disparaître. L’association est née pour rééquilibrer cette injustice, en plaçant les artisanes et les artisans au centre, humainement et économiquement.
À quel stade se situe aujourd’hui Digital Village ?
Digital Village est aujourd’hui dans une phase de structuration avancée. Le concept est clairement défini, les communautés ciblées ont été identifiées et les besoins analysés sur le terrain. Le projet est prêt à entrer dans sa première phase de mise en œuvre, avec des actions concrètes de formation, d’accompagnement et de visibilité. Nous sommes à un moment clé : des partenariats stratégiques, capables de financer ou de cofinancer le projet, peuvent faire la différence pour amplifier son impact, sécuriser sa durée et en faire un modèle de référence à l’échelle nationale.
Concrètement, comment le numérique devient-il un levier d’autonomie économique et de visibilité pour les artisanes ?
Le numérique agit comme un véritable accélérateur. Il permet aux artisanes de raconter leur histoire et celle de leurs gestes, d’accéder aux clients en réduisant le nombre d’intermédiaires, voire en établissant un accès direct, de comprendre la valeur réelle de leur travail et diversifier leurs rôles (vente, communication, gestion, création). Grâce à des formations pratiques sur les outils digitaux, les réseaux sociaux, la vente en ligne ou les enchères, le numérique devient un moyen de franchir des étapes que ces territoires n’avaient jamais pu atteindre auparavant.
Si Digital Village atteint ses objectifs, quel changement tangible aura-t-il opéré dans la vie des artisanes et pourquoi ce modèle peut-il être déployé ailleurs au Maroc ?
Si Digital Village atteint ses objectifs, il offrira aux artisanes des revenus plus justes et stables, moins d’intermédiaires, voire un accès direct aux clients, et de meilleures conditions de travail. En conséquence, elles deviendront des femmes fières, reconnues comme entrepreneures et leaders locales. Le projet posera également les bases d’un nouveau modèle de transmission intergénérationnelle des savoir-faire, reposant sur des méthodes de gestion adaptées aux réalités locales. Ce modèle est duplicable dans d’autres douars et régions du Maroc, avec le potentiel de transformer durablement l’artisanat féminin à l’échelle nationale.