Il faut d’abord remettre les choses à leur place. Le hantavirus n’est pas un virus unique, mais une famille de virus naturellement hébergés par certains rongeurs. Chez l’humain, l’infection survient le plus souvent après exposition à de l’urine, de la salive ou des excréments contaminés, notamment par inhalation de particules en suspension. Autrement dit, on est d’abord face à une zoonose, dont la logique de diffusion reste très différente de celle d’un virus respiratoire hautement transmissible dans la population générale.
C’est précisément ce qui fonde l’analyse du Dr Tayeb Hamdi. Il rappelle que, malgré le caractère hautement létal de certaines formes, le risque pandémique demeure faible, car la transmission interhumaine reste très marginale par rapport à la transmission de l’animal vers l’homme. “Le contexte très particulier d’une croisière (promiscuité, espaces clos, ventilation partagée, contacts prolongés) ne peut être extrapolé à une diffusion mondiale”, souligne-t-il.
Une souche surveillée de près
L’épisode qui a relancé l’attention internationale concerne le virus des Andes, actuellement au cœur du cluster signalé par l’OMS. Au 8 mai 2026, l’organisation faisait état de huit cas au total, dont trois décès, avec six cas confirmés en laboratoire, tous identifiés comme étant liés au virus des Andes. L’OMS évaluait alors le risque pour la population mondiale comme faible, tout en jugeant le risque modéré pour les passagers et l’équipage du navire. Depuis, l’ECDC a actualisé le bilan et rapportait, au 12 mai, 11 cas au total, dont 9 confirmés, 2 probables et 3 décès.
Si cette souche suscite autant d’attention, c’est parce qu’elle occupe une place à part parmi les hantavirus connus. Les CDC rappellent que le virus des Andes est, à ce jour, le seul hantavirus connu pour pouvoir se transmettre d’une personne à une autre. Mais cette transmission reste limitée : elle survient surtout lors de contacts étroits, prolongés, dans des espaces clos, avec exposition aux sécrétions ou aux fluides d’une personne malade. C’est précisément cette rareté de la transmission interhumaine qui empêche, à ce stade, de parler d’un scénario pandémique comparable à celui d’autres agents respiratoires.
Le message des autorités sanitaires converge donc avec celui du Dr Tayeb Hamdi : “il faut prendre le sujet au sérieux, sans céder à l’emballement.” Les CDC estiment d’ailleurs que le risque global pour les voyageurs et pour le grand public reste extrêmement faible, et ne recommandent pas de modification des voyages habituels. Même lecture du côté européen, où l’ECDC considère que le risque pour la population générale de l’UE/EEE est très faible.
Un virus grave, qui ne doit pas être banalisé
Faible risque pandémique ne veut toutefois pas dire virus bénin. Les hantavirus peuvent provoquer des infections sévères. Dans les Amériques, ils sont surtout associés au syndrome pulmonaire à hantavirus, une forme qui débute souvent par des symptômes peu spécifiques (fatigue, fièvre, douleurs musculaires, maux de tête) avant d’évoluer, chez certains patients, vers une détresse respiratoire aiguë. Les CDC indiquent que les symptômes peuvent apparaître entre 4 et 42 jours après l’exposition et rappellent qu’environ 38 % des personnes qui développent des signes respiratoires peuvent en mourir.
L’OMS rappelle de son côté qu’il n’existe pas, à ce jour, de traitement antiviral spécifique homologué ni de vaccin autorisé à large échelle contre les infections à hantavirus. La prise en charge repose donc sur des soins de support, avec surveillance rapprochée et prise en charge des complications respiratoires, cardiaques ou rénales. Dans les formes graves, l’accès précoce à des soins intensifs améliore les chances de survie.
Le vrai enjeu reste donc la prévention. Elle passe avant tout par la réduction des contacts avec les rongeurs et leurs déjections : garder les espaces propres, empêcher les rongeurs d’entrer dans les bâtiments, stocker les aliments correctement, éviter de balayer à sec les zones contaminées et privilégier un nettoyage humide avant désinfection. L’OMS insiste aussi, en période d’alerte, sur l’importance du repérage rapide des cas, de l’isolement, du suivi des contacts et du respect des mesures de prévention en milieu de soins.
Au fond, c’est là toute la nuance que rappelle le Dr Tayeb Hamdi : “un virus peut être grave sur le plan clinique sans être pour autant armé pour déclencher une pandémie mondiale.” Dans le cas des hantavirus, et plus particulièrement du virus des Andes impliqué dans le foyer actuel, les données disponibles montrent une situation sérieuse, surveillée de près, mais encore très loin d’un emballement mondial. Informer, contextualiser, rassurer sans minimiser : c’est sans doute la bonne ligne face à un sujet aussi anxiogène que complexe.