C’est une consécration qui marque un tournant. À l’occasion du 35e Festival du Cinema Africano, Asia e America Latina de Milan, Les Jardins du Paradis s’est distingué en remportant deux prix majeurs : celui du Meilleur court métrage africain, ainsi que le Prix Multimedia San Paolo – Telenova. Une double reconnaissance qui vient confirmer la portée internationale du travail de Sonia Terrab, pour son tout premier passage à la fiction.
Derrière cette réussite, un film ancré dans le réel, fidèle à l’univers documentaire de la réalisatrice, qui explore depuis plusieurs années les marges, les invisibles et les trajectoires féminines.
Une réalité collective
Au cœur du récit, Naïma, mère célibataire vivant avec son fils Ahmed, 11 ans, dans un bidonville en périphérie de Casablanca. Lorsque leur quartier est promis à la destruction dans le cadre d’un programme de relogement, une nouvelle épreuve surgit : pour inscrire son fils dans une nouvelle école, la loi exige la signature du père… absent depuis des années.
À travers cette situation, le film met en lumière une faille juridique bien réelle. La Moudawana continue d’accorder la tutelle exclusive au père, y compris lorsqu’il est défaillant ou disparu. Une réalité qui place de nombreuses femmes dans des impasses administratives et sociales.
Sans jamais tomber dans le didactique, Les Jardins du Paradis capte cette tension avec justesse. Tourné en immersion avec de véritables habitants, le film conserve une esthétique brute, presque documentaire, qui renforce sa puissance émotionnelle.
Un parcours déjà très remarqué
Au-delà de son récit, le film s’inscrit dans un contexte brûlant. Alors que la réforme du Code de la famille est attendue depuis plusieurs années, il agit comme un miroir des urgences sociales.
En donnant un visage à ces situations souvent invisibilisées, Sonia Terrab ne se contente pas de raconter une histoire : elle interpelle. Et c’est sans doute ce qui explique l’écho rencontré à l’international.
Avant Milan, Les Jardins du Paradis avait déjà entamé une belle trajectoire. Présenté en première mondiale au Festival International du Film Francophone de Namur, le film a ensuite obtenu une Mention spéciale du jury au FICFA au Canada, avant d’être sélectionné dans de nombreux festivals à travers le monde, de Berlin à Tanger, en passant par Malmö, Louxor, Montréal ou encore Dakar.
Au total, plus de vingt sélections internationales pour ce court métrage qui confirme l’intérêt croissant pour un cinéma marocain engagé, ancré dans le réel mais résolument tourné vers l’universel.
Coproduit entre le Maroc et la France, Les Jardins du Paradis marque une étape importante dans la trajectoire de Sonia Terrab. En passant à la fiction sans renier son regard documentaire, elle signe une œuvre à la fois intime et politique, sensible et percutante.
À Milan, le message est passé. Et il résonne bien au-delà des salles de projection.
