Meryem Alaoui, une autrice en toute sincérité

C’est une autrice franche, empathique et un brin philosophe. Meryem Alaoui, en lice pour le Goncourt 2018 avec “La vérité sort de la bouche du cheval”, revient avec un nouveau roman captivant, “Sweet chaos ”. Portrait.

Elégante et souriante, Meryem Alaoui fait une entrée remarquée dans l’un des cafés du quartier Palmier à Casablanca. Son pas est lent. Léger. Son visage lumineux. D’apparence détendue, l’écrivaine est pourtant une grande stressée. Elle en sera démasquée un peu plus tard. Les présentations faites, direction le Jardin Mohamed Abdou, à proximité du lieu de rencontre, pour une séance de photos express. Revenue à table, l’autrice commande un café corsé et se livre, sans artifice, au jeu des questions-réponses. “J’ai toujours su que j’écrirai”, confie d’emblée l’écrivaine qui présente aujourd’hui son deuxième roman, “Sweet chaos”, un récit libre et moderne dans lequel elle narre la vie des habitants d’un immeuble à Brooklyn : du fantasque Ethan qui fournit ses voisins en substances illicites, en passant par Clara qui ne cesse de disparaître et Jolene, aussi aigrie que triste, qui est en charge de sa vieille mère, jusqu’à Riley et Graham, un couple fou amoureux qui s’essaie au libertinage. Une panoplie de personnages attachants dont les aventures sont décrites avec précision notamment certains fantasmes ou scènes de sexe. “J’ai interdit à mon père (Driss Alaoui Mdaghri poète, universitaire et homme politique) de lire le bouquin”, rigole-t-elle. “Je me suis souvent demandée si je n’allais pas trop loin”, avoue-t-elle. “Mais les mots sortaient ainsi, alors pourquoi les censurer?”, confesse cette artiste qui capte le lecteur par son style sans compromis. Une écriture sincère dévoilée sur le tard au grand public.

Une touche-à-tout
Avant d’être romancière, Meryem Alaoui a débuté sa carrière dans… une bijouterie. Puis dans une société de production de cinéma pour évoluer par la suite dans le secteur de la communication et du marketing. Elle a notamment été à la tête d’une agence de production de contenus et de régie publicitaire puis du groupe Telquel. En 2012, avec sa petite famille, elle suit son mari, l’ancien journaliste et fondateur dudit média, Ahmed Reda Benchemsi, aux États-Unis. Là-bas, elle ne se voit plus dans le milieu de l’entrepreneuriat. “J’en avais fait le tour”, assure cette femme qui adore échanger et déteste planifier. Elle hésite alors entre deux projets : l’écriture ou l’installation d’œuvres à base de photos, de matériels et de texte. Pour des questions logistiques, Meryem Alaoui opte pour la plume. Depuis sa tendre enfance, la littérature rythme son quotidien. Elle a grandi dans une maison remplie de livres aux répertoires divers (science fiction, psychologie, récit de voyage…). Au gré de ses lectures, elle s’évade, se nourrissant de mots. “À l’époque, j’adorais écrire des poèmes”, se rappelle-t-elle. “Mes grandes périodes d’inspiration ? Lorsque j’étais amoureuse ou quittée.” (rire). En 2012, elle ouvre son ordinateur et reprend les 20 premières pages d’une histoire rédigée en toute hâte en 2007. Un préambule qui donnera naissance à son premier roman, “La vérité sort de la bouche du cheval”. Un récit écrit en neuf mois à peine dans lequel elle conte la vie de Jmiaa, une prostituée habitant seule avec sa fille au centre de Casablanca. Une femme au fort caractère et à l’esprit vif qui n’a pas la langue dans sa poche pour décrire le monde qui l’entoure. Ce journal écrit à la première personne, séduit Jean-Marie Laclavetine, éditeur chez Gallimard qui la publie sans hésiter en 2018. Applaudi par la critique, son roman lui vaudra une série de nominations à de grands prix littéraires dont une au Goncourt. “Le talent et le travail ne suffisent pas”, affirme-t-elle. “J’ai eu beaucoup de chance”.

Libre et inclassable
“Je sais qu’en étant femme, Marocaine et de culture musulmane, beaucoup ont fait des raccourcis en raison du thème choisi dans mon premier ouvrage : la prostitution. Ils m’ont classée dans la case autrice engagée”, indique-t-elle. “Sauf que… je ne le suis pas ! C’est peut-être la raison de “Sweet chaos”. Je fais de la littérature car c’est en moi et je veux divertir le lecteur à travers mes récits”. Un troisième roman devrait éclore. “Comme mes autres textes, j’ai l’impression qu’il y en a un qui essaie de s’imposer en moi”, partage-t-elle en toute confidence. “Mais, j’ai peur… Et si j’écrivais les premières lignes et que rien d’autres ne sorte…” Sa fragilité est touchante. Son angoisse commune. “Heureusement, mon éditeur me laisse tranquille”, plaisante-t-elle. Pourtant écrivaine, Meryem Alaoui ne se voit pas comme telle. “Deux livres, c’est peu pour être définie ainsi”, lâche-t-elle. “En tout cas, l’envie de l’être est là !”

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