Lancement à Rabat d’un cycle sur les enjeux contemporains des féminismes

Un cycle de conférences sur le thème "Décoloniser le féminisme" s'est ouvert, jeudi à Rabat, à l'initiative du Centre de recherche HEM et du Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain (MMVI), en présence d'un large public composé notamment de chercheurs, d’écrivains et d’artistes.

Porté par la Chaire Fatema Mernissi et le groupe de réflexion sur le décolonial en Afrique du Nord, en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll et la Fondation Nationale des Musées, ce cycle a été inauguré par une conférence thématique portant sur “les féminismes et la géopolitique : Quelle prise de parole des féministes sur Gaza”.

Ouvrant cet événement, la directrice du MMVI Nadia Sabri est revenue sur le rôle du musée dans le soutien et la promotion de la scène artistique et culturelle nationale, soulignant que ce cycle de conférences, qui s’achèvera le 11 juin, propose d’ouvrir un espace réflexion autour des transformations contemporaines des pensées féministes et de leurs différentes dimensions.

Dans le même sillage, l’écrivain et directeur de HEM Research Center, Driss Ksikes, a précisé que ce cycle décliné en six conférences thématiques permet aux chercheurs et aux intéressés de tout bord d’échanger et de croiser les regards autour des enjeux contemporains des féminismes, à travers un focus sur des sujets liés aux sciences sociales, à l’art, aux questions raciales et à l’intersectionnalité.

Dans son introduction de la thématique générale de la conférence, Nadia Guessous, professeure associée en études féminines et de genre à Colorado College, a affirmé que la géopolitique dans sa relation avec le féminisme invite à repenser ce dernier dans une perspective décoloniale.

Intervenant en visioconférence, elle a mis en avant la nécessité de continuer la lutte pour les droits des femmes et la quête de justice, à l’écart de toute instrumentalisation à des fins politiques ou idéologiques.

Selon l’universitaire, le féminisme décolonial est un outil de réflexion et d’action qui permet de repenser les sociétés pour promouvoir la dignité et la liberté, tout en s’inscrivant dans une tradition de pensée déjà bien enracinée dans le Sud global.

L’historienne et écrivaine Sophie Bessis s’est, quant à elle, attardée sur la situation de la femme dans les sociétés patriarcales, indépendamment de l’influence coloniale, notant que les expériences varient selon les contextes sociaux et culturels. Elle a dénoncé l’instrumentalisation du féminisme et l’oppression des femmes en temps de guerres et de conflits.

Pour sa part, l’écrivaine et anthropologue Yasmine Chami a évoqué la notion du Sud global qui, selon elle, loin d’être un simple concept géographique, traduit un état de dépendance et un rapport de force avec le Nord.

La vulnérabilité et la dépendance caractérisant le Sud global trouvent un écho dans le féminisme en Palestine, a-t-elle enchaîné, qualifiant ce mouvement d'”endogène et de résistance” dans le sens où la lutte des femmes qui combine libération et émancipation se manifeste aujourd’hui dans les pratiques artistiques et culturelles.

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