Les œuvres captivent et apaisent. Chez Faouzia Hilmy, la calligraphie n’est pas figée dans la tradition : elle s’évade du cadre, dialoguant avec la lumière et épousant l’architecture de chaque lieu. Son récent travail pour le Waldorf Astoria de la Tour Mohammed VI à Rabat marque une étape majeure dans sa vie d’artiste. “C’est sans doute le projet le plus beau et le plus fort de ma carrière”, confie-t-elle. Sollicitée pour habiller certains espaces de l’hôtel de luxe, l’artiste a imaginé une trentaine de calligraphies de 1,40 m de hauteur. “À travers ces œuvres, j’ai souhaité transmettre un message d’élévation, de paix et de fraternité”, explique-t-elle. “Certaines reprennent des citations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de Gandhi ou encore de Rumi, autour de valeurs universelles qui me sont chères.” Si elle a signé de nombreux projets au cours de sa carrière, cette collaboration occupe une place particulière et intime. Elle la relie au Maroc, pays d’origine de ses parents et symbolise l’excellence de son parcours.
Les lettres, sa destinée
Faouzia Hilmy n’a pas toujours su que la calligraphie serait sa voie. Née à Toulouse de parents marocains originaires de Meknès, elle grandit entre deux cultures. “Nous célébrions autant l’Aïd que Noël, dans un esprit d’ouverture et de tolérance”, raconte-t-elle. Dès l’âge de six ans, son père insiste pour qu’elle apprenne l’arabe littéraire, un lien précieux avec ses racines. Chaque été, les vacances à Meknès nourrissaient son imaginaire et sa fascination pour la culture marocaine. Ces expériences, mêlant souvenirs familiaux et immersion culturelle, ont profondément influencé sa sensibilité artistique. Après une maîtrise en marketing à Paris, Faouzia Hilmy se cherche. Responsable de magasin place de la Bastille à Paris, elle sent qu’elle n’est pas à sa place. “Depuis l’enfance, je rêvais d’une carrière artistique, mais je n’avais ni l’occasion ni le soutien pour m’y orienter”, confie-t-elle. En 2004, le hasard la mène à un cours de calligraphie arabe avec un maître syrien et c’est la révélation : la précision et la grâce des lettres la bouleversent. Elle décide de se lancer pleinement dans cet art, sans savoir où il la mènera. Les débuts ne sont pas toujours simples. “Il m’est arrivé de traverser des moments difficiles, mais ma passion pour la calligraphie arabe m’a portée et m’a donné la force de continuer”, raconte-t-elle. En 2006, elle crée son site internet pour partager ses premières compositions. Rapidement, ses œuvres plaisent, séduisent. Peu à peu, elle expose en France, puis à l’étranger. Le début d’une reconnaissance.
Traits précieux
Au fil du temps, Faouzia Hilmy a collaboré avec de grandes institutions et des marques de luxe : de l’émission “La Nuit du Ramadan” sur France 2 à Hermès ou Giorgio Armani, pour lequel elle a calligraphié le parfum “Jawhara Oriental” jusqu’à la boutique de l’Institut du monde arabe (IMA) et du musée du Louvre Abu Dhabi qui propose certaines de ses œuvres en exclusivité. Chaque projet est pour elle une exploration, une rencontre et une inspiration. Femme dans un univers parfois perçu comme masculin, Faouzia Hilmy affirme son regard authentique et pétillant. “On me dit parfois que mes œuvres me ressemblent”, sourit-elle. “Ma féminité se traduit naturellement dans la finesse du tracé, dans la douceur des courbes et la sensibilité qui traverse mes compositions”. Pour l’artiste, la calligraphie est un pont entre les cultures. “À travers la beauté des lettres, j’essaie de transmettre un message d’unité et d’harmonie”, affirme délicatement cette artiste rayonnante, avant de glisser subtilement : “Mais au-delà des mots, j’ai toujours une sensation d’émerveillement lorsque je calligraphie : je ne fais qu’un avec le calame qui glisse sur le papier et devient le prolongement de ma main. Vous savez, la calligraphie a profondément changé ma vie.” Bien plus qu’un art, elle est devenue sa respiration. Son ancrage. Sa lumière. Faouzia Hilmy insuffle ainsi à chaque lettre une force tranquille, transformant l’encre en énergie et le silence en présence.