Des tableaux d’amortissement aux tableaux tout court : le chemin paraît improbable. Il ne l’est pas pour Nadia Chellaoui. “Il y a une relation entre les mathématiques et la création. Je suis à la fois pragmatique et rêveuse. Quand je regarde une œuvre, j’aime analyser les choses, et c’est ma formation d’actuaire qui m’aide à mieux capter le moment et c’est aussi ma source d’inspiration dans mes créations.” Une rigueur qui se lit dans chacune de ses pièces, où la géométrie tient lieu de grammaire.
En 2017, elle crée son premier sac, joliment baptisé Calyps’Oh. Inspiré de ses tableaux cubiques, il inaugure une série d’œuvres déclinées en objets de mode. Pratique et original, à la fois pop et rock, le Calyps’Oh était entièrement travaillé à la main par un maître maroquinier : cuir d’agneau doublé, surpiqûres colorées et teinture sur tranche assortie, tandis que la métallerie bronze vient souligner le côté raffiné et non moins discret du sac.
“L’idée d’une de mes œuvres déclinée en sac m’est venue quand une amie m’a parlé de l’impression artistique de la Joconde appliquée sur des formats iconiques des sacs Louis Vuitton”, explique la créatrice. Décliner ses créations sur un accessoire de mode permettrait aux femmes de “porter au quotidien une œuvre artistique”, dit-elle. “Pour réussir cette création, il a fallu des heures et des heures d’ébauches, des croquis et des maquettes, qui ont permis de transférer l’âme et les lignes de l’œuvre sur l’objet”, se souvient-elle. Proposés en plusieurs déclinaisons, rehaussés d’une métallerie light gold, ces premiers sacs imposent un style unique, où la couleur, le regard et l’émotion occupent une place centrale.
En 2022, une autre création attire les regards: le Baby Calyps’Oh. On le retrouve dans la saison 3 d’Emily in Paris, la série à succès de Netflix, fièrement arboré par l’héroïne. Le sac est ensuite exposé au musée FYSEE de Los Angeles et sélectionné pour les nominations aux Emmy Awards dans la catégorie costumes. “L’apparition du sac Baby Calyps’Oh dans la série Emily in Paris a propulsé notre marque sous les projecteurs, suscitant l’engouement des fans de la série et l’intérêt des médias à travers le monde”, assure Nadia Chellaoui qui insiste sur l’importance de ses collaborations avec les artisans donnant vie à ses idées. “Chaque pièce est traitée avec un grand souci du détail”, souligne-t-elle.
Des formats graphiques
Depuis le lancement de son premier sac, l’univers créatif et pictural de Nadia Chellaoui n’a cessé d’évoluer. Les visages cubiques et colorés de femmes ont cédé la place à des formes plus épurées, libérées de toute ornementation. La designer propose ainsi une interprétation contemporaine de l’art du cannage, “revisité avec une approche graphique et sculpturale, tout en conservant les formes géométriques emblématiques du travail artistique”, confie-t-elle.
Résultat ? Des sacs aux lignes sobres, architecturales et intemporelles, pensés comme de véritables manifestes esthétiques. Sa collection Murmures, printemps-été 2027, ose des tonalités lumineuses. “Dans Murmures, le sac ne cherche plus à raconter : il impose une présence. Une œuvre à porter, à la croisée de l’art contemporain et de la mode”, décrit-elle. Sacs baguettes XXL, mini-baguettes ou besaces : tous portent la signature de l’artiste, des œillets rehaussés de broderies subtiles qui deviennent, précise-t-elle, “des éléments narratifs à part entière.”

