Saïd Taghmaoui, un artiste engagé

Fidèle à ses racines, Saïd Taghmaoui entend participer à l'essor culturel de son pays d'origine. Sa contribution ? Des master class d'acting qu'il anime lui-même au Studio des Arts Vivants de Casablanca.

Par un bel après-midi d’hiver, je me rends au Studio des Arts Vivants pour assister à la première master class d’acting de Saïd Taghmaoui. J’ai de la chance, en attendant les retardataires, Saïd profite du soleil dans une cour en contre-bas. Lunettes fumées, tenue décontractée, c’est de manière très cool que nous accueille l’acteur. “Alors, c’est vous LA Femme du Maroc?”, me demande-t-il, flatteur. Le temps de commander un café américain dans un mug, le secret de son peps, et c’est parti pour une interview improvisée. Naturel, énergique, révolté et passionné… Saïd Taghmaoui nous parle de son engagement, des femmes, de politique et de cinéma. Discussion à bâtons rompus avec un homme qui manie mal la langue de bois, pour notre plus grand plaisir.

FDM : Ces masterclass d’acting ont-elles été organisées à votre initiative ?

Saïd Taghmaoui : Oui, c’est quelque chose que je voulais faire déjà depuis longtemps et ça s’est fait tout naturellement. J’ai essayé de trouver la meilleure faisabilité possible, mais je me suis rendu compte que la réalité sur le terrain n’est pas si simple que cela. Il y a beaucoup de gens qui ont envie de faire des choses, mais c’est assez désorganisé, ils ne savent pas par où commencer et n’ont pas assez de moyens financiers pour le faire. Face à ce constat, j’avais le choix entre laisse tomber, ou alors continuer comme on est en train de le faire.

Pourquoi avoir choisi le Studio des Arts Vivants pour faire ces masterclass ?

Au départ, je voulais faire ce projet de mon côté, puis ils m’ont contacté pour s’associer à moi dans ce cadre. J’ai trouvé que c’était une bonne idée car c’est un bel endroit et il est temps de le valoriser, de le faire vivre. Je précise qu’il n’y a pas de deal ou de contrat particulier entre nous, et comme on dit, c’est l’occasion qui fait le larron ! Cela aurait pu tout aussi bien être un autre endroit… A la base, j’avais exposé mon projet au maire de Casablanca, Mohamed Sajid, qui n’a jamais donné suite…

sûrement parce qu’il n’y avait pas d’argent à gagner. C’est là que j’ai compris que dans ce pays, les actions sociales et les ambitions sont très vite reléguées au second plan quand il n’y a pas un billet à prendre.

Et pourquoi organisez-vous ces masterclass au Maroc ?

Je le fais aussi ailleurs, en France et aux Etats-Unis, mais pas pour les mêmes raisons. Je voulais faire ça au Maroc parce que je suis d’origine marocaine, que j’ai fait plein de choses pour le Maroc et que j’essaie de redonner l’amour qu’on me porte dans ce pays. Ici, il y a tout à faire. Dans les films marocains, on s’inspire beaucoup des productions égyptiennes et indiennes, dans le sens où il y a une façon de sur jouer un petit peu. En Occident, on a une façon de jouer plus proche de la réalité, on ne prend pas le spectateur pour un idiot, on le fait participer. C’est cette méthode d’acting que j’ai envie d’insuffler. Il y a plein de films qui se tournent au Maroc, mais on prend toujours les mêmes acteurs, ou alors on les ramène de l’étranger alors qu’on en a des formidables ici. Ce que je veux, c’est fournir aux interprètes marocains qui sont intéressés, les armes adéquates pour être compétitif sur le marché international.

Vous êtes donc ce qu’on appelle un artiste engagé ?

J’ai toujours essayé de faire en sorte d’être honnête et de m’investir dans de véritables projets. J’ai vu beaucoup d’artistes s’engager pour faire leur promotion personnelle. Moi, je le fais naturellement car quand on fait un don, on n’attend rien en retour. Je me suis beaucoup investi dans la prévention routière et pendant quatre ans, j’ai fait tout ce que j’ai pu à mon niveau sans gagner aucun argent ; bien que j’ai lu dans la presse que j’y gagnais des millions ! Au contraire, venir me coûte de mon temps, mais ce n’est pas pour autant que je gagne de l’argent sur le dos du gouvernement marocain. Avec Maroc Telecom, c’est autre chose, et en faisant une pub pour eux, oui, je gagne un peu d’argent.

Maroc Telecom, c’est comme de la lessive, c’est un produit à part qui engendre beaucoup d’argent. Mais dès qu’il s’agit de causes humanitaires ou de contribuer au développement de notre pays, j’estime qu’il est de mon devoir de le faire.

Que pensez-vous du cinéma marocain ?

Je pense qu’il est en développement, qu’il avance, qu’il y a des choses formidables et des choses moins bonnes. Je pense surtout qu’il faut qu’il trouve son identité véritable car il s’inspire beaucoup de l’étranger. On essaie encore de faire des films pour plaire avantage aux étrangers qu’aux Marocains.

Dernièrement, j’ai vu le film de Narjiss Nejjar, “L’amante du Rif ”, et j’ai trouvé ça limite. Oui d’accord, Narjiss Nejjar porte des bottes jusque-là, d’accord elle a un style cool, mais de là à la qualifier de libre, talentueuse et avant-gardiste… Moi je dis qu’il ne faut pas mettre la carrosserie vante les bœufs (rires) et qu’il faut davantage investir dans le moteur plutôt que dans l’esthétique. Les gens qui affichent une espèce de prétention intellectuelle supérieure me dérangent un peu. On fait un film pour le peuple, avant toute chose, et si tu as la force et la puissance, alors ton message sera aussi compris par l’élite. Le cinéma, c’est populaire, ne nous trompons pas. J’estime que c’est aussi mon rôle de dire que j’ai réussi à l’étranger et que tout va bien ; de demander à ce type de personne “Alors, qu’est-ce qui t’arrive ? C’est quoi ton problème ? Est-ce que tu veux vraiment faire du cinéma ou est-ce que tu veux faire les couvertures de magazines ?”.

Votre avis sur le PJD au pouvoir ?

Formidable ! Je suis très content de tout ça. Mais attention, je ne vis pas ici et ma réalité est différente. Je ne connais pas leur programme ni les attentes des Marocains, mais tout ce que je sais, c’est que quand un peuple élit quelqu’un, il faut aussi l’écouter. C’est le “game” politique. Si le peuple les a choisis, qu’il en soit ainsi, que personne ne les empêche de faire leur travail. Et s’ils se plantent, d’autres prendront leur place, l’essentiel étant que la compétition soit saine. Pendant trop longtemps, nous avons vu les mêmes personnes se passer la balle entre elles. Il faut trouver un équilibre pour que le pays avance. Personne ne fera jamais l’unanimité, et il faut des contrastes pour trouver une certaine stabilité.

Et l’émancipation de la femme marocaine, vous en pensez quoi ?

J’ai un gros problème avec ça. Bien sûr, la femme est un être humain comme les autres avec un rôle bien précis à jouer dans la société et dans l’humanité. Elles enfantent, ne font pas la guerre, et je suis sûr que Dieu a fait des hommes et des femmes pour des raisons bien précises. Je n’ai pas de problème non plus avec le fait qu’elles aient droit à toutes les libertés… Mais sous prétexte d’émancipation, n’oublions pas la dignité ! Ce n’est pas possible de voir à quel point la prostitution des Marocaines est en recrudescence ! La plupart ne vendent pas leur corps pour manger, car hamdoullah ça va très bien dans notre pays, mais pour s’acheter des belles voitures, des Prada et des Gucci. Et le pire, c’est qu’elles te jettent en plus des regards pédants de 150 km de haut, en te faisant croire que parce qu’elles ont de l’argent, ce sont des femmes respectables. Mais ce n’est pas l’argent qui fait les grandes femmes, ce sont les grandes femmes qui font l’argent. Malheureusement, le 2ème produit d’exploitation du Maroc avec les oranges, ce sont les prostituées, et il est temps d’en parler. Cette réputation qu’on a à travers le monde est vraiment hallucinante ! C’est une catastrophe et ça devient un véritable problème ! Est-ce que notre peuple, notre civilisation, notre culture se réduisent à ça ? Est-ce que c’est dû à un manque d’imagination, de culture, d’amour propre, d’ego ? Baraka !

Et vous, comment expliquez-vous ce phénomène de prostitution ?

Je l’explique par la culture de ce pays qui met en avant les élites qui ont de l’argent au détriment des élites intelligentes, des philosophes, des penseurs… L’argent a pris le pouvoir sur tout. On met en couverture des magazines les 30 qui comptent au Maroc. Et les autres ? Ils comptent pour du beurre ? C’est le résultat de toute cette politique de course après l’argent et le pouvoir, et cette dévalorisation du travail, de la sensibilité, de l’art, de l’intelligence, de la réflexion. Cela vient de cette culture à outrance du moi, moi, moi… Mais quand on est trop tourné vers soi-même, on ne va nulle part dans la vie. C’est quand on est tournés vers les autres qu’on avance… â– 

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