Polygamie, héritage, avortement…, l’USFP revient à la charge

Il y a quelques semaines, l'USFP, en la personne de son chef, Driss Lachgar, a fait le buzz en appelant à l'interdiction de la polygamie, à la révision des règles de l'héritage et à la légalisation de l'avortement. De quoi s'attirer les foudres des conservateurs... Entretien avec Fatiha Sadass, membre du bureau politique de l'USFP.

Depuis que Driss Lachgar s’est fait le porte-voix des femmes de son parti, certains insinuent que l’USFP fait du pied aux féministes et aux femmes en général à la veille des élections. Ça vous agace ?

Fatiha Sadass : Bien sûr, car c’est tota-lement faux ! Nous, les femmes de l’USFP, militons activement depuis 1975 pour ces mêmes causes. Notre parti a toujours pris part à la lutte pour l’égalité et la parité. De-puis cette date, il n’a cessé d’œuvrer pour l’émancipation de la femme et sa partici-pation dans la vie publique au même titre que l’homme. En 1975, nous nous battions déjà pour faire avancer les choses sur le plan éducatif, social et politique en faveur de la gent féminine. Nous avions alors demandé la révision du Code du statut personnel et sa séparation des textes religieux. Nous ap-pelions à traiter équitablement la femme et l’homme majeurs, à assurer l’égalité des époux en termes de droits, à supprimer la tu-telle matrimoniale, à interdire la polygamie, et nous militions pour le divorce judiciaire…L’USFP et ses femmes ont incarné une réfé-rence pour les associations féministes qui ont vu le jour par la suite. Tout cela a visi-blement été oublié…

Dans ce cas, pourquoi Driss Lachgar a-t-il provoqué une telle polémique ?

Si ce n’est pas la première fois que nous re-vendiquons ces causes, il est en revanche inédit qu’un chef de parti politique au Maroc se fasse le porte-voix des revendications des femmes de son mouvement. Sans compter que dès qu’on aborde un sujet qui concerne la femme, cela vire à la polémique. 

Parlons de la révision des règles de l’héritage que vous proposez. Quelle réponse comptez-vous formuler aux religieux réfractaires ?

Notre combat s’inscrit dans le temps et la plus grosse bataille que nous ayons remportée est celle de la Constitution de 2011. On y parle d’égalité entre hommes et femmes dans tous les domaines et il n’est pas ici question de re-ligion. Il faut la replacer dans son contexte. Dans l’histoire de l’islam, il existait des socié-tés où seules les femmes pouvaient hériter. Pourquoi ? Car quand l’homme recueillait l’héritage et qu’il quittait sa femme, il empor-tait tous ses biens avec lui et partait en laissant sa tribu sans le sou. Puis, à une autre époque, ce fut l’inverse, pour les mêmes raisons. C’est donc pour préserver le patrimoine de la tribu qu’ont été mises au point des normes et à ce moment-là, personne ne se souciait de savoir si c’était conforme ou pas à la religion. Aujourd’hui, pour pallier cette injustice, certains hommes, quand ils sentent leur heure arriver, rédigent un testament en fa-veur de leur fille car ils ne supportent pas d’entendre leur fils prendre le dessus, se valorisant de ses deux parts d’héritage. On ne fait pas de mal en demandant de changer les règles de l’héritage, on ne dit pas qu’on va toucher au texte sacré, personne n’a le droit de le faire. Mais nous appelons à l’ouverture d’un débat sur cette question. Il faut en parler avec des oulémas, des spé-cialistes, des intellectuels… Ce n’est pas un crime à ce que je sache ! 

Certainement, mais qui dit révision des lois sur l’héritage, dit atteinte à la reli-gion dans la conscience collective. Si-non, il y a belle lurette que la réforme aurait vu le jour !

Ce que nous demandons, c’est la sépara-tion de la politique et du culte. Celui qui veut faire de la religion, qu’il fasse une daouaet aille à la mosquée pour en par-ler et discuter de ce que l’islam autorise ou pas. Mais que celui qui veut faire de la politique élabore un programme sociétal. Le notre est clair.

Quid de la polygamie ? Vous appelez à l’interdiction pure et simple de cette pratique qui continue de prospérer sous nos cieux grâce à la corruption et à des passe-droits accordés à des maris bien introduits…Encore une fois, cette revendication de l’USFP ne date pas d’aujourd’hui. Beaucoup de pro-blèmes sociaux au Maroc résultent de la poly-gamie, comme celui des enfants des rues.Pourtant, la religion est claire sur ce point : il faut pouvoir traiter les différentes épouses sur un même pied d’égalité. L’aspect finan-cier n’est pas le seul critère, c’est aussi une question de sentiments, de comportement. 

Entendez-vous y aller progressivement, comme ce fut le cas lors de la réforme du Code de la famille ; ou êtes-vous prêts à sauter le pas et à interdire cette pratique tout bonnement ?

La révision de la Moudawana date de 2004 et nous sommes en 2014, il n’est plus question de progression ! Les exceptions à la règle ne sont plus acceptables. Aujourd’hui, des milliers de filles se marient encore sous la fatiha, on a recours à de faux papiers pour se marier, et j’en passe. Il faut éradiquer ces pratiques ! On se cache derrière le fait que c’est culturel, mais si on brandit à chaque fois ce prétexte, ça ne s’arrêtera jamais. Il faut appliquer la loi ! Va-t-on attendre que les mentalités changent pour légiférer, ou établir des lois pour faire évoluer les men-talités ? Quand on a imposé la ceinture de sécurité, personne ne la mettait au départ et puis, quand on a instauré des amendes, tout le monde s’y est mis. Il faut une crimi-nalisation de ce type de pratiques pour faire avancer les choses, car ce sont les lois qui ti-rent une société vers le haut.

Vous réclamez aussi la légalisation de l’avortement… 

Tout le monde sait que l’avortement est courant au Maroc. Deux choix s’offrent à nous : soit on continue de le laisser se pra-tiquer dans le secret et à compter les vic-times, soit on le légalise.

Vous considérez donc que la femme peut disposer de son corps comme elle l’entend ?

Elle doit pouvoir avoir le droit d’avorter si elle le souhaite. C’est bien beau de parler de droit à la vie, mais que dire à une femme qui s’est faite violer et qui est tombée en-ceinte de son agresseur ; ou à une jeune fille victime d’inceste qui ne veut pas ac-coucher de son propre père ? Il faut trou-ver une solution à tout cela et arrêter de se voiler la face. Le bien-être de la société en dépend. Malheureusement, il suffit de dire qu’on accorde à la femme le droit de disposer de son corps pour être accusé d’incitation à la prostitution. 

Mais selon vous, la femme aura-t-elle alors besoin de l’accord de son mari pour avorter ?Et s’il n’est pas d’accord, à qui reviendra le choix final ?

Dans un couple, tout se décide à deux et je ne pense pas qu’une femme puisse prendre cette décision toute seule, sans s’être concertée avec son conjoint… Mais en ad-mettant que celle-ci porte seule le poids du foyer face à un mari sans emploi, alcoolique et démissionnaire, alors il serait compré-hensible qu’elle ne veuille pas garder un en-fant voué à finir à la rue. Le choix d’avorter lui appartient donc. Si vous êtes résolus à légaliser l’avortement, cela veut-il dire aussi que vous êtes prêts à autoriser le sexe en dehors du mariage ? Ce serait une suite logique…Non, nous n’autorisons rien de ce genre, en tout cas, pas le sexe en dehors du mariage. Cela existe, certes, mais ce n’est pas un point crucial qui nécessite un débat, au même titre que l’héritage, la polygamie ou l’avortement.

 Bassima Hakkaoui avait évoqué l’idée d’un référendum sur la question de l’avortement. Qu’en pensez-vous ?

 Ecoutez, quand on élabore un programme de ce type, on ne demande pas à n’importe qui son avis, et ce n’est pas parce que tant de millions de personnes ont voté pour vous qu’ils représentent la société. Prenez le cas de l’Egypte. Ceux qui ont voté pour Morsi sont moins nombreux que ceux qui ont dit “oui” à la nouvelle Constitution. Les gens doivent comprendre que si Bassima Hakkaoui est arrivée là où elle en est, c’est grâce à nous, à notre combat. C’est une amie,Bassima, mais nous avons deux projets de société différents. Elle parle équité, je parle égalité. Elle devra rendre des comptes car depuis 1975, nous nous battons pour le changement des lois en défaveur des femmes et aujourd’hui, elle nous fait revenir en arrière. â—†

 

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