Migration n’est pas l’herbe souvent lpus verte ailleurs

Chaque mois autour d'un café, FDM discute avec des jeunes d'un sujet qui les intéresse. Quitter le pays pour s'installer ailleurs, fuir son milieu pour mieux s'épanouir ou plutôt rester et essayer de changer les choses... Voici ce qu'ils pensent de la migration.

FDM Selon l’étude “Migration et compétences”, réalisée par l’Union Européenne, 42 % des Marocains souhaiteraient quitter le Maroc. Que pensez-vous de ce chiffre ?

Afaf : C’est un chiffre qui devrait inquiéter, car si un Marocain sur deux souhaite immigrer, cela veut dire qu’il n’y a plus rien à faire au Maroc. Ce chiffre pousse à la réflexion et à se demander ce qui pousse ces Marocains à quitter leur pays, quelles sont les infrastructures manquantes, comment l’Etat devrait réagir pour empêcher les potentiels migrants à partir… Il faut répondre à ces questions. Il faut dire aussi que l’Etat ne fait pas grand-chose pour changer la donne.

Adnane : C’est un chiffre réaliste. Les Marocains sont obnubilés par l’étranger car ils pensent que l’herbe est plus verte ailleurs. J’ai l’impression qu’ils ne se posent pas les vraies questions et ne se soucient pas de comment ils vont s’intégrer dans une autre société, ni dans quelles conditions ils vont vivre.

Imane : Ce qui est plutôt inquiétant, c’est la migration intellectuelle, la migration des cerveaux. A ce niveau, l’Etat devrait vraiment réagir et établir une stratégie pour préserver les compétences marocaines. Ce sont de véritables pertes pour le Maroc. C’est normal qu’un Marocain sur deux envisage de partir, l’idée de la migration est encrée dans la culture marocaine par excellence. Depuis notre tendre enfance, on grandit avec l’idée que le paradis est ailleurs.

Kamil : Ce chiffre ne me choque absolument pas dans la mesure où l’Occident fait rêver, en particulier les pays comme les Etats-Unis où on a l’impression que tout est possible. Donc, logiquement, le niveau de vie serait meilleur. En revanche, pour pouvoir toucher ce rêve et vivre dans une atmosphère favorable, il est nécessaire d’en avoir les moyens financiers et intellectuels. Et surtout, il est important d’être dans une situation régulière pour pouvoir mieux s’épanouir et évoluer correctement.

Migrer, pour quelles raisons ?

Afaf : Le manque de perspective. Au Maroc, il est difficile de s’épanouir. En guise d’exemple, la recherche scientifique n’a pas suffisamment le soutien qu’elle mérite. Quand un chercheur soumet un brevet, il n’aura pas de perspective. Alors qu’à l’étranger, ce dernier sera pris en main dès ses premiers pas. D’autant plus que les débouchés sont limités pour des diplômés dans certaines filières comme l’art ou la philosophie.

Kamil : Le milieu culturel. Personnellement, je n’ai aucun sentiment de patriotisme, ni l’impression de devoir apporter un plus au pays. Je me sens plus proche de la culture occidentale que la culture locale. Je suis franco- marocain, je m’approche plus de la culture française même si je vis au Maroc. D’ailleurs, je ne parle même pas bien l’arabe qui est la langue du pays. Franchement, je me sens en décalage avec mon milieu au Maroc.

Adnane : Une éducation nationale défaillante, donc migrer pour étudier d’abord. Malheureusement, le système éducatif supérieur est en décalage avec les avancés qui ne cessent de se multiplier. Sur le plan scientifique, on nous oblige de travailler avec des procédés aujourd’hui révolus. En outre, la logistique laisse à désirer.

Envisagez-vous de migrer un jour ?

Afaf : Si j’ai une opportunité de travail plus alléchante que celles que je pourrais avoir au Maroc, je n’hésiterai pas à partir m’installer à l’étranger. Mis à part le fait que je voudrais participer au développement de mon pays, si j’ai la possibilité d’atteindre un niveau de vie meilleur, bénéficier d’une bonne sécurité sociale ou sécurité tout court, pourquoi pas !

Kamil : Honnêtement, je n’ai aucune envie de vivre au Maroc plus tard. Je suis allé poursuivre mes études en France, mais je suis revenu il y a quelques mois pour des raisons particulières. Mais ma résidence au Maroc est juste une question de temps, deux à trois ans maximum. Après, je n’hésiterai pas à aller sous d’autres cieux, probablement en Europe ou au Etats-Unis.

Adnane : Absolument. D’ailleurs, je cherche à intégrer un cycle doctorant en Australie ou en Angleterre car ici, il n’existe presque plus, ou très peu, d’offres d’emploi pour les ingénieurs. Un docteur au Maroc n’a pas beaucoup d’opportunités sauf quand il ouvre sa propre entreprise. Sinon, il devra travailler dans une entreprise où le patron est moins qualifié que lui.

Imane : Non. Je n’ai aucunement l’intention de quitter le pays, ni pour étudier, ni pour travailler. Mais si un jour on m’empêche d’avoir mes droits, j’irai certainement crier mes douleurs ailleurs. Ce sera une sorte d’exil volontaire, on va dire.

Mais pourquoi fuir le pays ?

Imane : Je reproche au système sa schizophrénie. On ne peut pas nier que le pays évolue. Il suffit de comparer l’époque de Hassan II à celle de Mohammed VI pour s’en convaincre. A l’époque, les Marocains ne pouvaient pas donner libre cours à leurs pensées sans risquer de se retrouver en prison. Aujourd’hui, les gens s’expriment, écrivent et crient haut et fort ce qu’ils pensent. C’est un avantage, certes. Mais du moment qu’il y a cette pyramide avec, tout en haut, la religion et cet espèce de contrôle qui nous empêchent d’être des citoyens libres au vrai sens du terme, je ne crois pas que cet environnement nous permettra un jour de nous épanouir chez nous.

Avec la crise qui s’installe, n’estce pas paradoxal d’envisager de meilleures opportunités dans les pays occidentaux ?

Kamil : Certes la France, par exemple, est en ce moment dans un état catastrophique et va l’être encore pendant un bon moment. Le taux de chômage en Espagne est aussi extrêmement élevé et espérer trouver un travail là-bas en ce moment est juste inconcevable. Les pays européens ne se sont toujours pas relevés de la crise et l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Les Marocains qui ont poursuivi leurs études supérieures à l’étranger ont même plus intérêt aujourd’hui à revenir au Maroc pour avoir accès à des postes mieux rémunérés et pouvoir accéder à de meilleures conditions de vie. En France ou ailleurs, les personnes qui ont aujourd’hui des maters ou des doctorats ne trouvent pas de travail en ce moment. C’est effectivement paradoxal qu’on croit encore en un avenir meilleur en Occident. C’est parce qu’il y a ce fantasme qui est ancré en nous depuis très longtemps. On a toujours en nous ce rêve d’aller ailleurs parce qu’on n’est pas forcément bien informés et parce qu’on a été submergés d’images idylliques de cet ailleurs depuis notre enfance.

Afaf : Oui, les opportunités ne sont certes plus les mêmes en Europe. Ce sont même les Européens qui viennent de plus en plus s’installer au Maroc parce qu’il y a plus de travail ici. Mais je pense que beaucoup de Marocains ont envie de le découvrir par eux-mêmes.

Adnane : la question de la crise en Europe peut freiner un peu l’envie d’immigrer, mais ça n’empêche pas les gens de tenter leur chance. De toutes les manières, il y a toujours la possibilité de rentrer au Maroc en cas d’échec. C’est clair qu’on n’a plus ce fantasme de l’Europe où tous les rêves seraient réalisables, mais la conviction qu’on sera mieux ailleurs est omniprésente.

Imane : Justement, il n’y a pas que les raisons économiques qui nous poussent à faire le choix de l’immigration et fuir, en quelque sorte, notre patrie. On doit effectivement se poser des questions, car si ces jeunes aujourd’hui sont conscients de la précarité de la situation économique en Europe et qu’ils y foncent malgré tout, alors c’est grave.

N’est-ce pas finalement dommage de vouloir partir à tout prix alors qu’il existe autant de possibilités de percer dans son pays ?

Imane : Ce n’est pas aussi simple. On peut effectivement créer des opportunités au Maroc, mais dans tout ce qui est ordinaire. Faire l’exception signifie tout simplement vivre ailleurs.

Kamil : Ce qui rebute souvent, c’est l’idée qu’on soit seul à vouloir faire avancer ce pays. On ne peut pas changer un pays en étant seul. Il faut qu’il y ait tout une génération qui aille dans ce sens et qui décide de changer les choses. Ce n’est pas impossible. On a vu ça au Japon, par exemple, avec la génération “baby boom” qui fait du pays l’un des plus grandes puissances dans le monde. Mais pour cela, il faut une volonté nationale.

Adnane : Tout le monde n’a pas la possibilité de réussir au Maroc. Bon, quand on a fait des études d’ingénierie ou de commerce, c’est clair que les opportunités ne manqueront pas. Mais pour d’autres métiers, quand on est photographe, artiste ou autre, c’est beaucoup plus difficile de faire carrière au Maroc. Et quand bien même on réussirait à décrocher un job, c’est loin d’être suffisant pour percer dans la vie. J’ai personnellement intégré un parti politique et je me suis même présenté aux élections en 2011. Alors figurez-vous que même en s’investissant dans la politique, il y a toujours des lignes rouges à ne pas franchir, des tabous qu’il ne faut pas évoquer et beaucoup de sujets à ne pas approcher au risque de se faire écraser. Ce n’est donc pas juste en relation avec le monde professionnel ; c’est la vie de tous les jours qui donne envie à presque tous les Marocains d’aller voir ailleurs.

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