Leila Rhiwi/violences envers les femmes : « Sans une législation exhaustive, il n’est pas possible d’agir » (Entretien)

À l’occasion de la journée mondiale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes qui est le 25 novembre, l’ONU Femmes lance donc à nouveau sa campagne des 16 jours d’activisme de lutte contre ces violences. Ainsi du 25 novembre au 10 décembre, une série d’actions de sensibilisation et de plaidoyer menées par la société civile et l’ONU Femmes Maghreb sont proposées pour interpeller un large public. Entretien avec Leila Rhiwi, responsable d'ONU Femmes Maghreb.

La première édition des 16 jours de la campagne remonte à 2008. Depuis, quels sont les répercussions et les changements enregistrés au Maroc ?

Le changement que l’on a pu observer au Maroc se traduit par une libération de la parole. De plus en plus de sujets qui étaient encore tabous il y a quelques années, font désormais l’objet de débats publics. Je pense, par exemple, à la question sur l’avortement ou encore sur l’égalité dans l’héritage qui est au centre de nombreuses expressions actuelles, de recherches pluridisciplinaires ou de créations artistiques. Ce mouvement commence à être porté par des pans de la société qui se sentent de plus en plus concernés par la nécessité de mettre fin à ces violences. Nous voyons ainsi des partenaires non-traditionnels se joindre aux efforts de prévention telles que des entreprises du secteur privé, des médias, des associations sportives, mais aussi de plus en plus d’hommes et de garçons qui se mobilisent pour exprimer leur rejet de la violence.

Quelles sont les idées novatrices déclinées dans cette nouvelle campagne ?

Cette année, la campagne va s’appuyer sur de nouveaux outils développés spécifiquement pour toucher un public que les campagnes traditionnelles n’atteignent pas forcément. Par exemple, pour engager les hommes et les garçons dans les initiatives en faveur de l’égalité des sexes, une campagne digitale nommée « Parce que je suis un Homme » sera diffusée sur les réseaux sociaux à partir de fin novembre. Cette campagne sera déclinée en spots vidéo, couvrant différents thèmes comme les travaux domestiques, la paternité, ou l’égalité dans l’héritage. Des célébrités et influenceurs marocain.e.s ont accepté de participer à ces vidéos pour que ce message ait un meilleur impact. Parmi eux, on peut citer Youssef Ksiyer ou encore Zineb Rachid. Mais, nous appelons à ce que de plus en plus d’hommes et de garçons rejoignent ce mouvement et affirment sur les réseaux sociaux leur rejet de la violence. Une autre initiative innovante est celle du « ZankaLab », portée par le collectif Zanka Bla Violence. Le ZankaLab est un espace expérimental où les personnes de tout âge sont invitées à participer à différents stands interactifs mêlant sons, images, et vidéos. L’objectif du parcours suivi par les participant.e.s est d’expérimenter, d’apprendre et de s’interroger, sur les différents aspects du harcèlement sexuel dans les espaces publics. Cette expérience a été testée à Rabat en novembre et se poursuivra jusqu’en 2018 dans un camion théâtre mis à disposition par la troupe « Spectacle pour tous ». Il sillonnera ainsi le pays en passant par Tanger, Fès Rabat, Casablanca et Marrakech afin de poursuivre les efforts de sensibilisation nécessaires pour lutter contre le harcèlement sexuel.

 Le projet de loi 103-13 relatif à la lutte contre les violences faites à l’égard des femmes n’a pas encore vu le jour. Il est toujours en attente au Parlement. Quel danger y-a-t-il à retarder l’adoption d’un tel texte?

L’existence d’un cadre légal qui permette d’instaurer des mesures visant à mettre fin aux violences faites aux femmes est une nécessité. Sans une législation exhaustive, il n’est pas possible d’agir effectivement, et de manière coordonnée, contre la violence dont les femmes sont victimes. Une loi n’est pas seulement un texte, c’est un projet de société, un outil dont toutes les parties peuvent se saisir pour faire avancer la lutte contre les violences. La loi définit ce qu’est la violence, elle donne les instruments d’action pour les départements institutionnels, pour la justice, mais aussi pour la société civile. C’est un cadre d’action et de suivi des efforts. Adopter cette loi, ce serait enfin reconnaître que la lutte contre les violences faites aux femmes est une préoccupation majeure et une priorité des politiques publiques. Pour vous donner un exemple des efforts à fournir : très peu d’affaires relatives aux violences font l’objet de procédures puisque seules 3% des femmes victimes de violences conjugales déposent plainte. L’auteur de l’acte est inculpé dans 1,8% des cas, et arrêté dans 1,3% des affaires. En ce qui concerne les taux de violences dans les espaces publics, l’enquête de prévalence mené par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) en 2009 a révélé que 33% des femmes ont déjà été victimes de violence, toutes formes confondues, et 12,5% victimes de violence physique ou sexuelle dans les 12 mois ayant précédé l’étude.

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