Le sculpteur d’étoffes

Bien qu'il soit le plus jeune styliste de cette édition Caftan, Abdelhanine Raouh compte déjà trois participations à cet événement. D'abord en tant que jeune talent, puis comme styliste confirmé. Cette année encore, il a démontré ses dons et sa créativité avec brio. Sa signature : réaliser des tenues sculpturales en travaillant des matières vaporeuses comme le tulle et la mousseline.

Une allure de jeune étudiant, un regard franc et un sourire naturel… Abdelhanine Raouh affiche une assurance qui se confirmera tout au long de notre interview. A l’aise dans ses baskets, il évoque avec sérénité les préparatifs de sa collection, me confiant qu’il a trouvé la thématique source d’inspiration. Je suis surprise de la maturité et le professionnalisme du discours de ce jeune créateur qui privilégie le partage, notamment à travers son métier d’enseignant au collège LaSalle. A la veille du grand jour, Abdelhanine confie avec sincérité ses impressions, décrivant avec passion et précision le travail de sculpture qu’il a accompli.

FDM : Que vous inspire la thématique “Vogue Zaman” ? A-t-elle été une source d’inspiration évidente ou un exercice de style difficile ?
Abdelhanine Raouh : Je me suis posé de nombreuses questions sur cette thématique et sur le lien entre les notions “vogue” et “zaman”, puis j’ai pensé à interpréter une silhouette comme si elle sortait d’un tableau, comme dans un ancien rêve. Ma collection n’est donc pas un retour aux origines du caftan et à la
tradition. Les références au passé y sont plutôt présentes à travers des détails de zouak ou des drapés ici et là, dans des tenues que j’ai voulu fluides et vaporeuses pour traduire l’idée de rêve. Pour moi, faire un retour fidèle aux sources en réalisant des caftans “anciens” n’est pas le but de Caftan, ce qu’on attend justement des jeunes créateurs c’est qu’ils revisitent les classiques en y apportant leur touche personnelle.

Comment avez-vous procédé pour vos recherches ? Vers qui, vers quoi vous êtesvous tourné pour vous documenter ?
L’histoire du caftan, que j’ai lue dans les livres, je l’avais déjà en tête. Donc, j’ai plutôt concentré mes recherches sur “zouak dial maâlem” et j’ai ensuite revisité ces motifs anciens. J’ai davantage concentré mon travail sur la silhouette et sur ce qu’elle dégage sur le podium.

Avez-vous rencontré des difficultés pour réaliser cette collection et comment les avez-vous surmontées ?
Ce n’est pas prétentieux de ma part, mais je n’ai pas vraiment rencontré de difficultés durant mes préparatifs ni eu à gérer d’imprévus. Je pense que cela est dû au fait que j’ai la même équipe depuis sept
ou huit ans maintenant, et qu’elle connaît bien ma façon de travailler. Je pense que le thème de cette année y a contribué aussi car je l’ai trouvé très reposant, ce qui m’a permis de réaliser mes créations de manière sereine. J’ai aussi pu compter sur le soutien de mes proches pour maintenir un certain équilibre.

Qu’avez-vous ressenti au moment de votre nomination ?
Bien que j’en sois à ma troisième nomination pour participer à Caftan, cela m’a fait autant plaisir que les fois précédentes. Faire partie de l’aventure Caftan est toujours une source de joie et quelque chose d’enthousiasmant car cet événement,
très médiatisé, est très attendu et
suivi dans le milieu de la mode au Maroc.

Quelle est la particularité, l’idée forte de votre collection cette année ?
Cette année, j’ai choisi de travailler le tulle pour son aspect vaporeux qui suggère la fluidité, le ouvement des corps. Et, toujours fidèle à mon inspiration Grèce Antique, j’ai également introduit de la mousseline et du drapé. L’autre particularité de ma collection est que mes caftans se composent de plusieurs pièces
superposées, bustiers et jupes, avec un effet trompe-l’oeil qui donne l’impression d’un élément unique au final.

Quels sont vos projets après Caftan ?
Je vais me consacrer au travail à l’atelier, car la saison des mariages a commencé ; et continuer à donner des cours au collège LaSalle où j’enseigne.

Nous sommes à la veille de l’événement, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
La jauge indicatrice de stress commence à s’affoler !!! Ce que je ressens actuellement n’est pas un sentimentprécis… mais plutôt un mélange. Et,
comme chaque fois que je termine une
collection, je suis insatisfait, je me dis que
j’aurais dû faire ceci ou cela… mais je crois
que c’est le cas de tous les créateurs !

Qu’est-ce que Caftan a changé dans votre carrière ?
Ce sont en fait mes clientes et mon entourage qui m’ont poussé à participer à Caftan, alors que j’étais jeune styliste. Cet événement m’a surtout permis de faire des rencontres, notamment avec de nouveaux
créateurs. C’est également une expérience enrichissante grâce aux découvertes que j’ai pu faire et au partage. Mes participations me permettent également de me faire connaître, d’autant que j’ai toujours été plus intéressé par le Maroc que par l’étranger malgré les nombreuses propositions que j’ai eues d’aller
y faire carrière ; car c’est au Maroc que je partage le mieux la notion de rêve véhiculée par le caftan. A l’étranger, il est davantage considéré comme une tenue exotique, et c’est chez nous qu’il garde ses lettres de noblesse.

A combien estimez-vous le coût de votre collection ?
Elle représente un grand investissement. Je peux vous dire que même lorsque je me fixe un budget au préalable, je n’arrive pas à m’y tenir. Et je pense que ce doit être la même chose pour les autres stylistes car un créateur fonctionne au feeling ; et s’il a le coup de foudre pour un tissu très cher, il ne pourra pas résister à son achat même si celui-ci est hors budget ! En plus du fait que je fais mes achats à divers endroits, à l’occasion de mes voyages, il m’est donc difficile de faire la somme des montants dépensés. Pour ma part, j’aime travailler les tissus unis auxquels j’apporte une valeur ajoutée grâce à la broderie, les draperies, le perlage… Cela correspond aussi aux attentes de mes clientes qui apprécient d’avoir la touche personnelle du styliste dans leur tenue plutôt que d’avoir un tissu très chargé à la base.

Comment imaginez-vous le caftan dans vingt ans ?
Je pense que les jeunes créateurs doivent préserver sa structure de base en revisitant son design et leur manière de travailler. Les coupes classiques auront toujours leur place dans nos ateliers mais on peut les moderniser à travers des détails qui lui confèrent un style original.

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