L’art et la matière

Elégance et somptuosité sont les maîtres-mots de la collection de Meryem Boussikouk. Des caftans faits dans les plus belles étoffes brodées d'or et d'argent et perlées de swarovski. La jeune styliste n'a pas fait dans la demi-mesure. Bien au contraire. Et le résultat est tout simplement magnifique.

Regard rieur, sincérité à fleur de peau, parole spontanée, Meryem Boussikouk est de ces
personnes qu’on apprécie d’emblée, sans trop se poser de questions. Nous souhaitions mieux connaître la créatrice qu’elle est devenue. Elle nous ouvre toutes grandes les portes de sa vie. Créer des caftans a toujours été son destin, nous confie-t-elle. En fait, sa mère, couturière, lui a transmis un sens inné de la mode. Meryem a donc baigné dès son plus jeune âge dans les belles étoffes. Vers l’âge de 12 ans, la jeune styliste mettait déjà la main à la pâte et faisait ses premiers ourlets. Et pourtant, elle était encore loin de se douter que la passion la lierait à jamais à ce métier. Elle s’est d’ailleurs inscrite à l’Université de biologie avant que ses premières amours ne la rappellent et qu’elle décide finalement de se tourner vers une formation en stylisme et modélisme. Depuis, sa passion pour le caftan n’a fait que se confirmer à travers des créations qui sont autant d’hymnes à l’élégance et aux belles traditions.

FDM : Que vous inspire le thème “Vogue Zaman” ?
Meryem Boussikouk : J’ai beaucoup aimé le thème et j’ai trouvé qu’il s’imposait. A l’évidence, tout styliste spécialisé dans le Beldi puise nécessairement dans le “Zaman”. On se réfère toujours à l’histoire du costume marocain, à son origine, à toutes les civilisations qui se sont succédé au Maroc… Tout ceci sans
oublier l’époque où nous vivons et le fait que nous devons considérer aussi ce qui est en vogue à l’échelle internationale. L’idée est finalement de créer une fusion entre les deux thèmes pour en faire ressortir quelque chose de très beau : un caftan marocain authentique mais aussi pratique qui convienne à la femme d’aujourd’hui.

Comment avez-vous procédé pour vos recherches ?
Pour cette collection, j’ai revu mes bouquins d’Histoire des costumes, des peintures orientalistes. J’ai également procédé à une recherche sur Internet sur tout ce qui pourrait m’inspirer, notamment tous les détails du caftan ancien. Les ceintures que j’ai utilisées, et qui sont sous forme de corselets, sont par
exemple très contemporaines mais rappellent par leur forme l’ancienne mdamma, très large. Aujourd’hui, c’est tout naturellement que nous allons vers le mélange des genres. Mais le plus important est d’en sortir quelque chose d’élégant. L’élégance reste à mon avis un point essentiel de la créativité.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
Franchement, je n’ai pas connu de difficultés particulières. Le thème était vraiment proche de mon coeur. D’ailleurs, je félicite les organisateurs de leur choix. Le plus dur pour moi, en tant que styliste marocaine,
était de veiller à préserver l’ossature du caftan. C’est difficile et ça peut même parfois bloquer notre créativité mais c’est tant mieux puisque ça la canalise finalement et nous évite de tomber dans l’extravagance. A mon avis, créer doit servir à faire évoluer le caftan et non à le dénaturer.

Quelle est la particularité de votre collection ?
Mon inspiration est venue spontanément de la tenue juive marocaine, la “kesswa kbira”. J’ai été fortement inspirée par les galons que j’ai d’ailleurs utilisés dans pratiquement toute ma collection. Ce fut le premier déclic par rapport au thème de Caftan et je m’y suis tenue. J’ai donc basé ma collection sur ce thème.
Les coupes de mes tenues sont plutôt contemporaines. Elles épousent la silhouette de la femme mettant ainsi son corps plus en valeur. J’ai aussi pratiqué quelques détails inspirés des caftans anciens, notamment les hauts fendus sur les côtés. J’ai d’autre part usé de la sfifa de m’ramma. Celle-ci a été travaillée de manière particulière car les motifs traditionnels ne correspondaient pas à ce que je voulais. Elle est donc rayée, ce qui lui donne une touche plus moderne. En fait, j’ai essayé de marier Vogue et Zaman. Cette fusion a finalement donné un air très contemporain au caftan tout en respectant son authenticité qui est
capitale. Pour ce qui est du choix des couleurs, je suis restée sur une palette pastel, avec une touche de bleu. J’ai aussi utilisé des matières qui rappellent le Zaman, notamment les tlija, les dentelles…

A combien s’élève la préparation d’une collection pour Caftan ?
Préparer une collection pour Caftan est très coûteux pour un styliste, d’autant plus qu’on essaie de réaliser les plus beaux caftans. Ce sont des pièces lourdement travaillées et donc qui, automatiquement, coûtent plus cher. Les artisans et les brodeuses auxquels nous faisons appel doivent aussi être à la hauteur. Ils font du très bon travail et en contrepartie demandent le prix fort. Ce qui est tout à fait normal. Les stylistes créent les motifs et les modèles sur papier, mais il faut d’excellentes mains pour les réaliser. La main-d’oeuvre a donc un coût élevé, et cela sans parler des fournitures et du support c’est-à-dire le tissu. Une tenue peut démarrer à trente mille dirhams et atteindre soixante mille dirhams et plus. Moralité : pour faire une tenue digne d’un défilé comme Caftan, il faut investir. Sans parler de l’effort nécessaire à la préparation d’un tel événement. Comme l’explique Van Gogh, une oeuvre d’art c’est 1% de création et 99% de sueur. Pour nous stylistes, c’est 99% de sueur et 100% d’investissement (rires). Financièrement donc, c’est un défilé coûteux. De ce côté-là, les sponsors seraient les bienvenus.

Comment vous sentez-vous à quelques jours de l’événement ?
C’est sûr qu’il y a un stress particulier. J’ai hâte de voir la réaction du public par rapport à ma collection et de voir le succès que l’événement remportera. Nous sommes dans l’attente des résultats de plusieurs mois d’un dur labeur.

Pensez-vous qu’il y a un avant et un après Caftan ?
Je dirai que oui. On se fait un nom. On fait un travail qui est ensuite mis en valeur par les médias. Automatiquement, le public voit de plus près ce que nous faisons. On peut très bien faire un défilé privé, mais il n’aura certainement pas le même impact que Caftan. Cette nomination à Caftan m’a en fait donné une plus grande confiance en moi. C’est une reconnaissance qui ne peut que me valoriser.

Quels sont vos projets après Caftan ?
Pour le moment, je n’ai pas de projets particuliers en vue. J’attends d’en finir avec le stress de Caftan
avant de me tourner vers d’autres projets. Mais il y aura certainement des choses d’ici la fin de l’année.

Comment imaginez-vous le caftan dans 20 ans ?
Je l’imagine encore plus grandiose qu’aujourd’hui. Je l’imagine plus présent sur les podiums internationaux, notamment de la haute couture dans les grandes capitales de la mode ? On a bien
vu la couture indienne percer au Carrousel du Louvre par exemple, alors pourquoi pas le caftan marocain. Il y a du travail à faire. C’est certainement difficile mais pas impossible.

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