Journée de la femme : étre ou ne plus etre

La journée de la femme a-t-elle encore lieu d'exister ? Le combat pour l'égalité est certes toujours d'actualité, mais y consacrer une seule journée ne semble pas plaire à tout le monde. Faut-il donc la conserver ou devrait-on penser à la supprimer ? Parmi les féministes, les avis divergent.

« C’est le moment idéal pour se faire chouchouter… Soyez rayonnante en passant une journée détente seule ou entre copines dans notre Spa. Notre établissement met à l’honneur la femme avec une offre spécialement concoctée pour vous, Mesdames”. Non, ceci n’est pas une offre spéciale Saint-valentin, mais bel et bien son équivalent à l’occasion de la journée de la femme.

Un acte commercial

Loin des revendications et des marches contestataires, la journée du 8 mars semble correspondre de plus en plus à un acte commercial à destination du public féminin. Une tendance qui masque le caractère militant de cette journée et nous éloigne ainsi de son but originel : celui de la lutte pour l’amélioration de la condition féminine. Face à cet état des lieux, le débat est plus que d’actualité sur le véritable intérêt de la célébration du 8 mars. Faut-il conserver la journée de la femme ou, au contraire, devrions-nous penser à la supprimer ? Saoussane Hmidouch, membre de la JEF (Jeunesse Estudiantine Féministe), a tranché : “La journée de la femme n’a d’intérêt que si elle est chargée d’activités symbolisant réellement la défense de la femme et de ses droits, et non pas de publicités du genre “téléphones pour elle à 50 %”, “promotions pour elle à l’occasion du 8 mars” etc. Si le 8 mars s’appelle “journée de la femme” rien que pour le nom ou pour la commercialisation de produits pour femmes, sa suppression serait meilleure”. Un avis que Majdouline Lyazidi, jeune activiste et membre fondatrice du mouvement WomanChoufouch, ne partage pas complètement: “Il est clair que dans l’esprit des femmes au Maroc, le 8 mars signifie pouvoir aller au cinéma gratuitement, mais il y a aussi des manifestations qui sont organisées un peu partout par des associations pour rappeler les revendications des Marocaines. Nous avons tellement peu d’occasions finalement où l’on peut être fière d’être une femme que supprimer cette journée serait dommage. Et puis ce n’est pas aussi horrible que la Saint Valentin ! Cette journée a une visée commerciale qui dérange, certes, mais je pense qu’elle n’a pas encore dévié de son but principal qui consiste à célébrer la femme”.Face à ces avis nuancés, Khadija Rebbah, féministe acharnée et membre de l’ADFM (Association Démocratique des Femmes du Maroc) est, elle, intraitable. “Les institutionnels détournent cette journée pour des visées commerciales, mais pour les féministes, ce n’est pas un moment folklorique mais un moment fort qu’il faut continuer à célébrer”, tonne cette initiatrice du Mouvement pour la démocratie paritaire.

Un combat de tous les jours

Simple gadget commercial ou date incontournable pour faire avancer le combat féministe ? La question n’est pas tranchée. Parmi les défenseurs de la cause, les avis divergent. Pour certains, et face à l’envergure des discriminations qui touchent encore les femmes, la solution de la journée de la femme semble bien légère. C’est en tout cas l’avis de Saoussane Hmidouch. “En tant que jeunes féministes au sein de la JEF, notre principale mission est de promouvoir une culture d’égalité et de citoyenneté, comme valeur et comportement. Aussi, consacrer une journée sur 365 à la femme est, à notre avis, absurde. C’est comme si on essayait de compenser son manque de droits et de libertés par ça. Pourquoi ne consacre-t-on pas une journée à l’homme ? Certainement parce qu’il a les 364 qui restent !”, s’insurge cette jeune féministe pour qui cet événement n’a pas lieu d’être et devrait être supprimé. Selon elle, “il ne faut pourtant pas croire que le féminisme est un combat “femmes vs hommes”, c’est une réclamation de droits et de libertés. Et donc essayer de satisfaire l’un des partis en lui consacrant une journée est loin d’êtr e égalitaire”. Pour Saoussane et pour beaucoup d’autres féministes qui soutiennent son avis, le 8 mars n’est finalement qu’une journée sexiste qu’il faut cesser de célébrer. Selon elles, l’engagement pour l’égalité homme-femme ne se fait pas qu’une fois par an, mais au quotidien, et lui consacrer une journée tend à le vider de tout son sens. “Je pense qu’on a besoin de plusieurs journées de la femme dans l’année. Si seulement le 8 mars pouvait dépasser 24h !”, réclame de son côté Majdouline Lyazidi. Pour elle cependant, cette journée permet encore de mettre sous les feux des projecteurs les inégalités homme-femme. “Tant qu’on en est pas arrivés à un stade où cette journée aurait perdu toute sa valeur initiale, je ne pense pas qu’il y ait lieu de la supprimer”, conclut-elle.

Tout un symbole

Un avis que partage Khadija Rebbah, membre de l’ADFM, pour qui le 8 mars reste “une journée incontournable durant laquelle nous nous arrêtons pour effectuer un bilan des acquis et de tout ce qui nous reste à faire ainsi que pour décider des nouvelles formes d’action pour continuer à militer en faveur des droits de la femme”. Pour elle et pour de nombreuses autres féministes, supprimer la journée de la femme est impensable et ferait même régresser la cause. Cette journée est aussi tout un symbole, celui de la lutte pour le droit des femmes. “La supprimer? Je pense que cette question n’a pas lieu d’être posée parce que nous avons longtemps milité pour qu’il y ait un moment particulier pour la femme, où on peut interpeller les politiques et leur poser la question sur leurs réalisations en faveur de l’égalité. Il ne faut pas oublier non plus la dimension internationale de cette journée ; les femmes ont les mêmes problèmes et les mêmes attentes un peu partout dans le monde, en tant que composante de l’humanité. C’est à mon avis un moment fort qu’il faut continuer à fêter”.

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