Interview: Yalda Younes ; le soulevement des femmes dans le monde arabe

"Le soulèvement des femmes dans le monde arabe" est une communauté qui compte aujourd'hui plus de 55.000 membres sur le Web, et qui entend défendre les droits des femmes arabes. Entretien avec Yalda Younes, l'une des fondatrices du mouvement.

Depuis un an, force est de constater que le printemps arabe prend des teintes hivernales. L’énergie et l’enthousiasme des premiers temps, portés par l’espoir d’un monde nouveau, se sont étiolés au fil des mois. On espérait la démocratie et la liberté, mais en lieu et place de dictatures, ce sont des régimes militaires aux valeurs religieuses extrémistes qui se sont confortablement installés au pouvoir. A l’heure de la révolution, les femmes occupaient le devant de la scène et on parlait alors du “printemps des
femmes”. Mais aujourd’hui, face à la montée de l’extrémisme religieux, dans un univers de plus en plus dominé par des hommes, où sont-elles ? Arrêtées ou bannies de leur pays pour leurs idées, poursuivies par la justice pour avoir conçu un enfant hors mariage, harcelées et agressées dans les rues, violées par
les forces de l’ordre puis condamnées pour atteinte à la pudeur, lapidées, tuées parce qu’elles défendent leur droit à aller à l’école, emprisonnées pour avoir osé conduire… Les femmes arabes en sont réduites aujourd’hui à se cacher, à s’exiler et à se taire pour trouver la paix. Est-ce là la société que nous voulons ? Certainement pas. C’est pour dénoncer ces dérives et faire connaître leurs droits que cinq femmes arabes du Liban, d’Egypte, de Palestine et d’Arabie Saoudite ont décidé de prendre les choses en main en créant “Le soulèvement des femmes dans le monde arabe”. Parce que ce combat nous touche particulièrement, FDM rallie le mouvement, poing levé contre l’obscurantisme, les moeurs patriarcales et l’injustice !

FDM :Comment cette initiative est-elle née ?

Yalda Younes : A partir d’octobre 2011, nous avons tous pu constater que le printemps arabe et les  révolutions commençaient à s’essouffler. Après les manifestations qui sont venues à bout des dictatures, on a commencé à entendre le même leitmotiv un peu partout dans le monde arabe : “Aujourd’hui, ce n’est pas le moment de parler des droits des femmes… il y a d’autres priorités !” Il y a la Palestine à libérer, la révolution à faire, un dictateur à chasser, les islamistes à contrer… Entretemps, cette femme arabe, dont les droits sont secondaires, est utilisée à des fins politiques et souvent citée dans les discours révolutionnaires. C’est pour ces raisons-là qu’il y a un an, Diala Haidar, Farah Barqawi, Sally Zohney, Rana Jarbou et moi-même avons donc décidé de créer ce mouvement.

Quel est le but de ce mouvement ?
Nous avons refusé de nous laisser gagner par le désespoir après le printemps arabe qui était en soi quelque chose de magnifique. Nous ne pouvons pas céder à la peur de ces gouvernements islamiques et aux difficultés que rencontrent les révolutions. Nous devons surfer sur la même énergie et nous, les femmes, continuer le printemps arabe. Nous avons le devoir de nous battre pour notre liberté, nos droits absolus et ne laisser personne nous imposer d’autres priorités. Car il s’agit de droits, ce n’est pas une question de priorité. Notre de YaldaYounes Interview but est de perpétuer la solidarité à laquelle nous avons pu assister entre citoyens arabes en créant un networking puissant, en fédérant les efforts de tous  ceux qui oeuvrent chacun de leur côté, et parvenir ainsi à créer une communauté qui pourra faire pression
pour changer les lois.

Quels genres d’actions comptez-vous entreprendre à l’avenir ? Passerezvous un jour du virtuel au concret et si oui, de quelle manière ?
Je ne qualifierais pas ce que nous faisons de virtuel. Nous avons réussi à créer un espace laïc qui n’existe pas ailleurs, où les gens peuvent s’exprimer librement sans crainte de représailles, où des personnes qui n’auraient pas échangé en temps ordinaire confrontent leurs points de vue, quand bien même les débats
sont parfois houleux entre ultra religieux et pro-séculaires. Quant à l’avenir de notre mouvement, nous avons encore plein d’idées. Mais pour le moment, ce que nous essayons de faire, c’est surtout de  construire une base solide. Aujourd’hui, nous comptons plus de 55.000 membres. C’est beaucoup en un an mais très peu en même temps, à l’échelle du monde arabe. Nous devons être le plus nombreux possible pour mener des actions d’envergure sur le terrain. Pour fêter notre première année d’existence, nous avons demandé à nos internautes de se photographier avec un message écrit commençant par : “Je soutiens le soulèvement des femmes arabes parce que…”. Il y a quelques jours également, nous avons créé un pochoir en invitant nos membres à l’imprimer et à le reproduire sur les murs de leur ville.
C’est un premier pas pour faire connaître aux gens notre campagne…

Quel est le profil de vos membres ?
Il y a autant d’hommes que de femmes et c’est très important, car cela prouve que ce n’est pas un  mouvement féministe radical anti-masculin. Les hommes qui se sont joints à nous considèrent qu’ils oeuvrent pour créer un environnement sain et sont persuadés que cela ne peut exister sans la liberté des femmes. Beaucoup d’entre eux ont honte de la culture patriarcale de leurs pays respectifs et nous donnent à voir un autre visage du monde arabe, loin des clichés d’hommes tortionnaires véhiculés partout dans le monde. Quant aux femmes qui s’affichent sur notre page et expriment leurs opinions, ce ne sont pas non plus des victimes. Si elles portent le voile, c’est parce que c’est leur choix et cela ne les empêche pas de militer en même temps pour leur intégrité physique ou leur liberté à disposer de leur corps comme elles l’entendent. Les femmes qui ont rallié notre communauté sont fortes, ont des choses à dire et veulent se faire entendre. Il y aura toujours des parasites pour nous dire que nous faisons honte aux arabes, que nous nuisons à l’image du monde arabe, mais nous considérons que les lois qui vont à l’encontre des libertés des femmes sont bien plus choquantes que la réalité elle-même.

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