Hasnaa Chennaoui,une scientifique made in Morocco

C'est une sommité dans le microcosme scientifique.D'après les recherches qu'elle et son équipe ont effectuées,il se pourrait qu'il existe une vie sur Mars. Eclairages.

FDM Le 18 juin 2011, une météorite en provenance de Mars est tombée aux environs de Tata. Vous avez
couru sur place. Racontez-nous cette expérience.

Hasnaa Chennaoui : C’est en juillet 2011 que j’ai eu les premiers échos de cette chute, mais ce n’est qu’en décembre que nous avons commencé à obtenir des informations de plus en plus précises. A ce momentlà,
la Meteoritical Society – société savante regroupant tous les spécialistes mondiaux de la recherche sur les météorites et seul organisme au monde à pouvoir reconnaître l’authentification d’une météorite – m’a
contactée et m’a demandé de m’assurer de l’origine de cette météorite et de collecter des informations sur son lieu de chute. Nous avons donc effectué une mission de terrain aux alentours de Tata. Le lieu de la chute est situé à environ 70 kilomètres de pistes en très mauvais état, avec des zones très difficiles à traverser en plein désert. Sur place, nous avons rencontré des témoins oculaires et recueilli un maximum d’informations sur les lieux précis de collecte des différentes pièces. Nous avons enregistré leurs coordonnées GPS, nécessaires pour donner un nom de lieu à la météorite. Nous avons décidé, à ce moment-là, de lui donner le nom de “Tissint”, un village relativement proche.

Et qu’avez-vous découvert ?
Déjà, dès notre arrivée à Tata, nous avons décidé de rédiger un article à soumettre à la revue “Science”, au vu de l’importance de cette chute de roche venant de la planète Mars. Après avoir récolté les  informations, tout reporté sur les cartes topographiques de la zone, et collecté quelques fragments, nous sommes retournés à Casablanca pour organiser une mission de recherche afin de commencer les analyses de la roche. Nous avons mis en évidence dans nos travaux la participation de fluides de la surface de
Mars dans la météorite “Tissint”. Mais nous ne sommes pas en mesure de parler de leur nature exacte, ni de dire s’il s’agit d’eau, telle qu’elle est connue sur Terre.

Dans votre enfance, aviez-vous un penchant particulier pour les sciences ?
Toute petite, je voulais être infirmière, puis maîtresse d’école. Mais à partir du collège,j’ai commencé à avoir un penchant pour les matières scientifiques, surtout les sciences naturelles. Elles me fascinaient car elles me permettaient de découvrir des choses sur tous les phénomènes qui nous entourent et sur l’être humain. En tout cas, j’ai toujours voulu enseigner, et ça n’a pas changé.

Pourquoi avez-vous choisi de faire des études en géologie ?
Après mon baccalauréat en sciences expérimentales, j’ai choisi d’accéder à la Faculté des Sciences pour  faire de la biologie. C’est là que j’ai découvert le monde de la géologie, en préparant mon DEUG de biologiegéologie. J’ai eu des professeurs passionnés par cette discipline, lesquels m’ont transmis le virus de l’amour des sciences de la Terre en général.

Vous avez préparé une première thèse en géochimie des gaz rares, puis une autre sur les météorites. Pourquoi ce changement de cap ?
Lorsque j’ai souhaité reprendre mes recherches, j’ai naturellement contacté le professeur encadrant de ma thèse à l’Université Pierre et Marie Curie Paris 6, avec lequel j’ai gardé d’excellentes relations après mon retour au Maroc. Je l’ai appelé et lui ai demandé s’il était d’accord pour que je reprenne une collaboration avec son laboratoire. Il a tout de suite accepté mais m’a informée que ce dernier avait changé de thématique de recherche, et qu’il se consacrait désormais à l’étude des météorites. Il m’a dit que beaucoup d’entre elles venaient du Maroc et que j’avais donc toutes mes chances d’avoir ma place de par ma formation initiale en pétrographie, minéralogie et géochimie ; et de par ma présence dans un pays aussi riche en ces roches extraterrestres.

Aujourd’hui, vous êtes publiée dans une revue de renom comme “Science”, ça représente quoi pour vous ?
Au départ, nous ne savions pas si notre article serait accepté pour publication. Nous avons invité des sommités mondiales reconnues pour leur expertise, chacune dans sa spécialité et en fonction des objectifs que nous nous étions fixés, à se joindre à notre travail et à y contribuer. Elles ont toutes accepté de
collaborer et ont effectué un travail remarquable en un temps record. Nous sommes vingt co-auteurs sur cet article, de cinq pays différents et de dix institutions distinctes. Nous avons envoyé l’article en attendant
le verdict… Finalement, il a été accepté, ce qui est une grande reconnaissance car peu de chercheurs ont le privilège d’écrire dans “Science”. Je suis donc très fière de cette publication qui couronne plus de dix ans de travail acharné sur les météorites au Maroc. C’est une reconnaissance scientifique internationale
durement acquise que cet article vient confirmer et asseoir ; d’autant que cette communauté nous a fait l’honneur de nous confier l’organisation du congrès annuel de la Meteoritical Society, en septembre 2014.
Cette réunion aura lieu pour la première fois dans un pays arabe et musulman.

Que pensez-vous de la recherche scientifique au Maroc ?
Elle n’est pas assez valorisée ni encouragée. Dans d’autres pays, les enseignants sont tenus de faire de la recherche de façon régulière. Au Maroc par contre, c’est tellement difficile que seuls les enseignants  passionnés arrivent à être productifs avec les moyens dont ils disposent. Ils font en sorte de réussir et d’être au niveau de leurs homologues étrangers, malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent. La recherche scientifique au Maroc est un luxe qui coûte cher, et beaucoup utilisent souvent leurs propres moyens financiers pour faire avancer leurs travaux et participer aux congrès internationaux pour rencontrer leurs pairs et leur présenter leurs travaux. Nos chercheurs sont d’excellents ambassadeurs de notre pays, ils en donnent une image d’excellence. Leur travail relève du militantisme.

Pensez-vous que votre découverte donne un nouveau souffle à la recherche scientifique ?
Ce serait trop prétentieux de dire cela. Nos résultats constituent une brique de la grande construction à laquelle participe toute la recherche scientifique en planétologie. Sur le plan international, nous sommes
heureux que nos résultats aient été publiés dans “Science”, car ils inciteront beaucoup d’autres chercheurs à développer certains aspects évoqués dans notre article ; chose qui crée une dynamique et participe au développement de la recherche scientifique. J’espère que cette publication encouragera les chercheurs marocains à utiliser les moyens du bord pour exceller.

A présent, qu’espérez-vous accomplir sur le plan professionnel ?
J’espère faire correctement mon travail, donner de l’espoir et une image de rigueur à mes étudiants, et encourager les filles à étudier les sciences. J’espère aussi que mon expérience incitera notre pays à se doter d’un musée pour le patrimoine géologique du Maroc. Il est l’un des plus riches au monde et n’est pas valorisé. Pire, les Marocains n’en sont même pas conscients ! Dans toutes les grandes villes du monde, il existe des muséums d’histoire naturelle qui présentent différentes richesses venant de divers horizons. Au Maroc, nous avons de quoi remplir tout un musée, uniquement de spécimens marocains de minéraux, de fossiles et de météorites… C’est un manque culturel important pour notre pays. Enfin,
j’espère aussi que nous pourrons avoir davantage de moyens pour la recherche scientifique, et qu’elle se développe aussi bien que sous d’autres cieux.

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