Fatma Ben Mosbah

Ex-rédactrice en chef du magazine "Femmes de Tunisie", Fatma Ben Mosbah, 56 ans, poursuit sa carrière de journaliste tout en oeuvrant au sein de l'Association Tunisienne pour l'Intégrité et la Démocratie des Elections. Engagée et passionnée, elle se livre sans retenue à FDM et nous donne son point de vue sur la montée au pouvoir des islamistes.

FDM : Quelle est la politique prônée par Ennahda s’agissant des femmes?

Fatma Ben Mosbah : Jusque-là son discours est rassurant : pas de modification du Code du statut personnel ni des acquis de la femme, de la liberté de culte, de la liberté vestimentaire, et de la liberté d’expression… Tout le long de sa campagne électorale, Ennahda n’a cessé de se définir comme un parti démocratique dont les valeurs s’inspirent de la religion islamique.

La condition des femmes risque-t-elle de régresser avec Ennahda au pouvoir ?

Contrairement à ce que l’opinion semble portée à croire, je n’ai pas du tout peur pour les acquis de la femme. Ce parti sait qu’une grande tranche de la société tunisienne, qui n’a pas voté pour lui, le surveille de très près et peut contre-attaquer à la première occasion. Ennahda en est conscient et ne cesse de multiplier les déclarations rassurantes. Il revient également aux femmes d’éviter les dispersions et les dérapages susceptibles de leur causer du tort. Il ne faut pas confondre le combat pour l’égalité des sexes et celui pour la laïcité, la dictature ou les inégalités économiques et sociales. Il faut que les femmes se méfient de l’instrumentalisation de leur lutte à des fins politiques.

Vous attendiez-vous à un tel résultat lorsque vous manifestiez pour la chute du régime de Ben Ali ?

Je suis sûre que beaucoup avaient déjà pressenti la place que Ennahda allait occuper sur l’échiquier politique, mais c’est à partir du moment où la date des élections a été fixée que les gens ont réellement pris conscience de l’importance de ce parti. Il était irréaliste de penser que les partis se décrivant comme religieux n’allaient pas avoir leur place dans la Tunisie post-révolution. Quel que soit le degré de modernisme auquel peut prétendre le pays, la population tunisienne demeure profondément attachée à son identité arabo-musulmane. Je suis convaincue qu’en décortiquant les voix qui ont été données à ce parti, on peut dire qu’au final, le vote a été identitaire, un “basta” à l’occidentalisation…

Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

Maintenant que nous avons pratiquement détruit la prison dans laquelle nous vivions, il me reste à souhaiter que la nouvelle construction se fera sur des bases solides et qu’elle sera assez fonctionnelle et agréable pour que tous les copropriétaires puissent y évoluer en toute liberté et en toute sécurité à la fois. J’espère que la population tunisienne saura dépasser ses peurs, d’un côté comme de l’autre, et qu’elle saura se retrouver pour construire une société dont les deux “mamelles” seraient la justice et la dignité. Si nous voulons bâtir une nation où chacun aura sa place, où chacun aura le droit de vivre dignement et librement, nous devons sortir de nos idéaux religieux ou anti-religieux et mettre toute notre énergie à rattraper le temps perdu en matière d’éducation, de recherche, de santé, de technologie et d’économie. S’il est vrai que la vigilance doit être de mise tout le temps, elle doit s’appliquer à tous les politiques, qui ont tous un double langage, et ne doit en aucun cas devenir synonyme de paranoïa collective.

“LES FEMMES DOIVENT SE MÉFIER DE L’INSTRUMENTALISATION DE LEUR LUTTE À DES FINS POLITIQUES.”

Quel regard portez-vous sur les évènements qui se passent en Egypte et en Libye, pays où les islamistes regagnent du terrain ?

Bien que la société égyptienne soit beaucoup plus conservatrice que la société tunisienne, il y a beaucoup de similitudes entre ce qui se passe dans les deux pays. La Tunisie va certainement jouer un grand rôle dans le processus de démocratisation des autres pays arabes et dans l’avenir de l’islam politique. Je pense que les révolutions ont sonné le glas de l’islam radical, salafiste et intégriste, et que seul l’islam modéré a encore sa place dans le processus des transitions démocratiques. Quant à la Lybie, elle sort d’une véritable guerre civile et il est difficile de prétendre y voir clair. De toute manière, quand je vois les prismes déformants à travers lesquels les médias étrangers font leur traitement de la situation en Tunisie, je me dis que, compte tenu des distances qu’ils établissent entre les lecteurs et la réalité, il est finalement difficile de se faire une idée de ce qui se passe sur place dans tous les pays arabes. Il va falloir attendre encore pour se faire une idée plus ou moins exacte de l’état des lieux. Le plus important est que le train des réformes a quitté le quai. On verra bien où il va s’arrêter. â– 

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