Chronique : sois belle et tais-toi… ou pa

Foi de Fniouna, ce 8 mars, je rechigne à recevoir la traditionnelle rose rouge et le chocolat que mon patron, dans un paternalisme dégoulinant, nous fait parvenir à toutes, au bureau. Mais qu'estce qu'il s'imagine ? Qu'on fête la Saint Val' ou quoi ? Il croit peut-être qu'on va pousser des "oh !" et des "ah !" de femmelette extasiée devant tant de délicates attentions et retourner travailler (pff, même pas un jour férié !), la reconnaissance au ventre.

Non mais ! J’ai très envie de pousser ma gueulante de féministe à cheveux ras et à gros sabots : “Chers grands échalas mâtinés de machisme, et si vous nous faisiez l’aumône d’une maigre journée par an, au moins, qu’on vous fasse endurer ce qu’on subit régulièrement… ?”. Et là, je me prends à rêver, tout en laissant fondre le délicieux chocolat belge sous ma langue (ben oui, je n’allais pas le jeter, quand même !).

D’abord, on les épilerait à la cire, méprisant leurs “Je ne veux pas souffrir pour être beau”. Puis, on les ferait uriner, assis, sur des toilettes d’entreprise à l’hygiène plus que douteuse… Découvrant mes pulsions sadiques refoulées, j’ai soupiré d’aise devant mon écran. Maintenant, passons aux choses sérieuses : il s’agit de leur faire découvrir le poids de ce que j’intitule, fort pompeusement, la dictature symbolique du genre ; c’est-à-dire tout ce qui s’exerce sur nous, les femmes, au quotidien, comme attentes, jugements, clichés, images… Par exemple, l’informaticien du troisième, célibataire de 45 ans, dégarni et bedonnant, écoperait bien de l’étiquette peu flatteuse de «vieux garçon», et tous les stilettos du bureau chuchoteraient derrière son dos : “Le pauvre, si moche et trop vieux pour faire des enfants”. Le petit péteux de la compta, quant à lui, se ferait harceler dans la rue par les femmes de ménage du quartier qui lui chatouilleraient les fesses avec leur balai et, à partir d’une certaine heure du soir, le tramway et sa drague féminine omniprésente constitueraient un réel motif de danger pour son intégrité corporelle. Amin, mon voisin d’open space, passerait chaque matin une heure devant son miroir pour chercher le dress code adéquat (cravate pas trop voyante et pantalon de costume pas trop serré) qui le ferait passer pour viril, mais pas en démonstration de charme auprès de sa chef. Et partout dans Casa, d’immenses panneaux publicitaires vanteraient des hommes beaux comme des stars libanaises, aux biscotos bien roulés, obligeant le commun des bonshommes à se mettre au sport et au régime sous peine d’être légitimement cocufiés avec un coquelet plus jeune !

Je continue le délire ? Oui, c’est trop bon ! A mon ex, toujours les mains dans les poches et peu concerné par la paternité, j’injecterais un gène de culpabilité au moins aussi puissant que celui qui me tenaillait, quand je laissais Gibrilou aux prises avec une forte fièvre pour aller en réunion. Rubrique discussions de salon, j’ai aussi ma petite idée : lancer un sujet costaud entre filles (genre débat sur l’avortement) et écouter d’une oreille plus que distraite les analyses approximatives de ces messieurs, réduits à des plantes décoratives ; ou pire, les cantonner dans un coin, entre eux, pour qu’ils discourent de leurs futilités habituelles (foot, performances, bricolage…).

Depuis que je leur fais passer un sale quart d’heure virtuel, je sens que je me détends peu à peu… Et ils commencent à m’inspirer de cette tendresse dont ils font preuve, après coup, pour se faire pardonner leurs égarements. Au final, mon tempérament fniounesque reprend ses droits : je n’ai pas assez de testostérone dans les veines pour désirer à tout prix conserver le power de la suprématie du genre féminin. Cette journée spéciale, c’est donc juste un défoulement général pour utérus oppressés. Pour l’équité, on repassera !

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