Autant en emporte le caftan…

Dar Belghazi, le plus grand musée privé d'Afrique, abrite la quintessence des arts traditionnels marocains et plus particulièrement une collection de caftans anciens dont certains remontent au XVème siècle ! 1700 pièces que le fondateur et conservateur du musée, Abdelillah Belghazi, a pu réunir, grâce à un travail méticuleux de recherche et de récupération. Une passion de famille...

FDM : D’où vous vient cette passion de collectionner de l’ancien et plus particulièrement les caftans ?
Abdelillah Belghazi : C’est une histoire de famille et quasiment une entreprise sur quatre générations… Mon arrière-grand-père
était déjà collectionneur d’instruments de navigation. Mon grand-père travaillait, lui, dans le tissage en soie et fil d’or à Fès et
Tétouan : il a laissé comme héritage une variété de tissages de tissus anciens comme le brocart. Mon père était un spécialiste de la haute couture traditionnelle , donc de caftans pour hommes et pour femmes… Sur le conseil des soeurs catholiques qui lui
fournissaient du fil à broder (DMC) et du fil de soie, il a développé différents types de broderies provenant de toutes les régions
du Maroc : Rabat, Salé, Azzemour, Aâlouj (juifs de Fès et Meknès), points de natté de Tetouan, Chaouen. Cette ascendance particulière a donc certainement imprégné mes gènes (rires)… Très tôt, j’ai commencé à consulter des ouvrages sur les broderies anciennes, je me suis intéressé au trousseau de la mariée avec toutes ses parures, appris les “façons de faire” traditionnelles : debbana, barchman, sfifa…

Quid de vos débuts de conservateur de musée ?
Déjà, une bonne partie de ma jeunesse a été consacrée à collectionner tout et n’importe quoi : pièces de monnaie, porte-clés,
timbres, bijoux en argent, objets rares… Mais, c’est à l’occasion d’un voyage en France, dans les années 70 que le déclic
s’est opéré ; je suis parti visiter le musée d’arts africains et d’Océanie qui est l’actuel musée Quai Branly, et dans la fougue de ma jeunesse, je suis revenu enthousiasmé par les arts traditionnels. Je me suis dit qu’au Maroc, des trésors dormaient dans des coffres et des caisses et se faisaient dévorer par le ténia ou la rouille sans que personne ne lève le petit doigt pour mettre en valeur ce patrimoine. L’idée de monter un musée ethnographique a alors commencé à me trotter dans la tête… En 1994, devenu expert en bois, pierre et métal et possédant un bureau d’architecte d’intérieur à Dubaï, je me suis mis à réinvestir tous mes gains dans les ventes aux enchères et les marchés aux puces de Paris, Londres, Tolède, Madrid… Chiner et stocker était devenu une obsession, fasciné que j’étais par les arts marocains : arabe, berbère et juif. Par rapport aux caftans anciens, ma chance a été aussi que les parures de mariée se transmettent parfois de mère en fille à travers les générations. En fait, malgré leur fragilité, certains textiles, comme les velours, jims, satins de soie ou encore le lin et le bzioui qu’on brodait et tissait, ont ainsi survécu aux siècles ! Parmi les pièces les plus anciennes en ma possession il y a un caftan brodé de aâlouj du XVIèmesiècle, de la broderie de Tétouan avec le point natté (XVIèmesiècle) et une autre de Meknès, datant de la période Moulay Ismaïl.

Les caftans sont-ils multiples, au regard des régions du Maroc et des influences culturelles ?
Certainement. Le caftan marocain a subi des influences berbère, juive, turque, perse, andalouse, asiatique… même si le caftan, comme la djellaba, est à la base un vêtement d’homme et que les femmes se le sont approprié que très récemment vers 1912 ; car, ces dernières portaient plutôt dans le temps : Kmiss, dfina, bad’iya, machata et, dans les fêtes, des capes en brocart. Si on considère les Turcs, par exemple, ils se sont arrêtés aux frontières de l’Algérie mais l’influence de leur tenue perdure à Oujda où les caftans des femmes, pour se distinguer de ceux des hommes, prennent la forme d’une jupe et d’une veste brodée (à l’instar de lebssa lakbira des juifs avec manches bouffantes rapportées et kourziya, ceinture tissée en
brocart). Ces mêmes Turcs ont amené tarz n’ataâ au XVème siècle, des broderies avec des paons, des personnages ou images ; tandis qu’auparavant, dans le monde islamique, toute représentation iconographique était interdite. Les juifs  berbères d’Agadir, eux, ont introduit la bad’iya (sorte de caftan à demi-manches ou sans manches) et recouverte du fameux haïk. La communauté juive au XVème siècle, venue de Damas, est arrivée avec une dfina brodée faisant office de caftan
mais avec une coupe évasée et fermée etc…En outre, le pélerinage à la Mecque a permis à maintes cultures de s’y croiser et d’enrichir leur perception du vêtement. On retrouve ainsi une influence asiatique dans le caftan de Tanger du XVIIIèmesiècle : ouvert, sans aâkad, porté court avec manches très larges et rappelant le kimono. Les échanges commerciaux ont aussi contribué à renouveler le caftan, en important de nouveaux textiles d’Asie (Chine, Inde) et d’Europe (Italie, Turquie). Et la soie, en provenance de Lyon au temps du protectorat, a donné des tissus comme tlija, sabah el kheir, bahja (récupérée plus tard par les Marrakchis).

Symbolique du caftan à l’ancienne ?
Le caftan et ses accessoires étaient inclus dans la dot de la mariée et il y avait un certain nombre d’étapes longues et coûteuses à respecter : acheter la soie, aller chez le maâlem pour faire le tissage, commander le châle à la brodeuse, la ceinture… Toutes les parures de la mariée (m’harma ou châle de mariage, aâssaba ou frontal, khait zina ou ras de cou etc…) étaient brodées ou tissées, en brocart, galon ou m’ramma. Le caftan est donc avant tout, un vêtement d’apparat qui signe l’appartenance sociale. Car, évidemment, les notables se démarquaient du peuple par des caftans en soie ou fil d’or, parfois piqués de médaillons en or de 22 carats, les plus pauvres devant se contenter de feutrine, chargua et gabardine…

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