Apprendre à se parler

Une fois la lune de miel achevée - et parfois même pendant ! - des accrochages peuvent assombrir le ciel du jeune couple. Dans la vie à deux, il y a toujours des petits travers, souvent dus à une communication défaillante. Comment y couper court pour que cela fasse souvent tilt et rarement flop !?

Je me suis mariée par amour. N’empêche, il y a des moments où il m’agace ! Lorsqu’il s’alite et gémit pour un simple mal de tête ; quand il n’est pas à table au moment où le repas est servi ; je ne supporte pas qu’il critique ma façon de ranger les assiettes dans le lave-vaisselle ou de devoir le rappeler à l’ordre quand c’est son tour de le faire ; ou encore le ton mielleux qu’il emploie pour discuter avec ma mère… On dirait qu’il le fait exprès !” Ainsi s’exprime Hayat, mariée depuis 2 ans. Adil, son époux, ne cherche peut-être pas consciemment à faire grimper son adrénaline, mais il adopte les mêmes attitudes depuis deux ans en sachant d’avance comment ça va tourner : au mieux, Hayat lui lance un regard furibond, au pire, elle pique une crise et vide son sac. “J’en ai marre de tes manières ! Tu n’essaies pas de changer. Tu es bien comme ta tribu, tiens !” A ces mots, c’est Adil qui bondit : “Non mais arrête un peu avec ma famille !” Et voilà comment naissent leurs disputes, à partir de petits riens qui agissent comme des détonateurs et font déborder le vase déjà bien rempli d’irritations de la vie quotidienne. En effet, jour après jour, on encaisse sans rien dire les manies de l’autre, ses ronflements, ses claquements de dents, sa façon de ne jamais dire oui ou d’être toujours d’accord, ses retards aux rendez-vous, son habitude de traquer la poussière ou de vérifier l’heure, son besoin de couper la parole, son incapacité à suggérer une sortie, ses réflexions sur l’éducation des enfants et l’argent dépensé… Mille choses qu’on a horreur que le conjoint dise ou fasse, mille gestes d’attention et de tendresse dont on aimerait être gratifié(e). Mais en vain ! On a beau froncer les sourcils, l’autre oublie toujours les dates d’anniversaire et laisse échapper la phrase qui nous met les nerfs à vif. Une fois sur deux, on se tait pour éviter les disputes, par lassitude ou par crainte de blesser l’autre. On rumine alors à voix basse, sans rien laisser paraître de son courroux, de sa frustration et, par conséquent, de ses désirs. Ainsi va la vie de couple, émaillée de non-dits qui se traduisent par des silences, des soupirs ou des reproches futiles en apparence. Les sujets de tension sont très variables d’un couple à l’autre (la maison, les enfants, la sexualité, l’argent, la famille, le boulot de l’autre…), mais leur sens profond est toujours le même : il s’agit de faire passer un message difficile à exprimer de façon simple et direct comme nous l’explique le psychosociologue Jacques Salomé. Cela peut être une plainte (“Ta famille nous empêche de vivre”), une crainte (“On ne pourra pas assumer nos dettes si tu ne surveilles pas tes dépenses”), ou une demande (“Et si on passait plus de temps ensemble ?”).

L’autre, mon double, un alter ego ou… un étranger ?

L’agacement peut naître pour plusieurs raisons : il se peut que la réflexion du conjoint ravive des plaies issues de l’enfance, ou des défauts qu’on connaît mais dont on n’arrive pas à se défaire. D’autre part, la colère peut venir de la résistance de l’autre qui ne parle pas ou n’agit pas dans le sens que l’on voudrait. Même si on apprécie l’originalité de son partenaire, il y a toujours un moment où on tolère mal sa différence. On aimerait qu’il soit plus conforme à nos rêves, qu’il pense comme nous. Sauf que l’autre se plaît souvent à prononcer les mots qui fâchent pour marquer son indépendance, sa volonté de ne pas se laisser absorber par la vie conjugale. D’une manière générale, on prend facilement la mouche lorsque le conjoint a des attitudes que l’on ne comprend pas parce qu’elles vont à l’encontre des valeurs et de l’environnement dans lequel on a grandi. Ainsi, Maria ne supporte pas le radinisme de son mari : elle a vécu dans une famille aisée où personne ne s’offusquait de jeter le reste des repas à la poubelle ; lui a toujours vu sa mère resservir les restes de tagine. Résultat : il est toujours fourré dans la cuisine, pas pour donner un coup de main, mais pour s’assurer qu’il n’y aura pas de gâchis, ce qui exaspère Maria. “A chaque fois, j’ai l’impression qu’il m’épie, me juge, me contrôle comme une enfant”. Elle s’énerve d’autant plus que ses parents étaient tout le temps derrière elle. Par ailleurs, elle déplore que son mari n’admette pas son besoin de jeter, son goût pour les cuisines nettes, sans restes d’aliments qui traînent dans tous les coins. Un sentiment partagé par Kamal qui boude chaque fois que Narjisse, son épouse, déplace un objet dans l’appartement. C’est vrai qu’il n’aime guère le changement, mais il souffre aussi de ne pas être consulté sur le nouvel emplacement du vase ou du tableau. “Elle agit comme si je n’existais pas et que mon avis ne comptait pas. C’est un

“Il est nécessaire d’être clair vis-à-vis de l’autre.”

Entretien avec Jacques Salomé, écrivain et psychosociologue

Pour que cela fasse longtemps tilt dans un couple, vous dites que le plus important est d’être suffisamment clair vis-à-vis de l’autre…

Oui, il faut être clair vis-à-vis de l’autre dans ce qu’on lui propose de vivre, en fonction de ce que l’on est. Le décalage, la souffrance ou les malentendus vont surgir de ce que l’un des deux va changer au cours de rencontres, de positions relationnelles et s’ouvrir à des désirs, à des attentes, à des demandes, différents de ceux qui ont fondé l’accord du départ. C’est le risque de toute relation de développer, au-delà du projet initial, des projections élaborées par l’évolution différenciée de chacun des protagonistes.

Vous dites aussi qu’il faut formuler ses demandes, ses désirs, ses désaccords, qu’il faut se respecter, sinon le corps opère un rappel à l’ordre…

C’est notre corps qui, fréquemment, à travers des maux, un petit symptôme, un comportement inhabituel, nous rappelle que nous ne nous respectons pas assez. Prenons un exemple bénin, plus fréquent qu’on ne l’imagine. Dans tel couple marié, l’époux a envie de faire l’amour, mais ce soir-là, sa femme n’a pas nécessairement de désir. Pourtant, par peur de lui faire de la peine ou par crainte de la colère de son mari, elle dit oui. Trois jours après, elle a une cystite ou une infection vaginale. Il faut savoir qu’un grand nombre d’infections vaginales n’est pas la conséquence d’un germe. C’est bien la preuve que ces femmes tentent de dire avec des maux ce qu’elles ne peuvent pas exprimer avec des mots. Elles ne peuvent pas le dire non seulement à l’autre, mais aussi à elles-mêmes.

D’où, au final, pas mal de flops. Mais vous insistez tout particulièrement sur la nécessité de sortir de l’ITPI…

Pour qu’un couple fonctionne harmonieusement, il faut qu’aucun des deux partenaires ne soit victime de l’Illusion de la Toute Puissance Infantile (ITPI) : ensemble de croyances, de mythologies personnelles autour de la toute puissance de nos désirs, de notre amour ou de notre volonté. L’ITPI nous fait croire que, grâce à notre dévouement, notre patience, l’autre va s’arrêter de boire, qu’il va se stabiliser affectivement en couple, nous comprendra, arrêtera d’être violent ou intolérant. Bref, que nous sommes capables de le changer en direction de nos attentes ! Sortir de l’ITPI c’est découvrir une évidence terrible : on ne peut pas se dicter d’avoir des sentiments, et on ne peut pas dicter à l’autre d’en avoir pour nous. Je ne peux pas me donner l’ordre d’aimer quand je n’aime plus, ou de ne plus aimer quand j’aime encore ! Même si cela fait mal, même si cela est insupportable. Sortir de l’ITPI c’est accepter sa vulnérabilité, son impuissance face aux mystères de l’amour.â– 

manque de respect”, s’indigne-t-il. Or, Narjisse est à mille lieux de penser qu’un simple déplacement de vase puisse blesser autant son mari, d’autant plus que ce dernier ne l’exprime jamais clairement, se contentant de bouder ! Ce dialogue de sourds est très fréquent car on a tous une certaine pudeur à dire nos failles, nos déceptions ou nos envies. “Depuis notre rencontre, j’attends que Leïla prenne des initiatives mais elle reste assez passive et se conforme toujours à mes idées, mon imagination. Je n’ose pas lui dire mon rêve d’être, pour un soir, l’objet de tous ses fantasmes”, regrette Mustapha. Dans ces histoires d’attentes non formulées, le plus difficile à gérer est le sentiment d’être incompris, mal aimé. Comme si, inconsciemment, on se disait : “S’il (elle) m’aimait vraiment, il (elle) saurait ce dont j’ai besoin.” Commentaire de Jacques Salomé, psychosociologue : “Si je ne prends pas le risque de demander, parce que j’attends que l’autre comprenne la demande que je ne fais pas, je risque de passer une partie de ma vie à lui reprocher de ne pas entendre les demandes que je ne lui fais pas !”

A la recherche des … preuves d’amour !

Souvent, d’ailleurs, notre besoin de nous rassurer sur l’amour de l’autre est tel qu’on lui envoie des messages codés, avec le secret espoir qu’il saura lire entre les lignes, entre les mots. Il y a une foule de petites phrases auxquelles on s’ingénie à donner une tournure alambiquée pour tester l’autre, vérifier qu’on est important à ses yeux. Les couples s’agressent souvent à cause de broutilles parce qu’ils n’arrivent pas à se dire l’essentiel : “M’aimes-tu, suis-je important à tes yeux ?” On attend souvent de l’autre des preuves d’amour. Quand on reproche à son compagnon de critiquer ses parents, c’est qu’on se sent visé, par génération interposée. Quand le conjoint s’indigne de vous voir agir ou penser comme votre mère, c’est une façon de vous dire : “Tu es peut-être un peu trop attaché à tes parents. Et si on s’inventait une vie bien à nous ?” Il en va de même pour les relations sexuelles, sources de beaucoup de frustrations et de non-dits car elles touchent à l’intimité. “Je me vois mal dire à mon mari que j’ai envie de faire l’amour. Alors, je le prends en grippe s’il m’annonce qu’il est fatigué ou rapporte du travail à la maison”. Lamia ne supporte pas que son mari lui achète de la lingerie, elle vit cela comme un reproche. Au lieu de se réjouir, elle se met à douter : “Je ne suis peut-être pas assez sexy pour lui. Suisje conforme à ce qu’il attend d’une femme ?” Selon les psys, les hommes guettent chez les femmes tous les indices qui rassurent leur virilité, toujours fragile, à restaurer en permanence. Qu’un geste ou un mot y contrevienne (“Tu n’es vraiment pas costaud”, “Laisse-moi faire, tu n’y arriveras pas”), et c’est la mauvaise humeur assurée. Les femmes, elles, espèrent des mots tendres, des signes de connivence, significatifs à leurs yeux de la qualité de toute la relation de couple. Les hommes, qui ont l’esprit plus compartimenté, ont du mal à le comprendre. Cela dit, à mesure que s’estompent les différences entre les sexes, les attentes des uns et des autres se ressemblent. Est-ce suffisant pour diminuer les tensions, optimiser les tilts et éradiquer les flops ? Rien n’est moins sûr ! L’alchimie du couple qui dure, dans la joie, la sincérité et la bonne humeur, est insondable ! â– 

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