Amale El Atrassi : une louve écorchée

Dans son livre, "Louve musulmane", Amale El Atrassi, soeur du célèbre humoriste Mustapha El Atrassi, révèle les violences d'un père qui n'aimait pas ses filles. Exil forcé, séquestration, viol, délinquance... Un témoignage choc. Rencontre.

FDM Dans votre livre, vous dressez un portrait très sombre de votre famille… Pourquoi raconter tout cela ?

Amale El Atrassi : La première raison qui m’a poussée à écrire ce livre remonte à l’année 2006. Je regardais Mustapha répondre à une interview sur la chaîne LCI… A un journaliste qui lui demandait pourquoi il ne parlait jamais de sa famille, il a répondu : “Ma famille n’a qu’à écrire un livre ou monter un spectacle et alors là, peut-être que je me donnerais la peine d’en parler”. J’ai été très choquée par le ton sec qu’il a employé, presque agressif. Cette idée d’écrire un livre a donc lentement fait son chemin en moi, puis j’ai décidé de le prendre au mot. L’autre but était aussi thérapeutique, une façon d’exprimer des souffrances enfouies et partager mon expérience avec des gens qui auraient vécu des choses similaires.

Vous avez eu une enfance et une adolescence particulièrement difficiles: maltraitances physiques, brimades, exil forcé au Maroc, séquestration, viol, prison…Quel regard pose votre famille sur ce livre ?

Ma mère ne m’adresse plus la parole, elle m’accuse d’avoir sali de honte notre famille… Farid, mon frère aîné reste compréhensif par rapport à ce que j’ai subi, même si au fond il pense que tous ces secrets auraient dû rester dans le cercle familial. Ma plus jeune soeur, Souheil, encore petite au moment des faits relatés, s’est effondrée en le lisant. Mes autres frangines sont restées neutres.

Est-il vrai que votre frère Mustapha a tout fait pour interdire sa publication ?

Absolument. Deux semaines avant la sortie du livre, des avocats et des juristes se sont succédés chez mon éditeur pour le faire interdire. Et aujourd’hui, tous mes rendez-vous promotionnels à la télévision ont été déprogrammés grâce à l’influence de mon frère.

En quoi ce livre peut-il le déranger, d’après vous ?

Il ne m’adresse plus la parole depuis six ans, donc je ne peux qu’émettre des suppositions. Il a fait une croix sur son passé et sa famille et ne parle plus à personne, sauf à ma mère… Nous étions pourtant très proches. En fait, je pense que j’ai écorché certaines images. Et puis, il imagine peut-être que j’ai envie de “faire du beurre” sur son dos ! Mais vous savez, je n’ai aucun compte à régler avec lui. C’est mon frère et je l’aime. D’ailleurs, les chapitres dans lesquels je fais référence à lui ne sont pas si négatifs. J’en parle surtout avec tendresse, amour et même fierté… Mais ce livre, c’est une façon pour moi de lui faire comprendre qu’il “déconne”. Je ne comprends pas pourquoi il y a cette agressivité en lui et une telle insensibilité alors qu’il n’a pas vécu les mêmes choses que moi ou mes soeurs ; il était notre “chouchou” à tous et a vécu de loin “notre” enfer. Pourtant, il est dans le déni le plus total. J’aimerais lui manquer de temps en temps, comme lui me manque.

Dans votre livre, vous relatez des épisodes très pénibles de votre vie… Vous avez même sombré dans la délinquance. La prison a-t-elle été un déclic pour changer de vie ?

Pas vraiment. J’y ai effectué quatre séjours et pour moi, après avoir connu l’enfer de la séquestration au Maroc, la prison était un lieu idyllique et non une punition ! Un endroit où il y avait beaucoup d’échanges avec les autres détenues. Tous les jours, je découvrais un nouveau métier grâce aux ateliers de coiffure ou de couture. Cela peut vous paraître aberrant mais de tout ce que j’ai vécu, l’univers carcéral a été l’épisode le moins pénible… Et puis, j’avais une certaine rage en moi qui m’a aidée à garder la tête haute et à ne pas m’effondrer.

Dans un chapitre, vous évoquez l’union “forcée” de votre mère… Les mariages “arrangés” et non “forcés” étaient la norme à l’époque. Pourquoi insistezvous autant sur cet aspect ?

Ma mère considère son mariage comme forcé car elle a supplié de toutes ses forces sa famille pour ne pas se marier. A travers ce passage, je veux simplement rappeler qu’il y a beaucoup de femmes dont les souffrances sont passées sous silence, et l’actualité nous le prouve régulièrement, à mon grand regret. Mon but n’était pas de stigmatiser ou de généraliser les coutumes des familles marocaines…

En lisant votre livre, on a l’impression que vous généralisez votre modèle familial à tous les foyers marocains, et maghrébins en général… N’avez-vous pas l’impression de céder à la tentation du cliché ?

Ce n’était absolument pas le but de ce livre. J’ai simplement voulu évoquer l’exemple de ma famille et la culture du bidonville… Vous savez, même si j’ai vécu des atrocités, je reste fière de mes origines marocaines.

Pourquoi avoir choisi “Louve musulmane” comme titre ?

Un jour, alors que je travaillais encore sur mon livre, j’aidais mon fils à réviser sa leçon d’histoire, dont l’un des chapitres était sur la légende de la louve romaine. Ce titre m’a interpellée. Cet animal évoque le côté à la fois nourricier, carnassier et surtout protecteur. Il est aussi solitaire et chef de meute. Je trouvais que cela caractérisait bien mon rôle au sein de ma famille et de celle que j’ai créée avec mon compagnon et nos quatre enfants.

Vous tenez des propos extrêmement durs à l’égard de votre père. Qu’en a-til pensé ?

Comme je vous le disais, ce livre a été pour moi une thérapie. Je voulais me libérer de ma rage, des humiliations subies, de la peur… C’est aussi une façon de lui dire : “Tu ne m’as pas écrasée !”. Nos rapports sont aujourd’hui apaisés. Je lui ai pardonné car il s’est repenti. Il a réalisé tout le mal qu’il nous avait fait… Il est même fier de moi par rapport à mon livre. J’ai de la peine pour lui car je le vois désormais comme un être humain avec ses blessures et au fond, je sais qu’il n’a jamais été un homme heureux.

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