Néobourgeoise : starter-pack

Figure emblématique d’une ville en pleine mutation, la néobourgeoise casablancaise réinvente les codes de la classe aisée. Entre capital social solide, goût affûté pour les tendances et maîtrise parfaite de l’art de paraître, elle incarne une nouvelle élite urbaine, plus fluide, plus mondialisée et farouchement consciente de son image.

La néobourgeoise casablancaise existe-t-elle ailleurs que dans les clichés d’Instagram et des brunchs ultra-filtrés du Triangle d’Or? La réponse est oui, sans équivoque. Elle demeure bourgeoise parce qu’elle continue à cocher les cases des trois grands capitaux qui définissent sa classe. Elle possède le capital économique (comprenez: elle a les moyens, le patrimoine immobilier, les voyages, la scolarité internationale des enfants). Elle dispose aussi d’un capital culturel solide : études en France ou aux États-Unis, école de commerce ou de droit, maîtrise de trois langues, fréquentation des expos, adoption instantanée des tendances bien-être importées de New York ou Dubaï. Enfin, elle garde un capital familial et social dense : famille bien installée, réseau professionnel, cercles amicaux cosmopolites, capacité à décrocher un contact en un coup de fil.

Mais elle est “néo”, car elle a su transformer ce qui constitue le véritable marqueur de sa génération : le capital symbolique, ce style de vie qui fait la griffe de son appartenance sociale. Et ce capital-là, elle l’a réinventé bien loin de l’image figée de la bourgeoise d’hier, drapée dans son tailleur classique lors des garden-parties de la corniche. On est loin également des silhouettes discrètes des bourgeoises des années 90 qui vivaient le luxe derrière des portails sécurisés de Californie sans jamais l’exhiber.

La néobourgeoise casablancaise version 2025 a troqué la rigidité pour une coolitude maîtrisée. Elle peut s’afficher en caftan haute couture lors d’un dîner caritatif, puis passer au legging de pilates et au sweat “effortless” au brunch du dimanche. Elle aime aussi bien faire son shopping aux Galeries Lafayettes que dans un concept-store qui vend du vintage au prix du smic. Elle se veut décontractée, parfois trop, mais toujours codée. Elle fait partie d’une génération qui a troqué les Rolex criardes pour des Chopard discrètes. 

Elle avale les tendances mondiales comme des vitamines, un œil sur les créatrices marocaines les plus pointues, l’autre sur les influenceuses scandinaves qui respirent le minimalisme.  Elle cultive même une certaine passion pour l’autodérision : rien ne lui plaît plus que de se voir caricaturée en “ caricature vivante”. Sauf quand la blague tourne mal. Car si, par malheur, elle croise dans une soirée une autre femme portant exactement le même sac Bottega, celui qu’elle avait fanfaronné être la première à dégoter au Maroc, la soirée est morte, enterrée.

Une professionnelle de l’image

Elle a appris à voir avant les autres. À savoir ce qui deviendra tendance, ce qui est déjà “over”, ce qui sera acceptable dans trois mois. On pourrait la croire superficielle. Elle est, en réalité, extrêmement professionnelle : professionnelle de l’image, du goût, de l’usage social des objets. Elle déteste la vulgarité non par morale, mais par méthodologie. Elle sait qu’un faux pas visuel peut coûter plus cher qu’un billet d’avion.

Chez elle, le prestige ne s’affiche plus frontalement : il se murmure. Elle dira : “J’ai commandé mes plateaux chez un artisan à Fès”, ou “Je suis en cure de respiration holistique depuis Bali”, ou encore “J’ai repris le yoga vinyasa au Pacha, ça me recentre tellement”. Prendre soin d’elle ? Évidemment. De son bien-être ? Aussi. De sa santé mentale… disons en partenariat étroit avec ses antidépresseurs favoris, pris comme on gobe des gummies beauté. Elle est aussi très vigilante quant à la longévité de son coupitale, pardon, son couple, son capital le plus fragile. Elle veut que ça dure, que ça brille, que ça tienne. Alors elle active toutes les options spirituelles disponibles sur le marché : prière assidue pendant tout le mois de Ramadan (mais pas un jour de plus, faut pas exagérer), consultation d’un fqih, d’une chouwafa, d’un sorcier indien. Multicanal, omnispirituelle. L’essentiel ? Que ça marche. Que l’amour reste debout. Que la fortune continue de couler comme un sérum hydratant. Peu importe le fournisseur, tant que la promesse est tenue et que le luxe reste non négociable.

Elle s’assume en “professional mom”, la version moderne, connectée, multitâche, qui a définitivement ringardisé la mère au foyer experte en kaab laghzal des années 2000. En un clin d’œil, elle peut passer d’une réunion Zoom avec Dubaï à une séance de yoga “sound healing” ou à un fitting pour un caftan signature. Elle aime jouer à la “bourgeoise alternative”, son petit caprice : se plaindre de sa femme de ménage qui ose demander une augmentation, sans jamais renoncer à ses voyages en business class.

Plus glamour que jamais, bien plus stratégique que la “femme trophée” d’autrefois, elle orchestre un art de vivre où s’entremêlent héritage marocain, luxe globalisé, distinction sociale et mise en scène permanente. Car Casablanca, ville-monde, lui offre le théâtre idéal pour performer sa modernité : entre concept-stores nichés à Racine, rooftops branchés d’Anfa et échappées express à Marrakech, la néobourgeoise est devenue une figure centrale de la nouvelle sociologie urbaine marocaine, à la fois fascinante, critiquée et emblématique d’un Maroc en pleine mutation.

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