Pourriez-vous définir ce que sont exactement les doubles agonistes et les triples agonistes ?
Les doubles agonistes GIP/GLP-1 et les triples agonistes GIP/GLP-1/glucagon représentent des approches thérapeutiques innovantes dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité. Initialement conçus pour le traitement du diabète de type 2, ces médicaments agissent sur plusieurs voies hormonales impliquées dans la régulation de l’appétit, du poids corporel et du métabolisme énergétique. De nombreuses études ont par ailleurs démontré que les analogues du GLP-1 sont associés à une réduction du risque cardiovasculaire, un enjeu majeur chez les patients en surpoids ou obèses.
Les doubles agonistes GIP/GLP-1 sont des molécules capables d’activer simultanément les récepteurs de deux hormones intestinales appelées incrétines. Le GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1) est une hormone libérée après la prise alimentaire qui exerce ses principaux effets en réduisant l’appétit au niveau central, en renforçant la sensation de satiété et en ralentissant la vidange gastrique, contribuant ainsi à une prolongation du rassasiement. Elle joue également un rôle clé dans le contrôle de la glycémie en stimulant de manière glucose-dépendante la sécrétion d’insuline. Pour ce qui est du GIP (Glucose-dependent Insulinotropic Polypeptide), c’est une hormone qui améliore la sensibilité à l’insuline, participe à une meilleure régulation du métabolisme des lipides et potentialise l’effet coupe-faim du GLP-1.
L’activation conjointe de ces deux récepteurs permet une perte de poids plus importante que les traitements agissant uniquement sur le GLP-1, tout en améliorant le contrôle glycémique et le profil métabolique global. Ces médicaments sont aujourd’hui parmi les plus efficaces dans le traitement médical de l’obésité.
Les triples agonistes GIP/GLP-1/Glucagon vont encore plus loin en stimulant un troisième récepteur qui est celui du glucagon, qui joue un rôle important dans la stimulation de la lipolyse, l’augmentation de la dépense énergétique et l’activation du métabolisme basal.
Grâce à cette triple action, ces molécules permettent non seulement de réduire les apports alimentaires, mais aussi d’augmenter la dépense énergétique, ce qui favorise une perte de poids plus importante et plus durable. Les triples agonistes sont encore en cours d’évaluation clinique (phase III), mais ils représentent une perspective très prometteuse dans le traitement de l’obésité sévère.
A quels profils de patients sont-ils réellement destinés ?
Ils ne sont pas destinés à tous les patients en surpoids. Ils s’adressent à des profils bien définis, dans un cadre médical strict, car l’obésité est considérée comme une maladie chronique nécessitant une prise en charge personnalisée.
Il s’agit notamment des patients avec une obésité (IMC ≥ 30 kg/m²) et ceux souffrant de surpoids (IMC ≥ 27 kg/m² et < à 30 kg/m²) associé à des comorbidités, telles que : diabète de type 2, hypertension artérielle, dyslipidémie, apnée du sommeil, maladies cardiovasculaires.
Un suivi médical régulier est indispensable pour évaluer l’efficacité, la tolérance et l’adaptation du traitement.
Que se passe-t-il à l’arrêt du traitement ?
La plupart des patients reprennent une partie du poids perdu dans les 6 à 12 mois après l’arrêt des agonistes GLP-1/GIP. Cela s’explique par la disparition de l’effet coupe-faim du traitement, les mécanismes naturels de défense du corps qui favorisent le retour au poids de consigne, et l’insuffisante consolidation des changements alimentaires.
La reprise de poids peut toutefois être limitée par une alimentation équilibrée riche en protéines et fibres, une activité physique régulière, un suivi médical et psychologique, une éventuelle poursuite du traitement au long cours, et une diminution progressive des doses plutôt qu’un arrêt brutal.
Les formats alternatifs comme les patchs, sprays, ou microcapsules sont-ils réellement efficaces ?
Il n’existe aucune preuve scientifique montrant que les patchs, sprays ou microcapsules à base de GLP-1 sont efficaces pour la perte de poids. Leur mode d’administration pose un problème majeur : les molécules de GLP-1 sont des peptides de grande taille, incapables de traverser la peau ou d’être correctement absorbées par la muqueuse buccale ou le tube digestif pour atteindre la circulation sanguine. Même si ces produits contenaient un principe actif réel, ils ne pourraient pas reproduire l’effet des formes injectables.
À ce jour, seules les formes injectables de GLP-1/GIP disposent de données scientifiques solides pour la prise en charge du surpoids et de l’obésité. Les sprays, microcapsules et autres formes alternatives relèvent davantage du marketing que de la médecine fondée sur les preuves.
Peut-on les recommander dans un objectif de perte de poids ?
On ne peut pas les recommander pour la perte de poids chez des personnes sans surpoids, ni obésité et qui n’ont pas de problèmes de santé liés au surpoids. Ces usages inappropriés peuvent exposer à des effets indésirables parfois graves (troubles digestifs, perte de poids excessive et fonte musculaire, carences nutritionnelles…)
Ces traitements de seconde intention ne sont recommandés qu’en cas d’échec de la prise en charge nutritionnelle, et en association à un régime hypocalorique et à une activité physique.
Actuellement, les médicaments à base d’agonistes du GLP-1 commercialisés au Maroc n’ont que l’indication du diabète de type 2, avec pour objectif principal l’amélioration de l’équilibre glycémique, et un effet secondaire possible sur la perte de poids. Les formulations spécifiquement développées pour le traitement de l’obésité ne sont pas encore disponibles, mais elles devraient arriver sur le marché marocain en 2026.