Marché du Bien-être: arnaques et dérives

À l’approche de l’été, la chasse aux kilos superflus s’accentue. Bourrelets, peau d’orange, culotte de cheval,… doivent à tout prix disparaitre. Cette quête effrénée pour un corps filiforme fait les choux gras du secteur du bien-être. Des produits et services chers payés pour des résultats plutôt minces ! Zoom sur un secteur qui sent l’arnaque.

Le marché du bien-être est très vaste. Cela va des biens alimentaires ( bio, light, naturels,…) distribués dans les grandes surfaces  aux substituts de repas, compléments, crèmes,… en passant par des offres de services et de coaching. 

Les produits et techniques sont aussi nombreux que variés. On y trouve de tout. Jus détox, gélules “brûle-graisse”, barres coupe-faim, tisanes-thés pour ventre plat, gels amincissants, poudre protéinée, … Côté services on propose des techniques telles que, l’électrostimulation, l’endermologie, le Shock-Wave, la cryothérapie, le coolsculpting, mais également de l’hypnose, du coaching, etc.

On promet tout et n’importe quoi au point qu’on a du mal à distinguer le bon du mauvais et le vrai du faux ! Les marketeurs rivalisent d’imagination pour proposer des solutions “miracles” à une clientèle mal en point. 

Produits hors de prix, résultats peu probants

Le business du bien-être est un marché florissant où l’illusion prend souvent le pas sur la réalité. “Il s’agit souvent de produits hors de prix pour des résultats très peu probants”, lance une quadragénaire, estimant qu’elle a été bernée pendant de longues années par les fabricants des produits dédiés à la minceur. “J’ai tout essayé : crèmes, gélules, huiles, collants, ceintures de sudation, …et j’en passe. Ce  sont des balivernes. J’ai perdu du poids lorsque j’ai arrêté de manger tout et n’importe quoi et quand je me suis mise au sport.” 

Alors pourquoi cette demande de plus en plus galopante pour des soins, des produits et services dont l’efficacité n’est pas toujours avérée ? 

Culte de l’image, réseaux sociaux, crise sanitaire, moral en berne, manque d’estime de soi, … sont autant de raisons qui disposent certaines personnes à être vulnérables face aux publicités des produits et services dédiés au bien-être. Aujourd’hui, les gens, toutes catégories socioéconomiques confondues, accordent davantage d’importance à leur paraître car il y va de leur bien-être. Selon les estimations des professionnels, un tiers des Marocains serait concerné par une surcharge pondérale et près de 80 % des femmes seraient insatisfaites de leur poids. Une manne pour le secteur du bien-être. Résultat, les centres de remise en forme ouvrent un peu partout et les produits minceur se multiplient. Le e-commerce n’est pas en reste. Les sites et plateformes dédiés au bien-être pullulent. 

Mais, si les attentes des personnes en quête de perte de poids semblent légitimes dans une société où l’apparence règne en maître, l’offre, en revanche n’est pas toujours irréprochable. Certains produits mettent en avant des propriétés dont ils sont dépourvus.

Perdre du poids sans contrainte, une chimère 

Pour perdre du poids, il est évident qu’il faut améliorer son hygiène de vie. Certains l’ont compris et agissent en conséquence. Cependant, cela n’est pas aussi aisé pour tous. Si certaines femmes, cœur de cible du business du bien-être et plus particulièrement le secteur de la minceur, optent pour des solutions radicales, et vont aller vers la chirurgie esthétique, d’autres ne parviennent pas à franchir le pas du bistouri. Ces dernières vont se ruer sur toutes sortes de produits et/ou techniques non invasives censés les débarrasser de leurs kilos superflus. Les départements marketing ne chôment pas. Ils sont appelés à proposer, en permanence, des nouveautés, pour séduire davantage de clientes. Chaque année, les laboratoires proposent de nouveaux produits qui promettent monts et merveilles. “C’est de la sur-promesse. On est à la limite de la publicité abusive”, estime Ouadiî Madih, président de l’association des consommateurs. 

En effet, la malbouffe, le manque d’activité physique, le stress, … sont autant de raisons derrière une surcharge pondérale. Tous ces éléments, combinés à une actualité qui met en avant la présence de métaux lourds dans notre corps pour diverses raisons font qu’on est tenté de croire au discours “pseudo-scientifique” des opérateurs de l’industrie du bien-être. Les laboratoires ont flairé le filon et adaptent leurs discours à l’ère du temps pour élargir leur cible. 

Ils vont ainsi surfer sur la vague du détox, du naturel, du bio et des suppléments, mais également du plaisir, etc. Donc, au-delà de la cible classique, on va essayer de toucher d’autres catégories de consommateurs relativement aguerris. “On mange de plus en plus mal, le marketing va jouer sur cette inquiétude pour vendre des choses très cher qui ne servent pas à grand choses”, rappelle Y. Tayi. “On va également jouer sur la tendance de de désintoxication des métaux lourds.” Ce qui explique cette montée en puissance des compléments alimentaires, qui s’accompagne d’une offre mettant en avant les meilleures compétences en thérapie alternatives, en coaching et en nutrition. 

“On veut des résultats rapides et sans efforts. D’où l’influence de la publicité face à une population vulnérable”, explique Dr Harakat, psychologue-sexologue. En effet, on s’accroche à ce qui peut sembler salvateur: la facilité et la rapidité sont des arguments, de vente sans équivoque.  Or, les miracles, n’existent pas.

Des pratiques commerciales trompeuses

Selon le psychologue Yacine Tayi, il faut user de son intelligence, en vue de sortir de cet état d’aveuglément et être capable de saisir certaines évidences. 

Même son de cloche au niveau des associations des consommateurs, “la promotion d’un produit, une technique sans explications fondées des avantages et des inconvénients n’est pas loyale et devrait alerter le consommateurs.” 

Selon Ouadie Madih, président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur, il faut se méfier des allégations marketing sur les produits minceur. 

Les pratiques commerciales trompeuses devraient, à priori, faire l’objet de sanctions, mais on n’en est pas encore là, au Maroc. Tant, il n y a pas de cadre juridique dédié (La loi 31-08 présente certaines limites).

Les professionnels de santé sont également sceptiques quant à l’efficacité de ces produits. Pour de nombreux praticiens, certaines techniques pourraient éventuellement aider ou compléter un régime alimentaire équilibré. En revanche, toute cette pléthore des produits  minceur est purement commerciale. “C’est du pipeau !”, lance la coach sportive et youtubeuse française Lucile Wood Wander. “On vous ment. Perdre du poids, ce n’est pas facile et ce n’est pas rapide”, dit-elle. 

Le marché du bien-être

Selon l’OMS, le bien-être repose sur un équilibre entre le physique, le psychologique, le social et le spirituel, permettant à une personne d’être épanouie. 

Ces dernières années, la notion du bien-être a connu un immense intérêt de par le monde, au grand bonheur  des opérateurs du secteur. Après quelques couacs au début des années 2000, l’industrie du bien-être a repris de plus belle. Le secteur pèse quelque 3.000 milliards d’euros au niveau international. 

Au Maroc, on constate une tendance haussière de 18% à 20% par an tous produits confondus

Une enquête réalisée auprès des ouvrières de la zone industrielle de Aïn Sebaa en 1989 avait démontré que les ouvrières dépensaient entre 10 et 30% de leur salaire dans des produits de beauté et de bien-être. C’est dire l’importance de l’image sur notre réconfort psychosocial. De même, les centres de remise en forme ouvrent de plus en plus partout au Maroc. Le marché des compléments alimentaires pèse quelque 75 MDH par an. Un complément alimentaire coûterait entre 200 et 400 DH.

L’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous 

Une publicité d’un produit fabriqué par un laboratoire français vante ses mérites en promettant à ses utilisateurs de perdre 400 Kcal/jour, et plusieurs centimètres juste en prenant 2  petites capsules ! Vendu au Maroc à plus de 300 DH, le produit promet une perte de poids globale. Il “brûle les graisses, réduit l’absorption et l’accumulation des graisses, aide à drainer, permet de retrouver un corps sain et combattre la fatigue” . Les exemples du genre sont légion. Une autre marque française propose un soin amincissant triple action (anti-capitons, anti-relâchement, anti-eau) à environ 495 DH. Le sérum, en question serait  capable de “transformer les cellules stockeuses en cellules brûle-graisse. Pour une efficacité à partir de 14 jours.” Le fitness sérum activateur vendu à près de 500 DH aurait les même propriétés. 

Il y a également les thés, les tisanes, les jus et autres produits aux propriété drainantes, commercialisés entre 50 et 500 DH. Selon les médecins, ces boissons peuvent éventuellement avoir un effet diurétique, favorisant un léger changement sur la balance, mais de là à perdre des dizaines de kilos, il ne faut  pas se leurrer. D’ailleurs, le thé vert ordinaire a les mêmes vertus. Donc pas besoin de se ruiner !

“C’est tellement tentant, mais c’est archi-faux”, lance Pr Boukind. “Il est avéré que le paraître pèse sur le psychique et donc sur le bien-être, mais encore faut-il chercher des solutions adéquates pour atteindre cet équilibre”, estime le praticien. 

De gros débours pour de minces résultats

Les professionnels sont unanimes : peu ou prou de pratiques et de produits de bien-être sont scientifiquement fondées, mais les gens croient que c’est une solution. De nombreuses enquêtes réalisées en France sur des produits dédiés à l’amincissement attestent qu’il s’agit d’arnaque. Certains compléments et autres substituts de repas sont de plus en plus décriés en France. “Les produits destinés à la minceur servent surtout à amaigrir notre porte-monnaie plus qu’autre chose”, conclut Dr Hanfouri, médecin généraliste. En effet, il faut débourser entre 200 et 400 DH pour un complément alimentaire.

Vendus trop chers, de nombreux compléments alimentaires, soins cosmétiques, aliments light, … sont loin de garantir les qualités qu’ils promettent. Les soins cosmétiques peuvent éventuellement améliorer l’aspect de la peau, sans plus. “Certains suppléments peuvent même interférer avec certains traitements. D’où l’importance de la vigilance”, avertit Dr Hanfouri,. “Des capsules recommandées en cure de détox  vont amplifier le volume du transit intestinal. Partant, les gens pensent qu’ils évacuent des quantités importantes de toxines du corps. Or, ceci est faux”, précise la spécialiste, rappelant que cela peut même avoir des répercussions sur la santé : une perte importante de sels minéraux, ce qui peut provoquer certaines carences. “À long terme, tout le système de notre corps en pâtit.”

Est-ce dire qu’on doit condamner toutes les techniques les pratiques et leurs praticiens ? Certainement pas. Mais la vigilance s’impose. 

Les associations des consommateurs, au même titre que la tutelle doivent sensibiliser et réguler le secteur en vue d’une prise de conscience collective.

Le Maroc devrait s’inspirer de la France qui a mis en en place un système de vigilance sur les compléments alimentaires dirigé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).

 

Le marché du bien-être est inondé d’offres de produits et services qui peuvent induire le consommateur en erreur. Recevez-vous des doléances dans ce sens ? 

Effectivement, une sorte d’anarchie absolue règne sur ce secteur en l’absence d’une quelconque réglementation. Certains opérateurs se permettent de fournir des produits et services et autres conseils alors qu’ils ne disposent pas des outils et compétences nécessaires pour ce faire. Or, il s’agit d’un secteur sensible qui touche à la santé. En l’absence d’un cadre clair qui définit les tenants et les aboutissants de certains métiers liés au bien-être, la voie est ouverte aux dérives. Et les conséquences peuvent être lourdes. Malheureusement, le consommateur marocain porte rarement plainte. Il ne le fait que lorsque survient de graves incidents. Mais pour ce faire, il doit être en mesure d’apporter les preuves nécessaires, et c’est particulièrement difficile. 

 Et qu’en est-il du phénomène des soi-disant « coach » ?

Dans un secteur qui échappe à une certaine transparence, on peut parfaitement se déclarer coach, conseiller diététique, consultant minceur, alors qu’on n’a aucune formation

 dans le domaine. C’est une arnaque. Hélas, les gens sont bernés parce que ces prestataires sont rodés à un discours de séduction. Il est temps que le législateur fasse le nécessaire pour garantir la protection du consommateur.

Comment lutter contre ce phénomène ?

Le mouvement consumériste doit être aux aguets pour assurer une communication permanente à même d’éduquer et de sensibiliser le consommateur. Il va sans dire que la réglementation devrait permettre une mise à niveau du secteur, tant au niveau de l’octroi des licences, qu’aux autorisations pour les gens qualifiés et qui ont les compétences nécessaires. D’un autre côté, il faut contrôler les publicités sur internet, et appliquer les dispositions de la loi 18-32 qui réprimande ce genre d’agissements. Mais encore une fois, dans la pratique cela est assez compliqué, surtout quand il s’il s’agit de personnes physiques  qui utilisent les réseaux sociaux. En revanche, lorsqu’il s’agit d’entreprises et de commerces, la fédération peut intervenir, suite à la demande du consommateur. Elle peut alors porter l’affaire en justice, quand elle dispose de données et de preuves suffisantes. 

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