C’est mon histoire: « Mes deux mamans »

Sofia venait de fêter ses 18 ans quand ses parents lui annoncent qu’elle a été adoptée. Le ciel lui est tombée sur la tête, mais très vite, elle s’est ressaisie et a fait de cette révélation une force qui lui a permis d’en sortir grandie. Voici son histoire.

Capricieuse, insouciante, gâtée, pourrie, fantasque… Tous ces qualificatifs me décrivent parfaitement. C’était moi la Sofia d’avant mes 18 ans, car il y a bien un avant et un après dans ma vie. 

Je suis ce qu’on appelle une “gosse de riches”. Mon père est issu d’une lignée de nantis et de promoteurs immobiliers qui brassent des millions. Ma mère pour sa part n’a jamais travaillé, car elle n’en avait ni le besoin ni l’envie. Elle s’occupait de notre foyer, d’elle-même et de moi, leur fille unique. J’étais sa coqueluche, sa fille adorée. J’avais tout ce que je désirais et plus encore. Mon enfance s’est passée comme dans un rêve, et j’étais traitée en princesse adulée. On ne me refusait rien. Même mes caprices les plus fous étaient exaucés. J’étais dorlotée par mes parents, mais aussi par ma Dada que je considérais comme une seconde maman. Enfant, je vivais dans une véritable bulle…

Mon adolescence fut terrible. Rien ne me satisfaisait, et poussée par ma bande de copines, je devenais ingérable, menant la vie dure à mon entourage. Au collège et au lycée, je brillais par mon indiscipline et mon insolence vis-à-vis du corps enseignant. Ma vivacité d’esprit était contrée par un profond mal-être inexplicable qui me faisait presque basculer dans la délinquance. Soirées arrosées, drogue, veillées jusqu’à des heures impossibles étaient devenues mon lot quasi-quotidien, me poussant dans une mauvaise impasse. J’étais vaine comme pouvait l’être une ado gâtée. Sous l’influence de mes “amies”, je devenais de plus en plus insupportable. À la maison, je faisais la guerre à mes parents. Mais ni leurs remontrances ni leurs inquiétudes et encore moins leurs interdictions ne me faisaient prendre conscience que j’étais sur la mauvaise pente. Cette dérive s’est soldée par un échec: je n’ai pas réussi à décrocher mon Bac !

J’ai continué tout au long des vacances scolaires à noyer mon “chagrin”, ma solitude et mon mal-être dans l’alcool, les mauvaises fréquentations et des retours à la maison à des heures de plus en plus tardives.

Ayant toujours fait preuve de patience à mon égard et trouvant des excuses à mes incartades, mes parents ont fini par réagir. Une nuit, de retour d’une soirée arrosée où j’étais passablement ivre, je fus surprise de trouver mes parents et ma Dada à m’attendre dans le salon. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait car leurs visages étaient graves.  Tant bien que mal, j’ai essayé de cacher mon ivresse à mon entourage et de me concentrer. Je prends place en face d’eux. C’est ma Dada qui prend la parole pour me raconter son histoire. Analphabète et sans instruction, elle avait trouvé une bonne place chez mes parents en tant que femme de ménage. Elle est tombée amoureuse du chauffeur des voisins qui lui avait promis le mariage. Elle s’est donnée à lui. Naïve qu’elle était, elle n’imaginait pas que de telles relations sexuelles pouvaient déboucher sur une grossesse. Et ce qui devait arriver survint. Au bout de quelques mois, elle fut prise de nausées… Ces symptômes ne trompèrent pas ma mère. Dada était enceinte. Partagée entre l’appréhension et la joie, elle en fit part à son amant… qui prend la poudre d’escampettes. C’est alors que ma mère qui ne pouvait pas avoir d’enfant lui propose un deal : elle adoptera l’enfant à naître, en l’occurrence moi, et elle sera la nounou… 

C’est la douche froide. J’étais complètement dégrisée. Ma mère songlotait, mon père avait la tête baissée et Dada me suppliait de lui pardonner. Ma vue se brouillait. D’un bond, je cours me réfugier dans ma chambre que je ferme à double tour. J’étais en état de choc. J’y suis restée enfermée pendant plusieurs jours, refusant d’en sortir malgré les supplications de mes parents et de ma Dada. Je ne soufflais aucune parole, et refusais même de me nourrir. Mais en mon for intérieur, je bouillonnais. Toute ma vie repassait en boucle dans ma tête. Petit à petit, je reprends mes esprits. J’étais devenue une bâtarde, du jour au lendemain.

Enfin, je suis sortie de ma état de choc. J’ai eu une discussion avec Dada, ma vraie mère. Elle m’a encore supplié de lui pardonner de m’avoir caché aussi longtemps la vérité sur mes origines. En larmes, je me suis réfugiée dans ses bras comme je l’avais toujours fait dans les moments les plus difficiles.

Avec le temps, j’ai pardonné. J’ai même changé. La vie m’avait joué un sale tour mais j’avais eu de la chance dans mon malheur. J’étais reconnaissante à la vie et à mes parents adoptifs. J’ai appris à vivre avec mes trois parents. En réalité, ils l’avaient toujours été. J’ai aussi laissé derrière moi la fille capricieuse, imbue de sa personne. J’étais bien décidée à me rattraper et à exceller dans mes études. J’en avais fini une fois pour toutes avec les “conneries” de l’adolescence. Je me suis assagie, et suis devenue plus raisonnable, plus humaine, soucieuse du bien-être des autres, attentive à leur mal-être. Je ne me prends plus pour le nombril du monde… J’ai fini par décrocher mon bac avec mention Très bien. J’ai aussi décidé de poursuivre mes études au Maroc pour rester proche de mes parents vieillissants. Pendant mes longues années sur les bancs de la faculté de médecine, j’ai appris à mieux connaître et à découvrir Dada. J’ai aussi veillé à être cette jeune fille dont tout parent peut être fier, et prouver à mes trois parents la chance que j’avais de les avoir dans ma vie. C’est vrai qu’un secret nous unit, mais nous formons une famille atypique dont l’amour est un pilier central.

Aujourd’hui, j’ai 27 ans. Je suis médecin, et je suis très active dans des associations de défense des mères célibataires et des orphelins. Je dédie une journée par semaine et tout mon temps libre à apporter soins et réconfort à cette catégorie de la population. Le bénévolat me permet de payer une sorte de dette à la société, car que serions-nous devenues, Dada et moi, si mes parents n’avaient pas décidé de prendre soin de nous, de moi ? 

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