C’est mon histoire : Envers et contre tous

Naïma s’est mariée avec son élève, officier de la marine marchande. Une idylle amoureuse presque impossible et pleine d’interdits qu’elle nous raconte à travers ces lignes.

Mon doctorat en droit maritime fraîchement décroché, j’ai commencé à enseigner à l’Institut supérieur des études maritimes (ISEM) à Casablanca. Un jour, en regardant par la fenètre de ma classe, mon regard est attiré par un jeune officier qui sortait de sa voiture. Subjuguée, je ne le quitte pas des yeux. Il était grand, les cheveux noir d’ébène, d’une beauté et d’un charisme à en faire tomber plus d’une. Ce fut pour moi le coup de foudre. Je priais pour qu’il s’agisse d’un commandant de la marine et non d’un étudiant.  Deux jours plus tard, alors que je me trouvais à la bibliothèque, je le vis. “N’y pense même pas ! C’est un élève officier”, m’assène la bibliothécaire quand elle voit que je le regarde avec beaucoup trop d’insistance. En quelques minutes, mes espoirs d’une quelconque idylle étaient anéantis. 

Tout nous séparait 

Quelques mois plus tard, je le revois à nouveau… dans ma classe. Il était assis au premier rang. Il avait belle allure dans son uniforme, avec sa chemise blanche, ses galons sur les épaules et ses chaussures cirées à la perfection. J’étais complètement abasourdie de le revoir dans ma classe. J’ai su plus tard qu’il arrivait de France et devait compléter sa formation en tant que naviguant. Je démarre sans tarder mon cours de droit. Au bout de quelques minutes, il lève la main. Mon cœur se mit à battre la chamade, mais je réussis à garder mon sang-froid. Il me pose une question très pertinente et je me lance dans un monologue pour lui répondre. Ce fut notre premier échange. Les jours passent et je me force à ne jamais croiser son regard. Il m’était devenu de plus en plus difficile de faire mon cours sans penser à lui. Je me souviens avoir mis en place un stratagème pour ne pas croiser son regard lorsque j’enseignais. Lorsqu’il s’asseyait à droite, je donnais mon cours en faisant en sorte de regarder à gauche. Quand il prend place à gauche, je regardais à droite. Et une fois le cours terminé, je faisais  tout mon possible pour ne jamais le croiser dans les couloirs. Jusqu’au jour où, à la fin d’un cours, il m’aborde en me disant : “Je pense que nous avons une connaissance en commun”. J’ai trouvé cette approche un peu maladroite à mon goût. Mais je reste polie et lui demande de qui il s’agit. Il me parla alors d’une de mes anciennes connaissances que je ne fréquentais plus. Je le remis tout de suite à sa place en le sommant de ne plus me parler de cette personne. Je pensais qu’après cette tentative vaine d’attirer mon attention, il n’allait plus jamais m’adresser la parole, car après tout, j’étais sa professeure et il était mon élève. Le règlement était très clair à ce sujet. Il était strictement interdit d’entretenir une quelconque relation avec un étudiant. Jamyl, c’était son nom, trouvait toujours l’occasion pour m’aborder, pour me poser une question, demander un éclaircissement concernant un point donné, de sorte qu’à la fin de chaque cours, nous passions du temps ensemble afin que je développe certains points qu’il faisait mine de ne pas comprendre.

Un jeu dangereux  

Un jour, alors que j’attendais un taxi devant l’école, car mon chauffeur ne pouvait pas venir me récupérer, il s’approche de moi et me dit “je peux vous déposer quelque part ?” Au début, j’étais très réticente, mais comme je n’avais aucun autre moyen pour rentrer chez moi, j’ai fini par accepter. Ce fut le trajet le plus long et le plus silencieux de toute ma vie. Je sentais une tension, une attirance entre nous qui était presque électrique. Nous n’avons échangé aucun mot. Je m’efforçais de regarder devant moi et lui, de son côté, essayait tant bien que mal de ne pas me regarder. Arrivée à destination, je lui glisse un timide “Merci”, mais j’étais toute chose. 

J’étais à mille lieues d’imaginer qu’en acceptant qu’il me dépose, j’allais ouvrir la brèche à une grande et belle histoire d’amour. Les jours qui ont suivi étaient encore plus difficiles puisqu’un rituel s’était installé entre nous. Nous passions plus de temps ensemble à la fin de mes cours car il devait rattraper certaines lacunes dues à sa formation en France.  Je l’aidais à réviser mes cours, en essayant, autant que faire se peut, de rester professionnelle. Un jour, il me fit une confidence. Il était marié, mais il avait pris la décision de divorcer, car il n’était pas heureux. Bien que tout nous séparait et qu’il m’était totalement impossible d’imaginer mon avenir avec lui, au fond de moi, je caressais l’espoir qu’un jour, peut-être, nous serions ensemble. Je me souviens avoir écrit sur un vieux cahier dans lequel je griffonnais mes pensées “Avant les Jeux olympiques d’hiver 1988 je serai fiancée”

À la fin des six premiers mois de classe, Jamyl devait mettre en pratique ce qu’il avait appris en prenant la mer. Toutes mes pensées étaient pour lui, je maigrissais à vue d’œil. J’étais amoureuse, et il me tardait de le revoir revenir, même si je savais qu’il ne fallait pas céder à mon cœur au risque de perdre mon emploi… Les jours et les semaines se sont écoulés avec une lenteur exacerbante, et puis un jour, c’était un dimanche printanier, on sonne à la porte. Mon frère ouvre et revient en me tendant une rose et un muguet. Un petit mot accompagnait la délicate attention “Bonne fête du premier mai, Jamyl”. Mon cœur ne fit qu’un bond dans ma poitrine, 

Ce fut le début d’une longue et belle histoire d’amour. Se mit alors en place entre nous un jeu. Une fois en classe, je le traitais comme mes autres élèves, et lorsque nous sortons ensemble, j’essayais de ne pas trop m’exposer aux regards. Je me cachais aussi sur la banquette arrière de son coupé cabriolet quand il m’accompagnait à mon lieu de travail, et je sortais quelques mètres avant d’arriver à destination. 

Nous nous sommes fiancés au cours de l’été 1987. Cela fait 36 ans que nous sommes mariés. Notre belle histoire d’amour a triomphé, envers et contre tous.

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