Rosalía rend hommage à Rabiʿa al‑ʿAdawiyya dans son dernier album

Avec LUX, son quatrième album audacieux, Rosalía fait bien plus que chanter : elle convoque les voix du sacré, des langues et des traditions. Dans le titre « La Yugular », elle rend hommage à la mystique soufie Rabiʿa al-ʿAdawiyya, mêlant flamenco, rock, cordes et chants arabo-andalous pour explorer une spiritualité féminine et universelle.

La Catalane Rosalía Vila Tobella, mieux connue sous le nom de scène Rosalía, est entrée de plein pied dans une nouvelle phase artistique avec LUX, son quatrième album publié le 7 novembre 2025 via Columbia Records. Le projet se déploie en quatre mouvements, mêlant 18 titres, 13 langues, dont l’arabe, et des collaborations avec l’orchestre symphonique de Londres. 

Au cœur de cette œuvre ambitieuse se loge « La Yugular », morceau emblématique où la chanteuse établit un pont entre pop-opéra, flamenco et rituel. Le titre renvoie directement à un verset du Coran (Sourate Qâf, 50 :16) : « Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire ».

Mais plus qu’une citation scripturaire, Rosalía puise dans la vie et la pensée de Rabiʿa al-ʿAdawiyya, mystique musulmane du VIIIᵉ siècle réputée pour son amour purifié: aimer Dieu pour Lui-même, et non par peur ou espoir de récompense. Elle la cite explicitement sur la pochette de l’album : « Ninguna mujer pretendió ser Dios » (« Aucune femme n’a prétendu être Dieu »).

Une architecture sonore sacrée

« La Yugular » fonctionne comme un rite musical. Dans un décor sonore mêlant guitare flamenca, cordes dramatiques et passages parlés, Rosalía chante en espagnol et en arabe, créant un espace d’intimité spirituelle et d’effusion. Selon les critiques, le morceau « documente l’amour comme un phénomène sismique, élémentaire, évocateur » et établit « la ligne directe entre vide et divin ».

Mais cet hommage n’est pas nostalgique : il prend une dimension féministe et contemporaine. En remettant la figure de Rabiʿa al-ʿAdawiyya au centre de son récit, Rosalía souligne que le sacré n’appartient pas seulement au masculin, ni aux hiérarchies traditionnelles. Le luxe qu’elle célèbre ici est celui du « soin intérieur », de la voix, de la contemplation, du geste incarné et non seulement de l’apparence.

Entre héritage et modernité

Cet album marque un virage par rapport à l’époque « MOTOMAMI » de Rosalía, plus axée sur l’exubérance pop et la provocation. Avec LUX, elle adopte une posture méditative et réflexive. « Le luxe d’aujourd’hui », a-t-on pu lire, « ne tient plus seulement à la dépense mais à la rareté du geste, au temps consacré, à la main humaine ». 

Par ailleurs, Rosalía exploite son héritage andalou, ses racines flamencas, tout en élargissant son champ musical vers les traditions orientales et l’écriture sacrée. Le mariage de ces géographies culturelles se manifeste avec force dans « La Yugular ».

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