Le Maroc perd l’une de ses grandes figures féminines du monde judiciaire. Avec la disparition de Zhor El Horr, c’est une longue trajectoire professionnelle et militante qui s’achève, celle d’une femme qui a fait du droit un levier de protection, d’équité et de progrès social. À une époque où les femmes étaient encore peu nombreuses à occuper des fonctions importantes dans l’appareil judiciaire, elle a su s’imposer par son expertise et son engagement. Son parcours témoigne d’une conviction profonde : la justice ne peut être pleinement accomplie sans une attention particulière aux droits des femmes et des personnes les plus vulnérables.
Une pionnière au sein de la magistrature marocaine
Née en 1947, Zhor El Horr entame sa carrière judiciaire en 1979, lorsqu’elle est nommée juge au tribunal de première instance d’El Jadida. Elle poursuit ensuite son parcours à Casablanca, où elle assume plusieurs responsabilités au sein des juridictions de première instance, avant d’occuper d’autres fonctions dans les hautes instances judiciaires. Magistrate, puis avocate au barreau de Casablanca, elle a construit une carrière marquée par la diversité de ses expériences et une connaissance approfondie des réalités du terrain. Son engagement ne s’est toutefois jamais limité à l’exercice de la justice dans les tribunaux. Elle a également transmis son savoir en enseignant à l’Institut supérieur de la magistrature, contribuant ainsi à la formation de nouvelles générations de professionnels du droit.
La défense des droits des femmes au cœur de son engagement
Si le parcours de Zhor El Horr demeure particulièrement marquant, c’est aussi pour la place qu’elle a accordée à la condition féminine dans son travail. Membre de la commission royale chargée de la révision de la Moudawana, elle a participé aux réflexions qui ont accompagné l’évolution du Code de la famille. Son expérience judiciaire a nourri les débats autour du droit familial, un domaine où les questions d’égalité, de protection et de justice occupent une place essentielle dans la vie des femmes marocaines. Son engagement s’est également traduit par une action concrète en faveur des femmes victimes de violence. Elle a présidé la Commission nationale de prise en charge des femmes victimes de violence, poursuivant ainsi son investissement dans les mécanismes de protection et d’accompagnement des femmes confrontées à des situations de vulnérabilité. Pour elle, la défense des droits ne relevait pas uniquement des textes juridiques. Elle supposait aussi une meilleure compréhension des réalités sociales, une écoute des victimes et une mobilisation durable des institutions.
Faire du droit un outil de protection et de transmission
Zhor El Horr a également contribué à la réflexion juridique à travers ses travaux et ses publications. En 2014, elle a cosigné avec Hassan Ibrahimi un ouvrage consacré à la jurisprudence marocaine au service des droits des femmes, témoignant de son intérêt pour la manière dont les décisions de justice peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques et la protection juridique.Son engagement s’est prolongé dans le milieu associatif, notamment à travers son implication dans les questions liées à la famille, aux femmes et aux enfants. Elle était également connue du grand public pour ses interventions dans l’émission de médiation familiale « الصلح خير », diffusée sur Radio Aswat. À travers ce rendez-vous, elle contribuait à rapprocher le droit des préoccupations quotidiennes des familles marocaines, en mettant en avant le dialogue et la médiation dans la résolution des conflits. Cette présence médiatique prolongeait, à sa manière, son travail de juriste : rendre les questions de justice et de droit familial plus accessibles, tout en rappelant l’importance de la prévention et de l’accompagnement.
Un parcours qui s’inscrit dans l’histoire des droits des femmes au Maroc
La disparition de Zhor El Horr intervient alors que les questions relatives à la réforme de la Moudawana, à l’égalité et à la protection des femmes continuent d’occuper une place centrale dans le débat public marocain. Son parcours rappelle le rôle joué par les femmes juristes et magistrates dans l’évolution de la justice au Maroc. Au-delà des fonctions qu’elle a exercées, elle laisse le souvenir d’une professionnelle qui a conjugué pratique judiciaire, enseignement, réflexion juridique et engagement social. Pour les générations de femmes qui poursuivent aujourd’hui leur chemin dans les métiers du droit, son itinéraire témoigne de l’importance de la compétence, de la persévérance et de l’engagement au service de l’intérêt général. Avec le décès de Zhor El Horr, le Maroc perd une personnalité dont le nom reste associé à la justice familiale et à la défense des droits des femmes. Son héritage se mesure autant à son parcours institutionnel qu’à sa contribution à un débat essentiel : celui d’une justice plus attentive aux réalités des femmes et à la protection de leurs droits.