Une entrée remarquée dans le long métrage. Avec Goundafa, également présenté sous son titre international Goundafa, the Cursed Song, Ali Benjelloun a décroché le Prix de la meilleure réalisation « Idrissa Ouédraogo » au Festival International du Cinéma Africain. Une récompense majeure pour le cinéaste marocain, qui signe ici son premier long métrage de fiction après plusieurs années passées derrière la caméra.
Présenté en compétition officielle, le film s’est distingué par son écriture épurée et son regard singulier sur un Maroc rarement montré à l’écran. Pour Ali Benjelloun, cette récompense dépasse toutefois la seule consécration personnelle. Elle vient saluer une aventure collective, portée par une équipe mobilisée depuis l’écriture du scénario jusqu’à la post-production. « Un film ne se fait jamais seul. Cette récompense appartient à toute l’équipe », souligne le réalisateur.
Un village hors du temps
Avec Goundafa, Ali Benjelloun entraîne le spectateur au cœur d’un village amazigh isolé, perché au sommet d’une montagne et presque coupé du reste du monde. Au bout de la route, quelques mètres après les dernières habitations, le chemin s’interrompt brutalement. Comme si le temps s’était figé.
Dans ce décor à la fois réel et symbolique, les traditions, les croyances et les blessures intimes façonnent le quotidien des habitants. Le village ne sert pas uniquement de toile de fond. Il devient un véritable personnage, chargé de silences, de mémoire et de mystère.
Pour construire cet univers, l’équipe du film s’est appuyée sur plusieurs années de repérages et de recherches documentaires dans la région de Goundafa. Les décors, les costumes, le travail sonore et l’image ont été pensés à partir de cette matière réelle, avec une volonté claire : restituer la vie de ces territoires sans tomber dans une représentation folklorique ou figée.
Le choix des silences
À l’écran, Ali Benjelloun privilégie une mise en scène sobre. La caméra se rapproche des visages, observe les regards et s’attarde sur les gestes simples du quotidien. La musique intervient avec parcimonie, laissant parfois place aux sons naturels et aux silences.
Cette économie de moyens renforce la tension dramatique. Certains personnages conservent volontairement une part de mystère. Certains événements ne sont jamais totalement expliqués. Le cinéaste choisit ainsi de laisser au spectateur un espace d’interprétation, loin des récits qui cherchent à tout dévoiler.
À travers cette écriture cinématographique retenue, Goundafa aborde les blessures, les absences et les deuils qui traversent les vies sans toujours trouver de réponse. Le film s’intéresse surtout à celles et ceux que l’on voit peu : les habitants des territoires éloignés, les oubliés et les « combattants du quotidien » qui avancent malgré les difficultés.
Un regard à suivre
Cette distinction marque une nouvelle étape dans le parcours d’Ali Benjelloun. Fils d’un producteur et réalisateur, il découvre très tôt l’univers des plateaux de tournage à Casablanca. Après un Master en image décroché en France, il travaille comme directeur de la photographie sur plusieurs longs métrages, documentaires et fictions télévisées.
Il réalise ensuite plusieurs courts métrages, parmi lesquels Shadows Museum, Les Vagues du temps, Les Âmes vagabondes, Dreamland, Angoisse et L’Effet papillon. Son documentaire Parcours de réfugiés, consacré aux réfugiés politiques, traduit déjà son intérêt pour les trajectoires humaines et les voix que l’on entend trop rarement.
Avec Goundafa, Ali Benjelloun franchit aujourd’hui une nouvelle étape. En remportant le Prix de la meilleure réalisation pour son premier long métrage, il affirme une voix personnelle, sensible et profondément enracinée dans les réalités marocaines. Un regard de cinéma désormais à suivre de près.
