Une passion de famille

Dans la famille Temli, le caftan est une passion. C'est ce que découvre Boubker Temli lors d'un voyage qui le mènera sur la route de la soie... A son retour au Maroc, il fait une croix sur une carrière prometteuse et dédie sa vie au caftan.

FDM : Combien de caftans compte votre
collection ?
Boubker Temli : Elle en compte plus de 127. Les plus anciens datent du début du XIXè me siècle et les plus récents, des années 1960.

Pourquoi avoir entrepris de faire cette collection de caftans ?
C’est une collection qui s’étend sur plusieurs générations de ma famille. En fait, c’est mon père qui l’a commencée avant que
mon épouse et moi-même ne reprenions le flambeau. Mon père était antiquaire à Tanger à l’époque de Tanger  nternationale.
Il vendait des articles de l’artisanat marocain et collectionnait des vêtements anciens. Pour ma part, je suis juriste de
formation. Alors qu’on me proposait un poste aux Nations Unies, j’ai entrepris au même moment un long voyage durant lequel j’ai suivi la route de la soie à travers la Syrie et l’Inde. Revenu au Maroc, j’ai épousé la passion de mon père.

Où avez-vous trouvé ces caftans ?
Les plus beaux et les plus anciens caftans de ma collection ont été acquis aux Etats-Unis et en Europe, chez des marchands de tissus anciens ou au cours de ventes publiques. Ils appartenaient aux femmes européennes ou américaines qui vivaient au Maroc dans les années 20 et qui, en retournant dans leurs pays d’origine, ont emporté leurs caftans. C’est pour cette raison qu’on en retrouve autant en France, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Du temps où mon père était antiquaire, toutes les vieilles familles du nord du Maroc lui proposaient des caftans et il en achetait aussi en voyageant à travers le pays.

Un de ces caftans a-t-il une histoire particulière?
A la mort de Barbara Hutton, célèbre milliardaire américaine qui résidait à Tanger, j’ai acheté des caftans de sa collection. Nous nous sommes rendu compte qu’ils étaient brodés à Paris chez Balenciaga ! C’est une femme qui a beaucoup fait pour le caftan et pour Tanger où elle invitait la scène artistique internationale.

Y-a-t-il d’autres personnes qui ont participé à la promotion du caftan à l’étranger ?
Oui. Adolfo De Velasco était un personnage incontournable, un antiquaire de grande renommée qui vivait entre Marrakech
et Tanger et qui, dans les années 50, a modernisé le caftan en le rendant plus accessible aux Américaines et aux Européennes. Tous les acteurs et les artistes achetaient chez lui des versions modernisées du caftan, telle que la gandoura européanisée qu’il a transformée en vêtement unisexe. Il ne faut pas oublier non plus Thami Tazi qui, dans les années 60 a aussi fait énormément pour la promotion du caftan au Maroc et à l’étranger. C’est la première Marocaine qui a reproduit d’anciennes broderies du nord et du sud du Maroc sur des caftans contemporains. Mais je pense tout de même que la plus
grande promotion du caftan à l’étranger a été assurée par l’exposition “Passion marocaine” que Pierre Bergé et Yves Saint
Laurent ont réalisée en exposant ma collection de caftans ainsi qu’une importante collection de bijoux berbères.

Pourquoi avoir cédé votre collection à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent ?
Je n’en ai cédé qu’une petite partie. Grâce à Pierre Bergé, cette collection a été rénovée par les plus grands restaurateurs
de textile en France et il est prévu qu’elle soit exposée au Musée du caftan de Marrakech que Pierre Bergé a l’intention de créer.

Il paraît que vos caftans voyagent entre Tanger et Marrakech ?
(Rires). J’ai des caftans à Tanger, d’autres à Marrakech. Tanger est une ville humide, ce qui ne convient pas à la conservation
de la soie. Chaque jour, nous sortons les caftans pour qu’ils prennent le soleil, nous les conservons dans du papier de soie, à l’abri des mites.

Votre fille se souvient que vous reveniez de voayge avec des sacs remplis de caftans…
Oui c’est vrai (rires).Chaque voyage était l’occasion de trouver de nouveaux caftans et je revenais à la maison avec des valises pleines ! Ça étonnait d’ailleurs beaucoup les douaniers qui me voyaientrevenir de l’étranger avec des costumes
traditionnels marocains !

Quelle relation entretenez-vous avec vos caftans ?
Au fond, c’est surtout ma femme qui s’en occupe beaucoup aujourd’hui. C’est une passionnée de broderies et de textiles et
c’est donc elle qui veille à leur conservation.

Continuez-vous encore à acquérir de nouvelles pièces ?
Oui, je continue à étoffer ma collection quand je tombe sur des pièces exceptionnelles. Vous savez, ce sont des vêtements
faits à la main et qui sont donc tous uniques. Aucun caftan ne ressemble à un autre et c’est aussi cette particularité qui fait qu’on a très envie de l’acquérir. Mais il arrive aussi que l’on tombe sur des pièces qui ressemblent beaucoup à des choses déjà vues, on passe  alors son chemin.

Sinon , quelles sont vos autres activités ?
J’ai deux galeries d’art : la Galerie d’art Tindouf à Tanger, qui est une galerie d’art contemporain, d’antiquités et de textiles
anciens, et la Galerie d’Art contemporain de Marrakech que ma fille gère et où nous exposons des artistes marocains contemporains ainsi que des antiquités du Maroc et de l’art islamique.

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