Ryana

FDM : Le 12 janvier dernier, vous avez été victime d’une agression particulièrement sauvage. Vous souvenez-vous de ce qui s’est passé ?

Rayana : Ce soir là, je me rendais à la Maison des Métallos et, comme d’habitude, j’étais légèrement en retard… Je courrais tête baissée vers le métro Belleville quand deux hommes que je n’ai pas vu arriver m’ont attaquée. Le premier m’a surprise par derrière avant de m’immobiliser, le deuxième m’a ensuite jetée en avant, aspergée d’essence avant de lancer une braise sur moi, je pense que c’était une cigarette… Tout était flou car j’avais les yeux imbibés d’essence mais je me souviens surtout de la voix de l’un des agresseurs me disant : “On t’avait prévenue” J’ai fait aussitôt le lien avec une autre agression verbale survenue une semaine auparavant où un homme m’avait insultée en arabe, en algérois plus précisément, me traitant de “putain et de mécréante”. Je n’y avais pas prêté attention sur le moment, je m’étais juste contentée de déposer une main courante auprès du commissariat.

 

Quels sentiments vous ont traversée à ce moment-là ?

J’étais paralysée par la peur, terrifiée, et trempée d’essence… J’avais envie d’appeler au secours sans même comprendre ce qui m’arrivait. La phrase “on t’avait prévenue” me revenait sans cesse à l’esprit…

Comment avez-vous trouvé le courage de surmonter votre peur et monter sur scène ?

Tout simplement parce que je suis artiste et comédienne ! Vous savez, dès les premiers cours d’art dramatique, on vous apprend à respecter le public en l’honorant de votre présence. Si vous avez une représentation à donner, quel que soit l’empêchement ou l’obstacle rencontrés, le spectacle doit avoir lieu. Je n’ai même pas pensé que cela pouvait être perçu comme un acte militant. Ma seule préoccupation c’était le public qui avait fait la queue dans le froid et sous la neige pour voir ma pièce.

Que raconte la pièce ?

L’action se déroule dans l’intimité d’un hammam d’Alger, à la fin des années noires. Neuf femmes y évoquent leur quotidien et leurs difficultés à évoluer dans la société algérienne. J’incarne une jeune fille qui se retrouve enceinte alors qu’elle n’est pas mariée. Elle veut fuir son frère qui veut la tuer… On ne me revoit ensuite qu’à la fin du spectacle. Le soir de l’agression, j’ai joué alors que j’étais encore imprégnée d’essence et, au cours d’une scène, l’une des comédiennes doit me serrer dans ses bras… A son regard, j’ai compris qu’elle avait senti l’odeur et, comme elle devait fumer, elle a eu très peur de m’enflammer… Toute l’équipe s’est montrée très solidaire, il restait encore une semaine de représentations et j’ai reçu de nombreux soutiens.

Vous y évoquez des thèmes qui dérangent…

Je parle de la réalité de notre existence et de notre quotidien en Algérie tout simplement. J’évoque aussi l’intégrisme religieux et d’ailleurs l’une des répliques- “vos républiques islamiques sont irrémédiablement vouées à l’échec”- est particulièrement virulente. Le lien avec la politique est inhérent au quotidien des femmes

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