La note dans tous ses états

Les notes données par les professeurs sont un repère pour évaluer l'évolution de l'enfant, et savoir où il se situe par rapport aux élèves de sa classe. Aux parents d'apprendre à lire entre les lignes pour réagir à bon escient !

Combien de parents, en retrouvant leurs enfants à la sortie de l’école ou en rentrant à la maison, lancent la sempiternelle question : “Tu nous ramènes quelles notes aujourd’hui ?” Scène classique du quotidien des élèves, rythmé par les notes qui, décernées par le corps enseignant, sont des repères (innocents) pour évaluer l’évolution d’un enfant. Pour les parents, elles sont un outil de comparaison entre leur rejeton et ses pairs. C’est par excellence un instrument de compétition. Alors, l’école, lieu d’apprentissage ou arène de combat ? Faut-il instrumentaliser les notes pour encourager le goût du challenge ? “Bien évidemment”, répondent certains en toute bonne foi. Inculquer l’esprit de compétition aux enfants, les armer pour affronter la concurrence et en sortir gagnants, c’est le seul moyen de leur garantir, demain, une place sur le marché de l’emploi. Qui osera jeter la pierre aux parents  ? Aujourd’hui, tout s’évalue : les écoliers, les chanteurs qui participent à divers concours télévisés, les Etats endettés qui essaient de se cramponner au triple A… et même les réfrigérateurs ! Est-ce le signe d’une totale transparence ou le symptôme pathologique d’un asservissement latent ? Peut mieux faire Les élèves, principaux concernés, aiment les notes… quand elles sont bonnes ! Plusieurs collégiens n’imaginent pas la vie sans… “Quand les chiffres sont remplacés par des lettres, estime Reda,  15 ans, c’est encore des notes ! De toutes les manières, ceux qui en sont mordus et fans finissent toujours par traduire les A ou B en classement. Ils sont rassurés quand ils sont premiers, même quand le professeur n’attribue aucun A.”La note est devenue le moteur de la scolarité de l’enfant. Avec la crise, l’angoisse des parents s’est exacerbée et la note devient trop souvent une obsession. La course au premier de la classe est ouverte. Mais pourquoi faire ? Pour améliorer le rendement de l’élève ? Pour remporter les victoires sur soi ? Pour puiser la stimulation afin d’atteindre les objectifs que l’on s’est fixé soi-même, et non les parents ? Ou pour vaincre les autres et être toujours le premier à la ligne d’arrivée ? Entrer en compétition engendre toujours de l’anxiété. Or, si un niveau modéré d’anxiété peut mener au dépassement de soi, une dose trop élevée peut réduire notre performance à néant. Pire, trop de stress rend malade et se traduit par toute une panoplie de “joyeusetés” somatiques à l’approche du jour du contrôle : insomnies, migraines, diarrhée, transpiration excessive, voire, chez certains enfants, des troubles temporaires de la vue. Si la compétition réussit à certains enfants qui en font tout naturellement un moteur et une stimulation, elle “casse” l’élan de nombreux autres, les rendant maladivement anxieux. Ces derniers, même s’ils tiennent le coup et continuent stoïquement leur parcours vont, une fois grands, continuer à attribuer leurs échecs à leur incompétence, et leur réussite au … hasard ! Car personne ne leur a appris à avoir confiance en eux-mêmes. Autrement dit, on ne leur a pas suffisamment répété que l’amour qu’on leur porte n’est pas tributaire des victoires qu’ils remportent. De concours en examens, ils continuent à promener leur anxiété à la recherche de la reconnaissance… Tant que la confiance perdue n’est pas rétablie, ces abonnés à la course à la  meilleure note auront beau accumuler les preuves de leurs compétences, l’exercice sera toujours à renouveler. Tel Sisyphe roulant son rocher en haut de la montagne, quoi qu’ils fassent, ils ne seront jamais à la hauteur de leurs idéaux de réussite.

Noter les parents…

Avant d’arriver à ce scénario catastrophe, que peuvent les parents ? Une chose simple, à la portée de tous, expliquent les pédagogues : toujours se rappeler qu’un enfant peut rater un contrôle pour toutes sortes de raisons, et pas seulement parce qu’il n’a pas (suffisamment) travaillé, que c’est un fainéant ou qu’il a perdu pied le jour J. Un écolier, un collégien ou encore un lycéen a le droit de ne pas être en forme, justement, le jour d’un contrôle. Voilà qui va laisser dubitatifs nombre de parents ! Avant de se méfier de la bonne foi des apprentis candidats aux évaluations que sont nos enfants, il vaut peutêtre mieux leur faire confiance… et surtout, éviter l’amalgame entre l’élève et ses résultats. Si les parents collent trop à la note, ils vont renvoyer leur inquiétude sur leur rejeton et accélérer sa chute, préviennent les psy. Ainsi, pour aider son enfant, il faut apprendre à relativiser la portée des notes et se rappeler la mise au point suivante, signée Philipe Meirieu, un spécialiste des sciences de l’éducation : “Qu’est-ce qu’une note ? Si ce n’est la photo d’un instant T dans un contexte précis. C’est comme la température d’un malade. Autrement dit, la mauvaise note  est un symptôme, mais elle ne donne pas de diagnostic. De quelle difficulté est-elle le reflet ? Quel est le traitement adapté pour aider l’enfant à progresser ?” Car évaluer les enfants, c’est aussi les encourager. Au second trimestre, notamment dans les classes charnières à examen de passage, ils ont souvent du mal à comprendre pourquoi leurs notes baissent. En terminale, ce phénomène de pression joue encore plus. Les professeurs notent sévèrement pour amener les lycéens à performer mieux le jour du bac, pour que leurs “poulains” arrachent les meilleures notes. Autant de lauriers pour le professeur aux commandes de la discipline ou pour le bien du candidat ? La    question n’est pas vraiment tranchée mais il serait bon que ces enseignants fassent leurs devoirs d’évaluateurs et accompagnent la note d’appréciations détaillées pour montrer aux lycéens que leurs efforts ne passent pas inaperçus. Langage codé, formules souvent lapidaires, les appréciations qui accompagnent et précisent les notes ne sont pas toujours faciles à interpréter. Les parents doivent cependant faire l’effort d’aller au-delà de l’opacité afin d’accompagnerleurs enfants de façon adéquate. Au besoin, il ne faut pas hésiter à contacter les professeurs concernés pour y voir plus clair… La note représente un enjeu tel que tout professeur qui se respecte devrait communiquer aux élèves et aux parents, le plus clairement possible, ses critères d’évaluation. Et tout adulte se doit de relativiser, de ne pas exiger de son enfant d’être toujours le premier. Une manière d’y arriver et de cogiter la bonne parole d’Albert Jacquard : “Le pire des intégrismes est celui qui diffuse ce gros mensonge : le but de chacun de nous est de devenir un gagnant, c’est-à-dire un fabricant de perdants. Réussir n’est pas vaincre l’autre, mais réussir avec les autres”. A bon entendeur…

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